Marine

Manuel des marins, ou Dictionnaire des termes de marine.

Auteur(s) : BOURDÉ de VILLEHUET Jacques Pierre

 à L'Orient (Lorient), chez JULIEN le jeune, libraire, rue de Bretagne
 édition originale
  1773
 2 vol : tome 1. A-F (271 p.), tome 2. G-Z (278 p.)
 In-octavo
 cuir brun, dos à cinq nerfs, caissons ornés de motifs floraux dorés
 lettrines, bandeaux


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Après sa spectaculaire renaissance sous le règne de LOUIS XIV, la marine française, qu’elle soit de guerre, de commerce ou de pêche, connaît un nouvel âge d’or au XVIIIe siècle. La France, portée par le pouvoir royal, devient une des grandes puissances navales de son temps, bénéficiant d’un contexte porteur de développement économique, commercial et colonial. Pour autant cette situation favorable ne la met pas à l’abri des contrecoups des guerres engagées contre la Grande-Bretagne, sa principale rivale. Sous l’action des architectes et des constructeurs navals au XVIe et au XVIIe siècle, en particulier dans les chantiers anglais et hollandais, les navires sont devenus de plus en plus performants et perfectionnés. La navigation connaît de grands progrès et se dote de nouveaux outils scientifiques, tel le chronomètre de marine.

La marine prend qualitativement et quantitativement de plus en plus d’importance et, ce faisant, engendre une abondante littérature spécialisée. Auparavant dispersés dans le corps des dictionnaires, les termes de marine sont désormais regroupés dans des lexiques thématiques. En France, le pionnier du genre est Étienne CLEIRAC, déjà auteur du célèbre Us et coustumes de la mer. Avec son Explication des termes de marine publié en 1636, il inaugure un genre destiné à faire florès dans la seconde moitié du XVIIe siècle. En 1687, DESROCHES publie son Dictionnaire des termes propres de marine, premier grand dictionnaire français exhaustif sur le sujet, suivi en 1702 par celui de Nicolas AUBIN, puis en 1758 par celui d’Alexandre SAVÉRIEN. L’Encyclopédie, quant à elle, consacre également à la marine de nombreux articles et de belles séries de planches.

Descendant d’une lignée d’officiers de marine, Jacques BOURDÉ de VILLEHUET entre au service de la compagnie des Indes. En 1765, il accède à la renommée en publiant Le manœuvrier, ou essai sur la théorie et la pratique des mouvements du navire, préalablement soumis à l’appréciation de l’Académie des sciences. Cet ouvrage connaîtra cinq éditions jusqu’en 1832 et sera traduit en anglais. Publié l’année suivante, son Mémoire sur l’arrimage des vaisseaux se voit primé par l’Académie. Fort de ces succès, il peut alors travailler pleinement à la rédaction d’une encyclopédie navale qui serait utile non seulement aux marins et aux “gens de mer”, mais également aux négociants, aux serviteurs de l’État et aux décideurs politiques. Le Manuel des marins, ou Dictionnaire des termes de marine est publié en 1773 à Lorient, siège de la Compagnie des Indes orientales. Il s’agit de l’ouvrage ici présenté en édition originale.

Peu indulgent envers ses prédécesseurs, qui selon lui traitaient le langage maritime « comme faisant partie d’un langage barbare & étranger », BOURDÉ de VILLEHUET pointe le « défaut d’un bon dictionnaire de marine ». Pour lui, les dictionnaires existants ne sont pas satisfaisants du fait que « l’expérience manquant aux auteurs de tous nos dictionnaires de Marine, ils n’ont pu définir, sans erreur, ce qu’ils ne connoissoient pas ; ils ont rempli leurs ouvrages de fausses explications, & ont souvent pris une chose pour une autre, faute d’avoir assez vu ». Il se pose ainsi en homme de l’art mais surtout en praticien, plus soucieux de restituer le langage ordinaire des marins et des professionnels de la mer que de s’attarder sur l’étymologie, les théories trop “livresques” et les considérations sémantiques ou historiques. Sa philosophie sur les termes qu’il utilise peut se résumer à cette phrase : « Je les ai expliqués en homme de l’Art, et avec le plus de précision qu’il m’a été possible. »

En véritable ethnologue et linguiste, l’auteur a réalisé un important travail de collecte dans les ports et les chantiers auprès des professionnels de la mer. Il s’efforce d’en retranscrire le vocabulaire de manière exacte et synthétique, dans un style concis, économe en détails superflus, afin d’être compris du plus grand nombre. Il veut en particulier expliciter les “phrases nautiques” qui servent à commander rapidement les manœuvres : À bas le monde, Branle-bas, Caponne, Dévergue, Paré à virer, Tiens bon là. Pour être efficaces, ces expressions quasi “rituelles” se doivent d’être brèves, sans être “enchâssées dans le discours”, et universellement intelligibles.

Fort de son expérience et de son expertise, BOURDÉ de VILLEHUET prend grand soin à passer en revue les différentes manœuvres possibles sur un navire, depuis l’armement jusqu’au retour au port. Outre les innombrables éléments de voilure et de gréement, il détaille l’équipement des grands navires, du porte-voix aux gargousses de poudre, en passant par le hamac, les garcettes, les gaburons et la boussole, également appelée “compas de mer”. Il s’attarde sur les différentes composantes d’un équipage, qu’il s’agisse d’un navire de pêche à la morue, d’une gabare ou d’un vaisseau de guerre : caplaniers, gabiers (“les meilleurs matelots de l’équipage d’un vaisseau”), canonniers, coq (cuisinier), soldats de marine ou encore le matelot affublé de la fonction de “gardien de la fosse aux lions”. Les termes de charpenterie et de menuiserie, très nombreux et peu compréhensibles pour les non-initiés, sont tous détaillés dans l’ouvrage.

Malgré ses efforts, l’Académie de marine ne réussira pas à mener à bien son propre projet de dictionnaire, définitivement abandonné après la publication de la partie “marine” de l’Encyclopédie méthodique dirigée par Honoré Sébastien VIAL du CLAIRBOIS. Une dizaine d’années plus tard, Charles ROMME, déjà auteur de plusieurs livres de référence sur la voilure et la mâture, publiera un Dictionnaire de la marine française. Loin de se ralentir, la lexicographie des termes maritimes va connaître un nouvel essor au XIXe siècle, autre grand siècle des dictionnaires et encyclopédies de marine.



2 Commentaires
    • Jacques Picard

      Merci Pierre,
      Avec Vincent nous sommes complètement accaparés par nos parutions et je n’ai pas le temps d’échanger avec toi mais je consulte presque quotidiennement ton site qui, pour nous, reste “le grand frère” de référence.
      En toute amitié dicopathique,
      Jacques

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