Français (langue), orthographe

Traité de l’orthographe françoise, en forme de dictionnaire

enrichi de notes critiques et de remarques sur l'étymologie et la prononciation des mots, le genre des noms, la conjugaison des verbes irréguliers et les variations des auteurs

Auteur(s) : LEROY de LA CORBINAYE Charles

 A Poitiers, chez J. Felix FAULCON, imprimeur de monseigneur l'évêque, du clergé & de l'Université, place & vis-à-vis Notre-Dame la Grande
 Nouvelle édition, revue, corrigée & considérablement augmentée sous les ordres de son altesse éminentissime monseigneur le cardinal de ROHAN (la première édition date de 1739)
  1747
 1 vol (LXXII-619 p.)
 In-octavo
 veau fauve marbré, dos à cinq nerfs, caissons ornées de dorures aux petits fers, titre en maroquin havane
 bandeaux décoratifs, bandeau avec le blason du cardinal de ROHAN, lettrines, culs-de-lampe


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Après un passage chez les bénédictins, Charles LEROY de LA CORBINAYE, parfois appelé tout simplement LEROY ou LE ROY, se découvre une vocation pour les métiers de l’imprimerie. En 1721, il rejoint Jean-Félix FAULCON, libraire et imprimeur du roi, installé à Poitiers. Pour le restant de ses jours il y occupera la charge de prote, c’est-à-dire de correcteur, emploi modeste en apparence mais essentiel pour les libraires et les éditeurs. Chargé le premier du soin de revoir et de corriger toutes les épreuves à leur sortie de la presse, le prote doit faire preuve d’une parfaite maîtrise de la langue et d’une grande culture générale.

Menant une vie calme et studieuse, LEROY consacre ses loisirs à l’étude de la littérature et de la langue françaises. Patiemment, il entreprend de rédiger un ouvrage sous la forme de dictionnaire consacré à l’orthographe. Il ne s’agit pas du premier livre consacré au sujet, mais l’auteur se montre innovant en créant un outil “portatif”, c’est-à-dire ramassé en un seul volume et présenté dans un format maniable et facile à consulter.

Depuis la Renaissance, de nombreux érudits et écrivains s’emploient à simplifier la langue française, afin de l’unifier sur l’ensemble du royaume et de la doter de règles fixes et universelles, démarche qui nécessite en premier lieu un travail sur l’orthographe. Comme le dit l’auteur dans sa préface : « Quoique le langue française n’ait presque pas varié depuis cinquante ans, l’orthographe a reçu tant de différens changemens, qu’à peine trouve-t-on deux livres où elle soit semblable, s’ils n’ont été corrigé par un seul & même correcteur. » Au XVIIe siècle le mouvement s’accélère sous l’impulsion de l’Académie française et grâce à des initiatives individuelles, comme celles de RICHELET, MÉNAGE et FURETIÈRE (tous trois présents sur Dicopathe).

Le Traité de l’orthographe françoise est publié en 1739 sous le patronage prestigieux de LE NAIN, intendant du Poitou, à qui cet ouvrage est dédicacé. Malheureusement LEROY décède peu de temps avant la sortie de son livre, alors qu’il entreprenait la rédaction d’un nouvel ouvrage dont on n’a retrouvé que les notes préparatoires, et il ne pourra assister au succès public rencontré par son traité. Le Journal de Verdun parle d’un « fort bon abrégé du Dictionnaire de l’Académie et de ceux de FURETIÈRE et de RICHELET », tandis que l’abbé GOUJET loue l’ordre, la clarté, l’exactitude et l’utilité de ce livre.

