Gynécologie, obstétrique, Médecine

Thrésor des remèdes secrets pour les maladies des femmes

pris du latin & faict françois

Auteur(s) : LIEBAULT Jean, MARINELLI Giovanni

 à Paris chez Jacques du Puys, à la Samaritaine
 réédition (la première date de 1585)
  1587
 1 vol (924 p.)
 In-octavo
 veau, titre et date en écriture manuscrite


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Après avoir mené brillamment à terme ses études de médecine, en 1561 Jean LIÉBAULT épouse Nicole ESTIENNE, la fille du célèbre éditeur Charles ESTIENNE, humaniste et médecin. À la mort de ce dernier, il reprend et complète l’Agriculture et maison rustique publiée par son beau-père. Il se fait ensuite connaître par des ouvrages médicaux importants, dont l’ouvrage Quatre livres de secrets de médecine et de philosophie chymique qui fera date dans les domaines de la médecine chimique, de la pharmacologie et des méthodes de distillation.

En 1582 il publie deux livres : Trois livres appartenant aux infirmitez et maladies des femmes, et Trois livres de l’embellissement et ornement du corps humain. Ces ouvrages sont très largement inspirés par ceux de Giovanni MARINELLO : Le médecine pertineti alle infirmita delle donne et Gli ornimenti delle donne. Pour autant, les livres de Jean LIÉBAULT ne relèvent pas d’un simple plagiat, car l’auteur a considérablement enrichi le texte original de son collègue italien.

Les Trois livres appartenant aux infirmitez et maladies des femmes traitent en détail de la gynécologie et de l’obstétrique et font de Jean LIÉBAULT un précurseur et un vulgarisateur de ces sciences médicales en France. Devant le succès rencontré, l’ouvrage est publié légèrement remanié en 1585 puis à nouveau en 1587 sous le titre de Thrésor des remèdes secrets pour les maladies des femmes. Il s’agit du livre ici présenté.

Pendant une longue période, la gynécologie est demeurée en Occident le parent pauvre de la médecine. Dans une profession exclusivement masculine, à une époque où le corps de la femme était “sanctuarisé” par la morale, l’examen clinique, qui se déroulait sans contact visuel ni physique de l’appareil génital féminin, restait problématique et peu efficace. Par ailleurs l’héritage de l’Antiquité restait encore très prégnant et, malgré les avancées de SORANOS d’Éphèse, c’étaient les conceptions de GALIEN qui prédominaient dans la corporation médicale. Entre autres théories, GALIEN définissait la femme comme un “homme à l’envers”, c’est-à-dire avec des organes équivalents à ceux de l’homme, mais internes. Les maladies dites “féminines” étaient souvent traitées par les médecins de manière purement théorique et abstraite. Depuis l’Antiquité, l’obstétrique relevait de sages-femmes et d’accoucheuses dotées d’un savoir pratique précieux, mais strictement exercé en dehors du monde médical.

Grâce aux dissections, la Renaissance voit se développer une médecine expérimentale et une meilleure connaissance de l’anatomie. En France, Ambroise PARÉ se rend célèbre par ses pratiques novatrices et sera considéré comme le père de la chirurgie moderne. En Europe, le premier véritable traité d’obstétrique “moderne”, joliment intitulé Le jardin de roses des femmes enceintes et des sages-femmes (Der schwangeren Frauen und Hebammen Rosegarten), paraît en 1513 sous la plume du médecin allemand Eucharius ROSSLIN. Plus qu’un ouvrage de praticien, ce livre constitue une compilation encore imprégnée de scolastique médiévale. Traduit en français en 1536, il rencontre un grand succès et inspire d’autres auteurs comme le médecin suisse Jacob RUFF (ou RUEFF).

