Dictionnaire héraldique
contenant les armes et blazons des princes, prélats, grands officiers de la couronne et de la maison du roy, des officiers de l épée, de la robe et des finances, avec celles de plusieurs maisons et familles du royaume existantes
Auteur(s) : CHEVILLARD Jacques
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Créé au Moyen Âge, le blason devient un élément d’identification très prisé, non seulement par les familles nobles mais aussi par les villes, les corporations, les confréries, l’Église, et même par les bourgeois, les administrations et les universités. D’où une production pléthorique, vite devenue une affaire de professionnels et codifiée par des règles édictées par une nouvelle discipline : l’héraldique. Pour “mettre de l’ordre” et permettre aux particuliers comme aux autorités de s’y retrouver, des armoriaux sont dressés, comme celui dit “Le Breton”, du nom de son premier rédacteur. Au fil du temps, les blasons et les armoiries vont se multiplier, au profit de ceux qui désirent attester d’une vieille noblesse pour bénéficier de privilèges et d’exemptions fiscales. Destiné à lutter contre les cas d’usurpations, un édit de 1696 impose à tous les sujets du roi de faire enregistrer ces signes de noblesse sous peine, en cas de refus, d’amendes et de confiscation des objets indûment ornés. À la suite de ce recensement, le juge d’armes et généalogiste Charles René d’HOZIER sera chargé d’établir un Armorial général de France qui, publié à la fin du règne de LOUIS XIV, regroupe 128 807 blasons peints, dont plus de 115 000 armoiries familiales.
Dans les provinces, d’autres recueils de blasons sont réalisés à partir de rapports d’enquête commandés par les intendants ou les parlements. C’est dans ce cadre que l’historiographe du roi Jacques-Louis CHEVILLARD – lui-même fils d’un généalogiste renommé – en signe plusieurs dédiés à la Bourgogne et la Bresse, la Normandie, ou encore Paris. En 1722, il propose un ouvrage de synthèse sobrement intitulé Dictionnaire héraldique ; il s’agit de l’ouvrage présenté ici. Dans sa préface, l’auteur explique clairement la motivation du choix de ce format. Pour lui, les traités et manuels existants sont obscurcis par beaucoup d’informations inutiles, obsolètes ou erronées qui rendent leur consultation délicate. Afin de fournir un outil pratique, maniable et fiable, il opte donc pour le format, supposé plus commode, du dictionnaire : “On a donc pensé qu’un dictionnaire pouvait seul prévenir cet inconvénient et, ayant vu la méthode introduite dans la république des lettres, avec une espèce de fureur de mode, de réduire en dictionnaires les principes et les termes des sciences et des arts, on s’est étonné que jusqu’à présent cette méthode n’eût pas été étendue et appliquée a l’art héraldique; à qui elle convient plus particulièrement qu’à toutes autres Sciences.”
Dans son livre, CHEVILLARD ne retient exclusivement que les armoiries des grands officiers de la Couronne et de la maison du roi – aussi bien de “l’épée, de la robe et des finances” -, celles des prélats, des titulaires d’ordres de chevalerie, des principaux magistrats, ainsi que “celles de plusieurs maisons et familles du royaume existantes”. Ne recherchant pas l’exhaustivité, il se focalise sur “le haut du panier” des personnages et familles au service de la monarchie. Dans son ouvrage, il s’abstient de toute référence aux maisons et dignités éteintes, affirmant avec force que “le dessein de ce recueil se bornant aux armes de la France vivante, exclut par lui-même les armes des maisons éteintes, étrangères, et imaginaires”.
Faisant l’impasse sur la théorie de l’héraldique, le dictionnaire se compose d’un recueil de dessins de blasons classés alphabétiquement en fonction de leur motif principal, chaque catégorie faisant l’objet de subdivisions. Ainsi, les écus de la famille “Animaux” se répartissent en “Agneaux et moutons”, “Belettes”, “Cerfs”, Lapins”, “Licornes”, etc. ; tandis que “Lion” peut être “d’or”, “d’argent”, ou encore “d’hermine”. CHEVILLARD recense aussi nombre de termes purement héraldiques, comme “Bandes”, “Chefs”, “Chevrons”, “Pals”, etc. L’auteur a volontairement simplifié son propos et réduit autant que possible les catégories utilisées pour son classement. Il a également habilement contourné la difficulté que représentent les blasons écartelés : “Si les armes qu’on aura besoin de chercher sont écartelées, il faut considérer seulement quelles pièces ou figures contient le premier quartier de l’écu pour les chercher dans le chapitre de ces pièces ou figures et, si elles sont écartelées avec un sur le tout, c’est le « sur le tout » qu’il faut seul considérer pour trouver cet écusson en la place où il doit être.”
Au terme de ce classement, le lecteur devra donc, pour retrouver le blason de la famille FOUQUET de BELLE-ISLE, chercher à “Écureuil”, celui des GOURDON de GENOUILLAC à “Étoiles”, celui des SÉRICOURT d’ESCLAINVILLIERS à “Croix chargées”, ou celui de NIGOT de SAINT-SAUVEUR à “Double fasces accompagnées”. Il est à noter que nombre de pages portent des blasons vierges, sans que nous ne connaissions la raison d’un choix de mise en page qui laisse une impression d’inachevé. Au total, l’ouvrage propose 1 778 blasons dessinés dépourvus de toute description dans le si particulier langage héraldique. CHEVILLARD mourra à Paris en 1751. D’autres ouvrages sur l’héraldique se succèderont dans les décennies suivantes, comme celui de Denis-François GASTELIER de LA TOUR, à qui l’Encyclopédie doit la majeure partie des articles sur ce thème. Malgré la parenthèse de la Révolution, le sujet reviendra à la mode au siècle suivant. En effet, le Premier Empire et le Second Empire recourront de nouveau à l’anoblissement, et beaucoup de familles se feront créer un blason. Édité pour la première fois en 1852, le dictionnaire de Charles de GRANDMAISON restera longtemps une référence incontournable, comme celui publié quelques décennies plus tard par Camille Philippe DAYRE de MAILHOL





