culture générale

Encyclopédie méthodique

Auteur(s) : PANCKOUCKE Charles-Joseph, AGASSE Henri, AGASSE Antoinette-Pauline

 à Paris, chez PANCKOUCKE et AGASSE ; à Liège, chez PLOMTEUX
 édition originale
  1782-1832
 190 vol.
 In-quarto
 Reliure : demi-basane marron XIXe siècle, dos lisse ornés de filets, motifs imprimés dans les caissons, coiffes ornées de motifs dorés, pièce de titre de maroquin rouge, tomaison de maroquin noir Illustrations : près de 6 000 gravures
 près de 6000 gravures


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Dès son installation à Paris en 1762, Charles-Joseph PANCKOUCKE, fils du libraire et imprimeur lillois André-Joseph PANCKOUCKE, acquiert rapidement le statut d’un personnage influent et bientôt incontournable dans le monde de l’édition française. Entrepreneur avisé et dynamique, il devient un important patron de presse et rachète les fonds des éditeurs LAMBERT, ANISSON-DUPERRON et DURAND, dépositaires d’importants catalogues d’œuvres renommées et rentables. Détenteur de l’exclusivité des droits de publication de VOLTAIRE et de ROUSSEAU, il est aussi libraire-éditeur officiel de l’Imprimerie royale et de l’Académie royale des sciences. Mais il est surtout connu pour avoir été une figure centrale de l’encyclopédisme français, titre incontestable même si sa renommée reste dans notre pays injustement limitée par rapport à celle de ses illustres devanciers.

Sans être directement associé à la première phase de l’aventure de l’Encyclopédie de DIDEROT et D’ALEMBERT, PANCKOUCKE est en lien avec de très nombreuses personnalités du monde littéraire, philosophique et scientifique, telles que BUFFON, ROUSSEAU, VOLTAIRE, MARMONTEL, CONDORCET, CHAMFORT et SUARD, ce dernier étant par ailleurs son beau-frère. À cette époque il a sous contrat environ 140 écrivains, traducteurs, éditeurs et rédacteurs.

Homme d’affaires avisé, toujours soucieux d’assurer la rentabilité commerciale de ses investissements, PANCKOUCKE aspire également à participer au mouvement des idées et à la diffusion de l’esprit des Lumières. À partir de 1768, son objectif premier est de perfectionner l’Encyclopédie qui, du fait de son histoire mouvementée, d’une équipe hétéroclite et de choix éditoriaux souvent dictés par les événements, lui semble inaboutie, lacunaire, datée et parsemée d’erreurs.

C’est dans cette optique qu’il s’engage, dès 1767, dans sa première grande aventure lexicographique en supervisant la publication d’un imposant dictionnaire français qu’il souhaite exhaustif et ambitieux : le Grand vocabulaire françois. À son achèvement, en 1774, cet ouvrage comptera 30 volumes, mais pour autant le succès escompté ne sera pas au rendez-vous… En 1768, PANCKOUCKE, associé à DESSAINT et à CHAUCHAT, rachète à LE BRETON les droits et les cuivres de l’Encyclopédie. Dès lors il finance des rééditions de l’ouvrage, tout en s’efforçant de contrecarrer les contrefaçons éditées en Suisse. Après avoir repris les parts de ses associés et devenu seul propriétaire des droits exclusifs de l’Encyclopédie, il fait paraître les deux derniers volumes de planches et, entre 1771 et 1776, il réédite l’ensemble de l’ouvrage en Suisse pour éviter la censure française. Quelques années plus tard, il prend connaissance du projet d’une édition concurrente in-quarto, portée par DUPLAIN et qui serait imprimée à Genève. Aussi, craignant de se lancer dans une guerre frontale, et se servant d’un certain PELLET comme prête-nom, il choisit de s’associer en secret à cette “réimpression genevoise” qui rencontrera le succès et lui procurera de solides bénéfices.

