Chirurgie, Médecine

Dictionnaire de chirurgie

communiqué à l'Encyclopédie

Auteur(s) : LOUIS Antoine

 à Paris, chez SAILLANT & NYON, libraires, rue Saint-Jean-de-Beauvais
 édition originale
  1772
 2 vol. : tome 1. A-H (563 p.), tome 2. I-V (508 p.)
 In-douze
 cuir fauve, dos à cinq nerfs, caissons et coiffes ornés de motifs floraux dorés, pièce de titre de maroquin rouge
 bandeaux décoratifs, lettrines, six planches de gravures à la fin du second tome


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Antoine LOUIS, fils d’un chirurgien militaire installé à Metz, fait son apprentissage dans l’armée. Remarqué pour ses compétences, il peut poursuivre ses études à Paris. Ne se cantonnant pas au domaine de la chirurgie, qui vient depuis peu d’acquérir son autonomie par rapport à la corporation des barbiers, il rédige des publications médicales sur les plaies causées par les armes à feu, le cancer, l’obstétrique, les maladies héréditaires ou les maladies vénériennes. LOUIS commet un livre au titre curieux, intitulé : Certitude des signes de la mort, où l’on rassure les citoyens de la crainte d’être enterrés vivants. Volontiers provocateur, en 1748 il soutient sa thèse en latin, ce qui ne s’était plus produit depuis cent ans. Esprit curieux et universel, il s’intéresse également à d’autres sujets scientifiques et philosophiques, publiant un Recueil sur l’électricité médicale et un Essai sur la nature de l’âme qui prêtera à controverse. Par ailleurs il est professeur de physiologie et membre de plusieurs sociétés savantes dont l’Académie royale de chirurgie.

C’est à cette personnalité reconnue et célébrée dans l’Europe entière que les responsables de l’Encyclopédie font appel pour les articles concernant la chirurgie. En 1772, l’année même où les deux derniers volumes de planches sont publiés, les articles rédigés par LOUIS sont regroupés dans un Dictionnaire de chirurgie publié par la maison d’édition Saillant & Nyon. Cette édition est réalisée par un énigmatique « P.F., docteur en médecine & membre de plusieurs académies » qui pourrait être le médecin François PAUL. Il s’agit de l’ouvrage ici présenté en version originale, lequel fera l’objet d’une réédition en 1789.

Pour justifier la réalisation de ce “produit dérivé”, il est précisé dès la préface qu’« il eût fallu nécessairement démembrer l’Encyclopédie pour en faire pleinement jouir le public » et qu’il était légitime « de présenter séparément & à peu de frais la partie qui les [les lecteurs] intéresse presque uniquement & qui se trouve comme noyé dans cette immense collection ». Par contre, sans doute par souci d’économie, les gravures d’origine, publiées à part, ne sont pas reproduites dans le dictionnaire. Le lecteur désireux d’en retrouver le dessin est invité à consulter d’autres traités comme celui de Lorenz HEISTER. Seuls sont représentés dans notre ouvrage les « instrumens d’une invention nouvelle ». Afin de garantir la cohérence de l’ensemble, des articles tirés de l’Encyclopédie ont été empruntés à d’autres auteurs, en particulier l’article Anatomie rédigé par DIDEROT, et des articles traitant de la physiologie et de la médecine par le chevalier de JAUCOURT, Arnulphe DAUMONT, Théodore TRONCHIN et Urbain de VANDENESSE.

De manière claire et pédagogique, LOUIS présente les principales pathologies courantes et les interventions chirurgicales destinées à y remédier. Il décrit en détail les gestes du praticien lors des opérations, comme par exemple celle de la taille ou lithotomie, technique qui consiste à extraire un calcul de la vessie. Ce dictionnaire permet de faire le bilan de l’état de santé de la population au XVIIe siècle à la lecture de la longue litanie des maux qui l’accablent, même si l’auteur se limite aux maladies dans lesquelles la chirurgie a un rôle à jouer. C’est pourquoi nous ne trouvons dans l’ouvrage aucun article consacré à la vérole, à la peste ou à la tuberculose. Signalons néanmoins la présence d’un long chapitre de l’Encyclopédie rédigé par TRONCHIN consacré à l’inoculation.

À côté des diverses fractures, plaies, infections, ulcères, calculs et fistules, LOUIS se préoccupe des accouchements difficiles, faisant en particulier l’éloge du forceps. À l’époque les principales causes de mortalité des femmes provenaient de la mort en couches, mais aussi des affections et hémorragies qui pouvaient se déclarer pendant et après l’accouchement.

L’auteur consacre de longs développements au traitement des tumeurs. L’oncologie n’existant pas encore, le cancer présentait beaucoup de mystère pour la profession médicale, et la seule réponse chirurgicale en était l’extraction voire l’amputation. Pour LOUIS, « la cause immédiate paroît être un sel volatil extrêmement corrosif, proche de l’arsenic, formé par la stagnation des humeurs ». L’odontologie et les maladies des yeux occupent également une place de choix dans l’ouvrage.

Médecin de son temps, l’auteur ne remet pas en cause les vertus de la saignée, de la purge et du lavement qui sont utilisés à outrance. Il se montre en revanche beaucoup plus sceptique sur l’usage du mercure dans le traitement des maladies vénériennes ou des tumeurs. De manière assez étonnante pour nous, l’hygiène, base de l’asepsie, est quasi absente du propos et ne constitue pas une préoccupation majeure. Si les narcotiques, tels que l’opium, le chanvre et la mandragore, sont cités, leur usage n’est envisagé que pour soulager temporairement les douleurs. L’anesthésie n’existant pas, les patients sont opérés le plus souvent à vif, parfois attachés. Dans ces conditions la précision, la maîtrise et le sang-froid du chirurgien sont requis pour réussir une opération sinon indolore du moins la plus brève possible.

Pour l’anecdote, il faut également évoquer le fait que LOUIS, appartenant à plusieurs sociétés savantes, a travaillé sur le nouveau mode d’exécution de la peine capitale proposé à l’Assemblée dès 1789 par le député GUILLOTIN. Il était alors question d’uniformiser la méthode de mise à mort, de la rendre la moins douloureuse et la plus rapide possible, et de mettre ainsi fin aux pratiques “barbares” de l’Ancien Régime. S’inspirant des tranche-têtes déjà utilisés par le passé en Écosse, en Allemagne et en Italie, le principe d’une machine à couperet finit par être adopté. Celle-ci est mise au point par LOUIS qui cherche à la rendre efficace pour parvenir à une décapitation propre, nette et rapide. Dans un premier temps, cette machine sera même baptisée Petite Louison et Louisette, mais, heureusement pour la mémoire de notre chirurgien, c’est le terme de guillotine qui va l’emporter, associant à jamais l’instrument de mort au député qui avait porté le projet. Malade des poumons, LOUIS décèdera en mai 1792.



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