Dictionnaire des mots qu’il y a que moi qui les connais
Auteur(s) : YANNE Jean
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Véritable touche-à-tout, tour à tour journaliste, acteur, réalisateur, chanteur, parolier et scénariste, Jean YANNE – de son vrai nom Jean GOUYÉ – devient, au cours des années 60 et 70, un humoriste populaire et provocateur. Présent à la télévision, au cinéma, à la radio et dans les journaux, il se rend célèbre grâce à son ton gouailleur, son personnage de Français moyen râleur et ʺgrande gueule ʺ. Malgré des hauts et des bas dans sa carrière, il réussit à imposer un humour “vachard”, iconoclaste et sarcastique.
Lettré, cinéphile, doté d’une grande culture générale, YANNE aimait également jouer avec la langue française, quitte à la “triturer” pour forger un nouveau vocabulaire. En 2000, il propose un recueil de ses expérimentations lexicales dans un Dictionnaire des mots qu’il y a que moi qui les connais, édité chez Plon, puis l’année suivante en version poche chez Pocket. Notre trublion ne présente pas moins de 520 néologismes, tout à la fois farfelus, incongrus et surréalistes. Comme l’a résumé alors une journaliste : “Un dictionnaire à la sauce Jean Yanne, c’est un peu comme si les Marx Brothers étaient nommés ministres de la Culture, avec l’absurde comme marque de fabrique.” Dans l’introduction, il commence par adjurer son lecteur de ne pas lire cet ouvrage comme “un roman, un essai ou une quelconque œuvre de fiction”, mais bien comme un dictionnaire. Pourtant, il écrit plus loin qu’ici “le signifiant est plus important que les mots désignés” et que, par conséquent, “la plupart du temps, la définition d’un autre mot peut correspondre au mot lu précédemment”. Fier de son lexique, il ajoute en outre que “pour écrire ce dictionnaire, j’ai dû me livrer à une sélection drastique, ne choisissant que les mots utiles, base indispensable d’une parfaite connaissance de notre admirable langue et des maîtres qui lui ont donné sa grandeur […] Puissent les enfants des écoles et ceux qui les enseignent, puissent les étudiants, les chercheurs, les savants, et puissent les représentants de ce peuple si vaste et si divers, devenir, à la lecture de cet ouvrage, un peu moins cons”.
D’Aaba à Zzyz, le lecteur est convié à un voyage en absurdie, avec tout un panel de mots faisant référence à des objets imaginaires, des situations cocasses, des traditions bien étranges, des concepts sans queue ni tête, des locutions inutiles et abracadabrantes, ou encore des biographies affligeantes ; la plupart des définitions sont en outre assorties de citations créées de toutes pièces pour l’occasion. Parmi les trouvailles de YANNE, nous pouvons ainsi découvrir le Qualipisme, technique littéraire qui consiste à mettre la poésie en prose pour la rendre “moins ennuyeuse et plus moderne” ; le Zitronquet, qui est un “fixe-chaussette spécial pour cul-de-jatte” qui, “s’accrochant sur les omoplates, permet de faire tenir les chaussettes sur les avant-bras sans que ceux-ci glissent jusqu’aux poignets” ; le Lapiche, qui définit “des lunettes comportant un jeu complexe de miroirs permettant de voir les parois intérieures des oreilles et des trous de nez afin de se couper les poils superflus” ; le Surgolin, qui est un bateau à fond de verre opaque utilisé dans les régions “où les fonds marins sont sans intérêt” ; ou encore Varoutique, qui est la “propriété de ce qui ne peut être expliqué d’une manière simple et qui, au fur et à mesure qu’on tente de la simplifier, ne cesse de se compliquer”.
Jean YANNE trouvera encore le temps de tourner plusieurs films et de sortir, en 2001, un recueil de pensées et d’aphorismes de son cru intitulé Je suis un être exquis, avant de décéder en mai 2003.
Extraits
Arzupiotte : Montgolfière de taille réduite, en forme de caleçon, utilisée par les observateurs militaires pendant la guerre de 1870. Gonflé de gaz, le caleçon, plus léger que l’air, permettait de s’élever au-dessus du champ de bataille pour relever la topographie des positions ennemies. Il n’existait qu’une version avec fente dans le dos, dans laquelle on pouvait glisser les Dépêche-Ballon.
Nobluche : Eau déshydratée distribuée dans le désert aux légionnaires partant en mission loin des points d’eau traditionnels. L’avantage considérable de la poudre d’eau (en dehors du fait qu’elle ne s’évapore pas) est qu’il suffit d’ajouter à l’eau en poudre de l’eau ordinaire ou tout autre liquide pour obtenir plus d’eau.
Clubard : Gousset artificiel obtenu à la suite d’une intervention chirurgicale et consistant à créer une petite poche sous l’abdomen des fervents du nudisme pour permettre de conserver leur carte de crédit et quelques billets de banque sur eux lorsqu’ils sont nus sur la plage.
Trablote : Papier tue-mouches sans colle utilisé dans les pays extrêmement froids, donc sans mouches. L’absence de colle et surtout le fait que ces bandes de papier n’aient aucune utilité dans la destruction des diptères permettent aux autochtones de se servir des trablotes comme objets de divertissement. Peintes de couleurs vives et ornées de motifs géométriques ou fleuris, elles sont agitées par les consommateurs venus chercher un peu de chaleur dans les débits de boisson.




