Dictionnaire des devises historiques et héraldiques
Auteur(s) : CHASSANT Alphonse, TAUSIN Henri
Plus d'informations sur cet ouvrage :
Né en 1808 à Paris, Alphonse CHASSANT, lithographe de formation, possède une érudition qui va lui permettre de devenir le bibliothécaire de la ville d’Évreux. Il occupe ce poste entre 1836 et 1851, avant de devenir archiviste municipal. Dès lors, il se lance dans une prolifique carrière d’écrivain , centrée sur les sciences annexes de l’histoire médiévale, comme la paléographie, l’héraldique, l’histoire de l’art et de la littérature, ou la sigillographie. Parmi ses nombreuses publications, nous pouvons citer sa Paléographie des chartes et manuscrits, du XIe au XVIIe siècle, éditée en 1839, ainsi que son Dictionnaire des abréviations latines et françaises, dont la première édition est publiée à Évreux en 1846. Il s’intéresse de près à la science des blasons, redevenue en vogue en France depuis l’Empire et publie, en 1858, Nobiliana, curiosités nobiliaires et héraldiques. Désireux de consacrer un ouvrage complet à ce thème, il s’associe pour ce projet à Henri TAUSIN, un membre éminent du Conseil historique et héraldique de France. C’est donc sous leurs deux noms que sera publié pour la première fois, en 1878, le Dictionnaire des devises historiques et héraldiques que nous présentons ici. La matière sur le sujet étant abondante et la demande forte, deux suppléments à cet ouvrage seront édités en 1895, signés cette fois du seul TAUSIN.
Courtes sentences censées exprimer les valeurs d’une famille, ou reliées à un épisode historique, les devises se sont multipliées depuis le Moyen Âge, débordant très largement le seul cadre de l’aristocratie et de la chevalerie. Les villes, les corporations, les industriels, les banquiers et les membres de la bourgeoisie supérieure adhèreront à une pratique consistant à forger ce qui leur servira tout à la fois d’emblème, de signe de ralliement et de programme. Dans bien des cas, les devises fusionneront avec les blasons, mais ce ne sera pas une règle générale, surtout quand elles seront associées à des circonstances bien précises et seront dès lors éphémères.
La plupart des notices, assez brèves, sont classées dans une longue énumération présentée par ordre alphabétique pour permettre au lecteur de retrouver au plus vite la devise recherchée. Ce choix de présentation ne permet pas une recherche par période ou par thème, même dans le cas de célèbres devises telles que : Dieu et mon droit, Montjoie Saint-Denis, Qu’y s’y frotte s’y pique, Potius mori quam fœdari, Je maintiendrai, A cœur vaillant, rien d’impossible et Quo non ascendam. Le but recherché par les auteurs n’est donc pas de proposer une somme d’érudition mais de procurer au lecteur un outil pratique et exhaustif. Les deux premiers tomes sont organisés de manière indépendante de A à Z, présentation qui a nécessité l’ajout d’un troisième volume, répertoriant, par ordre alphabétique, les noms de famille cités dans les deux premiers opus. Il est à noter que quelques éléments d’héraldique, soit 36 blasons, sont repris dans l’ouvrage sur cinq planches présentées à la fin du premier tome.
En feuilletant le dictionnaire, le lecteur peut découvrir des devises parfois très brèves assimilables à des cris : “Jérusalem !”, “Main droite !”, “Acigny !”, “Dieu ayde !”. Certaines autres se présentent sous la forme de formules incongrues au sens mystérieux : “Alors comme alors”, “À peine un chat peut y atteindre”, “Il faut”, “La mort n’y mord”, “On en comptera deux”, etc. Il arrive aussi que certains aient choisi comme devises des anagrammes et des jeux de mots jouant sur l’homonymie ou l’homophonie ; nous donnerons des exemples de ce type dans le florilège présenté à la fin de ce billet. Autre caractéristique : plus de la moitié des devises rédigées en latin ne sont pas traduites, les auteurs comptant sur la culture classique des lecteurs. D’autres langues que le français sont présentes dans l’ouvrage, tels le flamand, l’allemand, le gaélique, l’italien et le breton.
Quelques années après la publication de ce livre, TAUSIN révisera, complètera et réorganisera l’Armorial des cardinaux, archevêques et évêques contemporains de France, dans une version éditée en 1886. À la veille de la Grande Guerre, il reviendra sur son sujet favori en signant les Devises des villes de France. De son côté, CHASSANT continuera à écrire sur sa région et sa ville d’adoption.
Notre exemplaire porte un bel ex-libris d’Édouard de VILLIERS du TERRAGE, “secrétaire d’ambassade”.
Quelques exemples de devises
Aultre naray. (Autre nauray) Devise prise en 1429 par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, lorsqu’il épousa sa troisième femme, Isabelle de Portugal (Cette devise se trouve gravée sur deux couteaux d’un écuyer tranchant de ce prince, au musée de Dijon).
Fou qui s’y frotte. Du Houx, en Bretagne (Porte des feuilles de houx).
Tout par amour et rien par force. Bourgogne, maire de Nantes en 1637 (Porte un fermail ou gond de porte).
J’ai le corps délié. Devise de l’ordre de la Cordelière, institué en 1498 par Anne de Bretagne, épouse de Charles VIII, roi de France, et en secondes noces de Louis XII. « Cette devise fait allusion à la mort de Charles VIII, par laquelle Anne se trouvait affranchie des lois et du joug du mariage. » (Hermant.) Montagu.
Tevel hag ober. (Se taire et agir) – De Kerret, en Bretagne.
La vertu est un beau fort. Beaufort (Brabant septentrional, principauté d’Utrecht).
Il n’y a oiseau de bon nid qui n’ait une plume de Lugny. Lugny (Bourgogne).
Cher repos. Devise anagramme de Porchères d’Arbaud, l’académicien.
Suivant sa voye. – Les ducs de Nemours, de la maison de Savoie, par allusion à ce dernier nom.
J’attends, je prétends et j’espère en tout temps – De Guillebon.
Pred eo, pred a vo (Il est temps, il sera temps.) – De Kersauson, en Bretagne.
Faire que devra, advienne que pourra – Gérard de Mielet van Coehoorn (Pays-Bas).
Bien sert, jamais ne dessert. – De Beauroire (Périgord). Porte dans ses armes trois pattes de griffons.







