Sigillographie, Paléographie

Dictionnaire de sigillographie pratique

contenant toutes les notions propres à faciliter l'étude et l'interprétation des sceaux du Moyen-Âge

Auteur(s) : CHASSANT Alphonse, DELBARRE Pierre-Jean

 Paris, J.-B. DUMOULIN, de la Société de l'École des cartres, quai des Augustins, 13
 édition originale
  1860
 1 vol. (VIII- ??? p.)
 In-douze
 demi-basane brune, dos lisse à filets dorés
 en fin d'ouvrage planches de gravures représentant des sceaux


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Le sceau est une signature gravée sur un support, destinée à certifier, identifier et authentifier un document. Utilisé dès l’Antiquité en Mésopotamie selon le principe d’un rouleau gravé s’appliquant sur de l’argile molle, il se répand, sous des formes diverses, aussi bien en Asie que dans le bassin méditerranéen. Dès la fin de la période romaine, le sceau voisine de plus en plus systématiquement avec le seing, la signature autographe ou le monogramme.

Au Moyen Âge, il prend de l’importance et du volume grâce à l’usage du parchemin, support solide et résistant, qui a progressivement remplacé le papyrus beaucoup plus fragile. Après l’an mil, n’étant plus réservés à l’administration et aux gens de pouvoir, les sceaux vont proliférer, qu’ils soient utilisés par des particuliers, des corporations ou diverses institutions. À l’époque romaine le plomb est la principale matière utilisée pour leur confection. Puis, à partir du XIe siècle, la cire, souvent mélangée à d’autres matières et parfois recouverte de vernis, deviendra le support principal. Cependant les sceaux métalliques, parfois en or ou en argent, ne disparaîtront pas, restant souvent la marque de souverains prestigieux et d’actes officiels importants. La chancellerie pontificale conservera cet usage tout au long du Moyen Âge, en particulier pour les fameuses bulles papales. Pour illustrer cette généralisation du sceau, nous pouvons évoquer le cas d’une doléance adressée en 1415 par les habitants de Bohême à un concile qui ne comptait pas moins de 350 sceaux !

Longtemps cette source importante de l’histoire médiévale a été négligée, reléguée au second plan par la numismatique et la paléographie. Dans un premier temps, c’est sa fonction de garantie d’authenticité qui a été prise en compte par les diplomatistes et les généalogistes des XVIIe et XVIIIe siècles. Il s’agissait alors de débusquer faux et contrefaçons, pour déterminer la validité de documents médiévaux. En effet il arrivait qu’un sceau soit manipulé pour être frauduleusement utilisé, comme dans le cas célèbre du procès intenté par Robert D’ARTOIS à sa tante MAHAUT, où le neveu n’avait pas hésité à produire des pièces truquées. La nouvelle science qui se met en place prend d’abord le nom de sphragistique puis de sigillographie.

Progressivement les sceaux sont étudiés comme un témoignage de la culture et de l’histoire médiévales, et de grandes collections publiques commencent à se constituer. En 1811, Aubin Louis MILIN de GRANDMAISON écrivait qu’« on y trouve la solution d’une infinité de questions, et les éclaircissements les plus curieux pour l’histoire, les généalogies, les costumes du Moyen Âge, et l’hagiologie ; on y observe les progrès de l’art de la gravure ». À cette époque, la période médiévale, désormais valorisée après avoir été longtemps dépréciée, fait l’objet de nombreuses études. Dans son ouvrage Éléments de paléographie, publié en 1838, Natalis DE WAILLY consacre la totalité de son deuxième tome à la sigillographie.

Bibliothécaire de la ville d’Évreux puis conservateur du musée municipal, Alphonse CHASSANT est un érudit passionné d’histoire médiévale, familier des archives ; parmi ses nombreuses publications figure une Paléographie des chartes et manuscrits, du XIe au XVIIe siècle, publiée en 1839. Une vingtaine d’années plus tard, il rédige, avec l’aide d’un certain Pierre-Jean DELBARRE au sujet duquel on ne dispose pas de renseignements sinon qu’il est « membre de plusieurs sociétés savantes et chevalier de l’arquebuse », un Dictionnaire de sigillographie pratique qui paraît en 1860. Il s’agit de l’ouvrage ici présenté.

Ce livre est conçu comme un outil de vulgarisation accessible au plus grand nombre, c’est-à-dire aux néophytes et aux curieux aussi bien qu’aux étudiants et aux chercheurs pour lesquels il peut faire office d’abrégé. À l’attention de ceux qui veulent creuser le sujet se trouve en fin d’ouvrage une bibliographie commentée de treize pages. Dans des notices synthétiques, CHASSANT et DELBARRE définissent les termes techniques propres à la sigillographie, comme les Anneaux sigillaires, les Pains à cacheter, la Queue du parchemin, les Sceaux-matrices, la Cire d’Espagne, ou les Attaches qui sont des courroies servant à suspendre un sceau sur un document. Le livre va même jusqu’à fournir des indications sur la manière de nettoyer sans risque les sceaux et les matrices.

Si dans un sceau tout est signifiant — les couleurs, les formes, les matières —,- ce sont bien sûr les représentations iconographiques et les inscriptions, légendes ou devises qui font l’objet d’une attention toute particulière. La sigillographie est indissociable de la paléographie pour le déchiffrage des lettres médiévales et des très nombreuses abréviations dont les principales sont présentées dans les planches finales. En 1846, CHASSANT, fort de son expérience personnelle, avait d’ailleurs consacré un dictionnaire uniquement dédié aux abréviations latines et françaises utilisées dans les écrits de la période médiévale. Au besoin les auteurs rapportent sur certains sceaux et chartes des anecdotes qui, indirectement, nous renseignent sur la vie médiévale.

L’utilisation du papier va entraîner peu à peu la disparition des sceaux, qu’ils soient pendants ou appliqués, au profit des cachets et des tampons. En revanche l’habitude de cacheter les lettres à la cire et d’y appliquer une marque va perdurer. La sigillographie, souvent traitée en parallèle de la numismatique, de la paléographie et parfois même de l’héraldique, sera désormais reconnue comme une science auxiliaire essentielle pour l’histoire médiévale.

Après la parution de ce dictionnaire, CHASSANT continuera à écrire sur sa ville d’Évreux et sur le Moyen Âge. Entre 1878 et 1895, il sera l’auteur, avec Henri TAUSIN, d’un Dictionnaire des devises historiques et héraldiques.



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