Français (langue), Latin (langue), Lexicographie

Dictionaire françois-latin

contenant les motz & manières de parler françois, tournez en latin

Auteur(s) : ESTIENNE Robert

 à Paris, de l'imprimerie de Robert ESTIENNE (fac-similé par les éditions Chapitre.com)
 fac-similé
  1539
 1 vol (523 p.)
 In-folio
 broché, carton souple plastifiée, reliure moderne
 grandes lettrines ornées, belle marque d'imprimeur sur la page de titre


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Imprimeur, mais également traducteur, philologue, érudit maîtrisant grec et latin, Robert ESTIENNE représente une figure marquante de l’humanisme français. Fils d’Henri ESTIENNE, pionnier de l’imprimerie en France, à l’âge de vingt et un ans il reprend l’affaire familiale en association avec son beau-père Simon COLLINES, lui-même ancien partenaire de son père. Dès lors l’imprimerie s’oriente vers une production de qualité marquée par une typographie soignée et spécialisée dans les éditions “corrigées” de la Bible et dans la réédition d’auteurs latins.

Faisant le constat que les dictionnaires et lexiques latins existants sont lacunaires voire même erronés, il entreprend de réaliser son propre ouvrage pour permettre à ses contemporains d’appréhender au mieux les auteurs anciens. Il prête une particulière attention aux nouveaux étudiants en cherchant à leur éviter d’être “contaminés” par les grammaires et les lexiques qui leur sont proposés : « Nous avons mis cœur & entente au soulagement de la jeunesse françoise, qui est sur son commencement & bachelage de litérature. » Ce projet de longue haleine se concrétise en 1531 par la parution du Thesaurus latinæ linguæ. L’ouvrage résulte d’un travail en profondeur réalisé sur la langue latine, que son rédacteur s’efforce d’épurer pour aboutir à un corpus proche du latin classique. Par ailleurs, ce dictionnaire se distingue par une mise en forme très novatrice des articles, qu’Estienne reprendra dans ses ouvrages ultérieurs.

Stimulé par le succès de son livre, il améliore son texte et livre dès 1536 une seconde édition remaniée et très augmentée. Dans le prolongement de cette nouvelle édition, il élabore un dictionnaire latin-français, le Dictionarium latinum-gallicum *qui est publié en 1538. Véritable bourreau de travail, perfectionniste et soucieux de voir compléter son “offre” lexicographique, Estienne édite l’année suivante une version français-latin de l’ouvrage : il s’agit du fameux Dictionaire françois-latin ici présenté. La date de 1539 figure sur la page de titre, mais certains spécialistes soutiennent que le livre n’a été réellement mis en vente qu’à partir de 1540 ou 1541.

La grande nouveauté de l’ouvrage réside dans sa nomenclature établie à partir du français. Certes les dictionnaires bilingues et multilingues existent depuis plusieurs décennies, à l’image des ouvrages de CALEPINUS, mais c’est la première fois que, dans un lexique, la langue française sert de langue de référence. Hasard ou non, c’est en cette même année 1539 que l’ordonnance de Villers-Cotterêts confère au français le statut de langue officielle du royaume. Désormais tous les actes légaux et notariés doivent être rédigés en français [[[langue maternelle]]] et non plus en latin. À ce titre, ce dictionnaire français-latin fait figure d’ouvrage fondateur dans l’histoire de la lexicographie française. Par sa composition même, il témoigne, dans la lignée des dictionnaires précédents, de la “créativité” d’ESTIENNE, véritable précurseur dans le domaine de la lexicographie.

Renouvelant la structure même d’un lexique, il continue à adopter un classement par ordre alphabétique, mais en ne retenant que les trois premières lettres de chaque mot. Ce parti-pris lui permet de procéder à des groupements par dérivation et non plus par composition. C’est ainsi qu’il réunit les mots par famille. Par exemple, autour du terme Ardre il regroupe Ardoir, Ardent, Ardeur, Ardamment et, autour de Noir, les mots Noirastre, Noiret, Noireté, Noircir, Noirci, Noircissure, Noirceur. À noter que le k, le w, le z et le j n’existent pas encore, cette dernière lettre se confondant alors avec la lettre i.

Pour chaque entrée “principale”, il établit une liste, également alphabétique, de constructions et de locutions auxquelles le mot peut appartenir ; ce sont les fameuses « manières de parler françois » indiquées dans le sous-titre. Sans se soucier de donner une définition, il donne, pour chacun des 9 000 mots présentés, le ou les synonymes en latin. Il développe ensuite les différentes nuances possibles d’un même vocable. Par exemple, si le terme Langue se traduit par Lingua ou Glossa, il donne des exemples comme “Langue latine : latina lingua”, “Tirer la langue : linguam exerere”, “Languart : futilatis homo, blattero, linguax”, ou encore “Une herbe qu’on appelle langue de chien : cynoglossos”.

Typographe exigeant, ESTIENNE contribue à la diffusion de caractères romains clairs et aérés, plus lisibles que ceux issus de la graphie gothique. Grâce à lui et à d’autres imprimeurs, le modèle dit Garamond va bientôt s’imposer comme le standard pour l’imprimerie en France et dans une grande partie de l’Europe. Dans le même ordre d’idées, l’apparition de l’italique permet désormais de distinguer aisément les deux langues et de faciliter grandement la lecture.

Perfectionniste et travailleur infatigable, ESTIENNE ne cesse de revoir sa copie en remaniant et en augmentant constamment ses dictionnaires. C’est ainsi que la correction de son thésaurus latin, datée de 1543, engendre une nouvelle version de son Latinum gallicum qui, publiée en 1546, aboutit elle-même, en 1549, à une version révisée et très augmentée du dictionnaire français-latin, riche de plus de 13 000 entrées.

L’année même où il achève ce dictionnaire, ESTIENNE, fort de l’estime et de la protection de FRANÇOIS Ier, est nommé imprimeur du roi pour le grec et l’hébreu. En collaboration avec Claude GARAMONT, il fait alors graver les fameux “grecs du roi”. À la mort de son souverain, sa sympathie de plus en plus évidente pour la Réforme le contraint à s’exiler à Genève, où il ouvre un nouvel atelier, son imprimerie parisienne étant reprise par son frère Charles.

Même si l’objectif premier d’ESTIENNE demeurait l’enseignement de la langue latine, le Dictionaire françois-latin servira de base après lui pour établir un premier vrai dictionnaire français monolingue. Sa mort, en 1559, ne mettra pas un terme à son œuvre lexicographique qui sera reprise par d’autres auteurs. En 1564, une troisième édition, revue par Jean THIERRY, verra le jour, et en 1573 Jacques DUPUYS et Jean NICOT permettront à une quatrième édition de paraître. Voulant à l’origine rédiger une synthèse à partir des quatre éditions successives du dictionnaire d’ESTIENNE, NICOT finit par s’orienter vers un ouvrage personnel totalement différent. Ainsi verra le jour le Thrésor de la langue françoise *, universellement reconnu comme étant le premier véritable dictionnaire monolingue de langue française.

*: Présent sur Dicopathe



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