En parallèle, c’est grâce à son soutien et à son implication personnelle et financière que les cinq tomes, quatre de textes et un de planches, du Supplément de l’Encyclopédie in-folio sont rédigés sous la direction de Jean-Baptiste ROBINET, DIDEROT ayant refusé d’y être associé. Ce supplément, publié entre 1776 et 1777, a clairement pour objectif de corriger les erreurs et de combler des lacunes de l’édition originale, tout en y intégrant les découvertes récentes. En 1780, PANCKOUCKE complète l’ensemble des 33 tomes de l’Encyclopédie par une Table analytique, en deux volumes, rédigée par le pasteur Pierre MOUCHON qui change d’employeur en cours de route puisqu’il travaillait déjà sur ce projet depuis 1772 à la demande d’éditeurs genevois.

Une fois l’Encyclopédie de DIDEROT et D’ALEMBERT complétée et rééditée, PANCKOUCKE décide alors de se lancer dans ce qui va devenir la grande aventure éditoriale de sa vie : la publication d’une nouvelle encyclopédie, supérieure dans le fond et dans la forme à la “grande” Encyclopédie qui lui sert de modèle de référence. Son premier souci est de s’en démarquer en optant pour un classement thématique et non plus alphabétique. Comme il le précise dans le second prospectus : « Le grand défaut général de l’Encyclopédie, celui qui rendait cette nouvelle édition absolument nécessaire, regarde le plan même. Ce défaut est la confusion des objets résultant de la loi, qu’on s’était faite mal à propos, de renfermer toutes les connaissances humaines dans un seul et même dictionnaire, au lieu de donner à chaque science, à chaque art, son dictionnaire particulier. »

Visant la perfection, PANCKOUCKE déclare vouloir réaliser « le recueil le plus riche, le plus vaste, le plus intéressant, le plus exact, le plus complet et le mieux suivi qu’on puisse désirer ». Par ailleurs, dans le souci d’éviter de disperser le savoir dans une multitude de volumes, il entend résoudre le « vice abécédaire » de l’Encyclopédie qui fragmente les domaines de connaissance et nuit à la cohérence de l’ensemble : « Les objets les plus disparates se touchent, se heurtent, & se succèdent brusquement. Les parties de cet ensemble sont brisées & rejetées à des distances éloignées. La chaîne en est partout interrompue. »

Une fois achevée, l’Encyclopédie méthodique se présente comme une collection de dictionnaires divisée par matières, chacun d’entre eux comprenant le plus souvent un ou plusieurs volumes de planches. Si certains dictionnaires se résument à un volume unique (Artillerie, Art aratoire et de jardinage, Pêches ou Arts académiques), celui de la Jurisprudence rassemble 10 tomes, celui de la Médecine 13 tomes et celui de la Botanique 8 tomes. Dès l’origine, par choix délibéré de PANCKOUCKE, les sciences naturelles et les sciences dites exactes sont privilégiées par rapport aux belles-lettres et aux sciences humaines qui occupent néanmoins une place honorable. À noter que l’ordre alphabétique a été conservé à l’intérieur de chaque série, exception faite pour celles des Arts et métiers et du Système anatomique, leurs auteurs ayant jugé plus commode d’adopter un découpage par traités.

Le but déclaré de l’ouvrage est de réviser, corriger, augmenter et actualiser les contenus de l’Encyclopédie de DIDEROT et D’ALEMBERT, mais l’Encyclopédie méthodique, se détachant de son modèle, prend peu à peu une ampleur qui peut paraître démesurée, de sorte que, prévue à l’origine pour contenir 51 à 56 volumes, l’Encyclopédie méthodique devient l’une des plus volumineuses de son temps. Dans un prospectus édité en 1789, l’éditeur parle désormais de 43 Dictionnaires scientifiques totalisant 124 à 132 volumes, soit bien plus que les 26 dictionnaires initialement prévus. PANCKOUCKE lui-même revendique, avec sans doute une bonne dose d’exagération, plus de 100 000 entrées supplémentaires par rapport à son modèle. Le souci d’exhaustivité engendrant un accroissement considérable du nombre de dictionnaires et de volumes, l’Encyclopédie méthodique en comptera 43 à la parution du dernier volume, même si certains auteurs y comptent plus d’une cinquantaine de matières, auxquelles il faut ajouter les 9 atlas.