Réédité une première fois dès 1742 sous la forme d’une nouvelle version augmentée, en particulier pour tout ce qui touche au vocabulaire de l’art, de la géographie et des sciences, une nouvelle édition voit le jour en 1747, qui bénéficie de l’appui du cardinal de ROHAN désireux, selon l’éditeur, de soutenir et d’améliorer « l’un des plus riches présens que l’on eût pu faire à la France pour le progrès & la perfection de notre langue, que l’on peut nommer avec justice la langue de toute l’Europe ». Le cardinal s’implique personnellement et confie à un « homme d’esprit qui avoit l’honneur de lui être attaché » le soin d’« ajouter les mots qui y manquoient, le mettre en état d’être également utile aux étrangers comme aux François, & en faire en quelque sorte le livre de tous les états & de toutes les conditions ». Notons que la préface prend soin de signaler que l’orthographe choisie par LEROY n’a pas toujours été conservée dans l’ouvrage, celle prônée par le Dictionnaire de l’Académie s’imposant souvent en priorité.

Pour la rédaction de son dictionnaire, LEROY dit se conformer à la devise des Messieurs de Port-Royal“, c’est-à-dire « suivre la raison & l’autorité ». Dans une très longue introduction, il dresse un état des lieux des points les plus litigieux de l’orthographe française. Dans un style très pédagogique, en utilisant un propos toujours étayé de multiples exemples, il consacre des chapitres au bon usage des accents, aux terminaisons en ion, à l’utilisation des lettres capitales et du pluriel (orthographié ici plurier et prononcé plurié), ou encore à la ponctuation. Il s’appuie souvent sur l’étymologie pour justifier ses choix.

Comme l’indique son titre, ce livre n’est pas un dictionnaire de définitions, mais plutôt une liste alphabétique de mots présentés dans ce que LEROY juge être la “bonne” orthographe, assortis le plus souvent de l’indication du genre et de la fonction (nom, verbe, etc.). Les mots dont l’orthographe est la plus controversée donnent lieu à un plus long développement. L’auteur prend soin de comparer et de discuter les avis de ses prédécesseurs avant de faire valoir son propre point de vue. Les mots rajoutés dans les versions suivantes, dont celle de 1747 ici présentée, correspondent à un vocabulaire plus technique et plus spécialisé. Ces mots nouveaux, tout comme les mots d’origine étrangère et les noms de lieux, font systématiquement l’objet de définitions plus ou moins développées. LEROY n’a certes pas révolutionné l’orthographe, ainsi qu’en atteste la conservation du oi au lieu du ai, mais celle qu’il utilise se rapproche très nettement de l’orthographe contemporaine. Distinguées tardivement dans la langue française, les lettres I et J continuent à être traitées sous la même rubrique.

Le “traité-dictionnaire” de LEROY poursuivra une brillante carrière les décennies suivantes, entraînant la multiplication des contrefaçons françaises et étrangères. Considérablement remaniée et augmentée par RESTAUT, une nouvelle version, parrainée par le cardinal de SOUBISE, sera publiée en 1752, suivie par celle de RONDET qui paraîtra en 1775. Le dictionnaire original de LEROY, dilué dans les ajouts et les modifications apportés par ses successeurs, deviendra au final une œuvre collective. Les éditions successives de ce dictionnaire étant toutes sorties de l’atelier de FAULCON seront désormais identifiées comme étant celles du Dictionnaire de Poitiers, appellation qui lui reste toujours attachée. Sur la page de titre on reconnaît aisément la belle marque d’imprimeur de FAULCON (un faucon prenant son vol) laquelle sera reprise plus tard par François BARBIER qui, après avoir été tout à la fois son gendre et son associé, deviendra son successeur.

Un exemple d’article

Bazoche : s.f. Juridiction subalterne (Joub.). MORNAC, le Dictionnaire des Arts, FURETIÈRE, & DANET, écrivent Basoche & disent que ce mot vient de Basilica. D’autres le font dériver du grec […] qui signifie parler d’une manière goguenarde. Cette étymologie me paroit plus naturelle, parce que cette cour subalterne n’a ordinairement pour juges & avocats que de jeunes clercs qui n’ont guère de respect les uns pour les autres. C’est le sentiment de RAGUEAU. MÉNAGE écrit indifféremment Bazoche et Basoche.



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