Dans son Thrésor, LIÉBAULT commence par dresser un constat très pessimiste de la nature de l’être humain qu’il considère comme une bien faible victime désarmée face à tous les maux qui le menacent : « Tant est misérable le corps humain qu’il semble que quelque hydre ou maling esprit de maladie ait conjuré dès sa naissance à l’entière ruine de sa santé et de sa vie. » Parlant de la femme, il poursuit son argumentation en démontrant qu’elle est soumise à des maladies plus nombreuses et souvent plus graves que celles des hommes. Cette réflexion le conduit à ce constat un peu désespérant : « Aussi certainement la vie de la femme ne seroit point une vie, mais plustôt une langueur en la vie, si n’estoit la fœcondité qui la fait vivre tant de corps que d’esprit en sa postérité. »

Dans la lignée de MARINELLO, l’auteur entend fonder sa démonstration sur les écrits d’HIPPOCRATE relatifs aux maladies des femmes. Redécouverts à la Renaissance, ces traités s’attachent à la description des symptômes, au diagnostic physiologique et au traitement de la stérilité, mais les connaissances anatomiques de la “matrice” de la femme restent encore lacunaires voire fantaisistes. Le sang menstruel se prête aux interprétations les plus farfelues, en particulier celles développées par la théorie des humeurs héritée de l’Antiquité. Par ailleurs il est généralement admis que l’homme et la femme ont chacun leur semence, ce qui explique ici l’emploi de l’expression « sperme féminin ».

Ce Thrésor ne constitue pas un dictionnaire à proprement parler, mais un traité en trois parties. La première est consacrée aux maux et aux douleurs chez les vierges nubiles, puis aux femmes mariées et à la sexualité conjugale. On peut constater, à la lecture de la table des matières placée après l’introduction, que nous sommes en présence d’un véritable guide du couple. Des articles comme « Quel temps de l’année, quelle partie & heure du jour ou de la nuit est plus convenable pour engendrer ? », « Les stimules ardents aux choses vénériennes », ou « Les débilitez & foiblesses qui surviennent aux nouveaux mariez pour l’usage immodéré de Vénus » ne dépareraient pas dans un magazine contemporain.

La seconde partie s’attarde sur les causes diverses de stérilité tant chez l’homme que chez la femme. La liste des « vices & offences » de la matrice est particulièrement longue et peu engageante. On y trouve des rubriques comme Fureur utérine, Gonorrhoée ou flus de semence, La matrice vagabonde, ou encore Verrues à la partie honteuse. LIÉBAULT propose parfois des traitements, des onguents, des emplâtres, des potions peu ragoûtantes. Ainsi, dans le cas du « col de la matrice trop lubrique », c’est-à-dire trop humide ou trop gras pour que « le sperme viril puisse n’y peut estre retenu, ny de là envoyé à la matrice ou attiré de la matrice », il préconise le “sel sacerdotal”, composé de « deux onces de sel commun, quatre onces de fine cannelle, demi once pour chacun d’améos, poivre, filet de montagne, hysope, origan pouliot ». Ce remède « consume le phlegme de la têste & de l’estomach, purge la matrice a tout le corps, rend l’haleine bonne, & odoriférante, apaise la douleur des dents, dissout les bruits d’oreille, arrête la toux, & délivre la difficulté de respirer ».

Une troisième partie traite directement de la procréation, de la grossesse et de l’accouchement. Ce dernier moment était sans conteste le plus dangereux pour la mère, comme l’atteste le très fort taux de mortalité des femmes lié aux hémorragies, aux fièvres puerpérales et aux infections dues au manque d’hygiène et d’asepsie. Nécessitant la présence d’un chirurgien, la césarienne est évoquée, cette opération pouvant désormais s’effectuer avec succès sur des femmes vivantes. LIÉBAULT ajoute des conseils sur les mets à donner aux nouvelles accouchées pour qu’elles récupèrent rapidement des forces. D’autres conseils sont plus baroques : « En temps d’hyver, on lui appliquera l’arrièrefaix [placenta, membranes, et cordon ombilical] sur le ventre, & en esté on prendra la peau d’un mouton escorché tout vif, ou tout subi ayant la gorge couppé, de laquelle toute chaude on luy enveloppera le ventre & les reins. » Une des obsessions de l’auteur et de ses confrères consiste à tout faire pour éviter que de l’air froid pénètre dans la matrice après l’expulsion de l’enfant.

Novateur en son temps, le manuel de LIÉBAULT sera largement dépassé par les progrès de la médecine et de la science réalisés au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, grâce en particulier aux travaux de François MAURICEAU, véritable fondateur de l’obstétrique moderne. Son livre Des maladies des femmes grosses et accouchées, paru en 1668, sera réédité plusieurs fois et traduit en diverses langues. Au XVIIe siècle, la formation de sages-femmes, dans laquelle s’illustrera Angélique du COUDRAY, sera organisée et encadrée par l’État.

Ex-libris du docteur Maurice VILLARET.



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