Pour la rédaction des articles, PANCKOUCKE s’efforce de faire appel à des spécialistes reconnus, souvent membres d’académies scientifiques, qui interviennent exclusivement dans leur champ de compétence, se démarquant ainsi de l’Encyclopédie et de ses compilateurs, certes polyvalents mais de qualité variable. Des grands noms de l’époque participent à l’aventure. On peut citer QUATREMÈRE de QUINCY pour l’architecture, DESMARETS pour la géographie physique, GUYTON-MORVEAU pour la chimie, Félix VICQ d’AZIR pour la médecine, MONGE pour la physique, ROLAND de LA PLATIÈRE pour l’industrie, DUHAMEL du MONCEAU, BONNATERRE et LATREILLE pour l’histoire naturelle, DEMEUNIER pour la politique, LAMARCK pour la botanique, MONGEZ pour l’Antiquité, LAPEYROUSE pour les oiseaux ou TESSIER pour l’agriculture.

Ami personnel de PANCKOUCKE, le comte de VERGENNES, ministre et diplomate, collabore à la rédaction de la Géographie moderne, tandis que JEFFERSON lui-même apporte des corrections aux articles concernant les États-Unis. Il est à noter que D’ALEMBERT, déjà contributeur du Supplément de l’Encyclopédie, participe à l’élaboration du dictionnaire de mathématiques peu de temps avant sa mort. Les planches mobilisent les meilleurs spécialistes, en particulier REDOUTÉ, de SÈVE et AUDEBERT pour celles de botanique. Entre 1782 et 1832, on estime généralement qu’au total plus d’une centaine de personnes auront contribué à la rédaction de l’Encyclopédie méthodique.

La souscription, lancée avec succès, réunit 5 000 souscripteurs en 1785, et dès 1782 commencent à sortir les premiers volumes coédités par PANCKOUCKE et Clément PLOMTEUX, un imprimeur basé à Liège. Si l’entreprise n’aura pas, comme ce fut le cas pour l’Encyclopédie de DIDEROT et D’ALEMBERT, à subir les foudres de la censure, l’Encyclopédie méthodique connaîtra, malgré la solidité financière de son éditeur principal, bien des vicissitudes qui expliquent le long délai entre son lancement et son achèvement. Outre l’Inquisition espagnole qui lui fait perdre 330 clients, ce sont avant tout les troubles révolutionnaires en France qui ralentissent l’activité et le rythme de publication et font chuter le nombre de contributeurs, souvent émigrés ou victimes de la Terreur. Leur nombre descend à moins de 3 000 en 1792 et à 500 à la fin de la Révolution, alors que PANCKOUCKE tablait sur 4 000 pour pouvoir rentrer dans ses frais.

La durée de l’entreprise, les aléas politiques et les soucis financiers croissants de l’éditeur plusieurs fois menacé de faillite, perturbent profondément le rythme des parutions qui s’étaleront sur un demi-siècle entre 1782 et 1832. Le premier tome du dictionnaire consacré à la médecine paraît dès 1787 alors que le dernier ne sera publié qu’en 1830. La publication des 5 volumes de la section consacrée à la physique s’étalera sur plus de trente ans entre 1793 et 1824, tandis que les tomes de chimie mettront vingt-huit années à être complétés entre 1786 et 1815.

L’adoption du système méthodique par matière avait pour but d’éviter la dispersion d’un sujet dans un vaste ensemble alphabétique. Restait cependant un défi majeur à relever : lier les connaissances et les définitions entre elles à l’intérieur du corpus des différents dictionnaires. C’est pourquoi, afin de compléter l’ensemble, il était prévu d’adjoindre à l’Encyclopédie méthodique 4 à 5 tomes de tables alphabétiques réunies dans un Vocabulaire universel. Dans ce véritable index, tous les termes importants figurant dans plusieurs séries seraient ainsi recensés et dotés de renvois, bien utiles pour éviter de parcourir l’ensemble des volumes de ce “monstre” éditorial. Peut-être pour des raisons pratiques mais plus certainement pour des raisons pécuniaires, ce Vocabulaire universel ne verra jamais le jour.

