Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures
Auteur(s) : Académie Alphone Allais
JAILLARD Xavier, DELAUNE Jean-Pierre
Plus d'informations sur cet ouvrage :
Journaliste et écrivain, Alphonse ALLAIS s’est fait connaître dans la France de la Belle Époque par son sens de l’humour bien reconnaissable, porté par une plume acerbe, le goût de l’absurde et une prédilection marquée pour les jeux de mots, en particulier les calembours. À sa mort, en octobre 1905, il laissera un nombre considérable d’écrits en tous genres, allant de chroniques publiées dans différents journaux à des poèmes holorimes, des nouvelles, des pièces de théâtre peu académiques et un roman. Après sa disparition, ses écrits continueront à être publiés et son style, à la fois littéraire et loufoque, continuera à inspirer nombre d’auteurs comiques.
En 1934, à l’initiative d’un ami de l’auteur, Jehan SOUDAN de PIERREFITTE, est fondée une Société des Amis d’Alphonse Allais, qui aura une existence éphémère. Vingt ans plus tard, une Académie Alphonse Allais est créée par Henri JEANSON à l’occasion du centenaire de la naissance de notre humoriste, mais ses activités et ses réalisations resteront très limitées. En 1985, Robert CHOUARD et Robert ROTROU donnent une existence légale à cette institution et lui impulsent un élan décisif. Dès lors, la vénérable académie qui, en 2015, ne comptait que 75 membres, partage désormais ses activités entre Honfleur, ville natale du “maître”, et Montmartre. Elle multiplie les intronisations de nouveaux membres et décerne annuellement le Prix Alphonse Allais. En 2010, l’idée de réaliser un dictionnaire rendant hommage à l’humour “allaisien” est adoptée par l’association. Un cénacle d’académiciens – parmi lesquels Alain CRÉHANGE, René de OLBADIA, Bruno MASURE, Yves CUSSET, Nelly KAPLAN, Xavier JAILLARD, ou encore André GAILLARD, Alain CASABONA et Pierre CHARRAS – se réunit chaque premier dimanche du mois au théâtre Hébertot pour débattre et sélectionner les meilleures définitions. Ces séances du dictionnaire, copiées sur celles de la sérieuse Académie française, portent leurs fruits et, grâce à la verve et l’imagination de ses contributeurs, l’Académie Alphonse Allais peut ainsi, après seulement une année de cogitations, présenter au public son Dictionnaire ouvert jusqu’à 22 heures, qui sera édité en novembre 2011 par les Éditions Le Cherche Midi.
Dans la préface, JAILLARD compare le dictionnaire à une “maison hantée” car, si “les rédacteurs n’avaient pour idée obsessionnelle et récurrente que celle de faire rire”, il précise que “l’incontestable maître des cérémonies en est Alphonse ALLAIS”, même si l’influence d’autres humoristes se fait également sentir, comme celle de Pierre DAC, d’Ambrose BIERCE, de Jean YANNE, des auteurs du fameux Almanach Vermot – “Bible” depuis plus d’un siècle des amateurs de calembours et autres jeux de mots “tirés par les cheveux”, en tous genres -, et même d’Alain DAG’NAUD auteur des définitions des mots croisés farfelus du Canard enchaîné.
À l’image du Petit Larousse, l’ouvrage est partagé en deux parties, noms communs et noms propres avec, intercalées, une quinzaine de “Pages absinthe” qui détournent les locutions latines, grecques et étrangères. À travers un bon millier de définitions, tour à tour surréalistes, pince-sans-rire, caustiques, bouffonnes, saugrenues, potaches, abracadabrantes ou cocasses, le dictionnaire propose un recueil joyeusement absurde. Ici, une patrouille est “un groupe de soldats qui n’ont jamais peur” ; un coin, “un demi-canard” ; la Révolution est une “période que l’on célèbre lorsqu’elle est derrière nous et que l’on redoute lorsqu’elle est devant” ; un mégalomane est “un partisan du tout-à-l’égo” ; un intégriste, un “individu qui veut piété plus haut que son cul” ; et, alors que la fringale se définit comme un “passage avide”, une boucherie est avant tout un “Empire à steaks”.
S’il n’a pas, pour l’instant, connu de nouvelle version, cet ouvrage a remis à l’honneur le calembour, type d’humour que beaucoup jugeaient obsolète, pour ne pas dire ringard. Pour les amateurs, nous proposons ci-dessous un petit florilège de ces “fantaisies lexicales”.
Quelques extraits
– Nanagramme. Femme légère.
– Datcha. Éternuement russe.
– Hou’s Hou. Annuaire des fantômes de bonne famille.
– Tibet. Province dissidente chinoise réputée pour ses prises de position jusqu’aux-bouddhistes.
– Waterloo. Pâtée impériale.
– Cornemuse. L’un des trois arguments, avec la cuisine et l’aviation, par lesquels les Britanniques ont réussi à convaincre les Allemands de ne plus chercher à les envahir.
– Absentéisme. Fléau scolaire qui ne doit plus avoir cours.
– Zavatta. Célèbre clown que l’on invoque pour s’enquérir de la santé d’autrui.
– Testament. Avis de faire parts.
– Noé. Le premier des gars des zoos.
– Testicules. Variété de jumeaux. Ne sont pas vendus à part.
– Démangeaison. Expression de sa profonde gratitude.
– Fallope. Épouse d’un mari trompé qui, de plus, a perdu son dentier.
– Dictionnaire. Tortionnaire qui, par définition(s), a toujours raison.
– Kamikaze. Pilote décès.
– Canonique. Se dit d’un âge où l’on commence à devenir un boulet.