En dépit de la fondation du Moniteur universel, l’activité presse de PANCKOUCKE finit par se retrouver en grande difficulté, car certains de ses journaux, jugés contre-révolutionnaires, ont été interdits, et l’homme se retrouve en butte à des difficultés financières, d’autant que son encyclopédie s’avère être à terme un véritable gouffre sans fond. En 1794, il passe officiellement la main à son gendre, Henri AGASSE, qui l’assistait déjà directement depuis deux ans, et il décède à Paris quatre ans plus tard. Malgré bien des embûches, AGASSE réussit à reprendre le cours des parutions, et à sa mort, en 1813, c’est sa veuve Antoinette-Pauline qui prendra sa suite en révisant à la baisse certaines ambitions initiales de son père. Elle mènera crânement l’entreprise jusqu’à son terme avec le dernier tome consacré à l’Histoire naturelle qui paraît en 1832, mettant le point final à l’entreprise. Trop méconnue du grand public par rapport à son illustre modèle, l’Encyclopédie méthodique demeure l’une des plus grandes œuvres encyclopédiques de langue française. À l’instar de la Description des arts et métiers et de l’Encyclopédie, elle constitue de nos jours un outil des plus précieux pour découvrir les progrès scientifiques réalisés entre le milieu du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle.

Une fois l’œuvre achevée, le nombre total des volumes de l’Encyclopédie méthodique (atlas compris) oscille entre 160 et 300. Ces différences s’expliquent par le rythme aléatoire des publications échelonnées sur une longue période, mais aussi par les différents choix adoptés par les souscripteurs pour faire relier les livraisons, chaque tome de texte comportant le plus souvent deux sections, sans compter d’éventuels ajouts et suppléments. Dans son Grand dictionnaire universel, Pierre LAROUSSE parle de 201 volumes dont 47 de planches. En 1833, Louis Charles François PETIT-PRADEL, administrateur de la Bibliothèque Mazarine, demande à la Librairie Panckoucke de fournir une liste des volumes livrés. Denis Louis GOUJON, gendre de l’écrivain PALISSOT, établit alors une liste par ordre alphabétique d’après les 102 livraisons commencées en novembre 1782 et achevées le mardi 25 septembre 1832. Ainsi l’exemplaire de la Bibliothèque Mazarine comporte 40 dictionnaires, répartis en 212 volumes dont 157 de textes et 55 de planches. Un découpage “standard” de l’ensemble, proposé par la BIUM, aboutit à près de 210 volumes dont 157 de textes et 53 de planches. La division de l’Encyclopédie méthodique varie donc selon les collections. Wikipédia parle d’un ensemble occupant 15 mètres linéaires. Les collections complètes sont très rares, comme celle conservée au musée Teylers de Haarlem, et c’est ce qui fait toute la valeur de celle qui est présentée ici.

Certains dictionnaires ont été réédités à part, comme le Dictionnaire de marine, de VIAL du CLAIRBOIS, et le Dictionnaire de théologie, de l’abbé BERGIER. Ces deux ouvrages sont également présents sur Dicopathe.

L’Encyclopédie méthodique de la collection Dicopathe composée de 190 volumes en reliure uniforme est quasi complète; seuls y manquent deux volumes : le tome 7 du dictionnaire d’agriculture de 1821 et le tome 1er de la seconde partie du dictionnaire forêts et bois de 1815. Il a été acquis à Dijon lors d’une vente aux enchères et faisait partie intégrante de la bibliothèque du château de La Rochepot, ancienne propriété de la famille SADI-CARNOT. Le contenu de la bibliothèque a été dispersé suite à l’achat du château par un acheteur ukrainien. Le premier propriétaire de l’encyclopédie était un certain MATHIEU, juge d’instruction à Sainte-Menehould, dans la Marne.



1 Commentaire
  1. Cette superbe et surprenante ENCYCLOPÉDIE MÉTHODIQUE, rarissime complète, entièrement reliée dans une magnifique présentation uniforme est vraiment extraordinaire, et de plus dans vos mains privées, chers amis dicopathes Jacques et Vincent, heureux HOMMES.
    Pierre De WITTE de dico-collection

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