Argot, Eglise catholique

Petit glossaire d’argot ecclésiastique

Auteur(s) : FOLLAIN Jean, BOUYGUES Élodie

 Strasbourg, L'atelier contemporain, François-marie Deyrolle éditeur
 nouvelle édition (la première date de 1966)
  2015
 1 vol (81 p.)
 In-octavo
 carton souple
 dessins de Frédérique LOUTZ


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Après des études juridiques, Jean FOLLAIN s’installe à Paris, où il s’inscrit au barreau en 1927. Dès son installation dans la capitale, il se consacre pleinement à sa réelle passion : la littérature. Il fréquente plusieurs cercles artistiques et se lie avec des poètes, parmi lesquels Max JACOB, Pierre REVERDY et Eugène GUILLEVIC. Il publie un grand nombre de recueils poétiques, mais son amour pour la langue française le porte également à s’intéresser à un langage peu connu : l’argot ecclésiastique qui, jusque-là, n’avait jamais fait l’objet d’une publication particulière. En 1966, l’ouvrage, sobrement intitulé Petit Glossaire de l’argot ecclésiastique, est publié chez Jean-Jacques Pauvert. En 2015, il est réédité par la maison d’édition alsacienne L’Atelier contemporain ; la nouvelle version, celle présentée ici, étant en outre illustrée par Frédérique LOUTZ.

Féru de liturgie et de théologie, FOLLAIN, bien qu’agnostique revendiqué, a déjà compulsé une importante documentation avant de se lancer dans cette aventure. La fréquentation de nombreux ecclésiastiques lui permet de compléter patiemment sa “collection”. Pour notre écrivain, cet argot, issu à la fois des séminaires et de l’exercice du ministère sur le terrain, est empreint d’un humour sans cynisme ni cruauté, rappelant que même les saints avaient pu faire preuve de malice et de dérision pour défendre la foi catholique. Au moment où, depuis la fin du concile œcuménique de Vatican II, l’Église connaît des réformes portant aussi bien sur les vêtements, la liturgie et la discipline, il veut également préserver tout un vocabulaire qui risque fort de tomber rapidement en désuétude et de disparaître. En revanche, soucieux de se concentrer sur ce qui fait la spécificité de ce lexique, il n’a pas retenu dans son ouvrage les termes argotiques utilisés par d’autres milieux, aussi bien professionnels que criminels, pour désigner les ecclésiastiques et leurs activités sacerdotales.

En parcourant ce court ouvrage, on apprend ainsi que la sacristie peut être surnommée la “Cambuse” ; le confessionnal, la “Caisse” ou la “Guérite” ; la quête, le “Huitième Sacrement” ; la procession, “la Patrouille” ; et la chaire à prêcher, la “Boîte à sel“. Lorsqu’un prêtre parle de sa “Femme“, il s’agit de son bréviaire, tandis que le “Harem” désigne la Curie épiscopale. Un “Chou tardif” est “l’élève d’un petit séminaire dont la vocation ecclésiastique s’est avérée tardive” – et qui, étant “beaucoup plus âgé que les autres élèves, bénéficie dans les petits séminaires de cours réduits et spéciaux devant le préparer à son entrée au grand séminaire”. “Sucer le bonbon” signifie baiser l’anneau épiscopal, “Extrémiser” est le synonyme de “donner l’extrême-onction”, tandis qu’une “Carte de visite” correspond au “petit rectangle de faux col romain qui apparaît par devant chez le prêtre, soit qu’il porte le costume de clergyman ou une soutane à encolure échancrée”. Follain intègre également quelques termes régionaux, comme “Carabasen” qui, en Bretagne, désigne la bonne du curé ; ou “Gusto” qui, en Basse-Normandie, désigne un sacristain.

Le lexique proprement dit n’occupe ici qu’une cinquantaine de pages. Mort en 1971, renversé accidentellement par une voiture, FOLLAIN continuait à collecter des mots. Dans une longue postface, intitulée Le Rire spirituel, Élodie BOUYGUES revient sur la passion de ce dernier pour ce jargon bien particulier et se désole que “la novlangue cultivée par certains représentants de l’Église contemporaine se fonde parfois davantage sur l’euphémisme et la périphrase que sur la métaphore”. En guise d’hommage à son auteur, elle complète ce lexique d’une vingtaine d’autres mots et expressions savoureuses, comme “Brandouiller la casserole“, qui veut dire manier l’encensoir ; “Malade de l’in nomine patris“, qui est un “dérangé du cerveau” ; ou “Teusse“, qui veut dire “taisez-vous !”, formule utilisée par les jeunes séminaristes pour signaler l’arrivée du supérieur dans leur salle.

Quelques définitions

– Culotte de zinc. On dit des Sulpiciens qu’ils portent la culotte de zinc pour signifier la rigueur de leur discipline.

– Fausse Couche. On dit d’un prêtre qu’il a fait une fausse couche quand il s’est refusé à occuper un poste auquel il avait été nommé.

– Crosser. Punir :  allusion à la crosse des évêques. On dit d’un prêtre, sur le point d’être l’objet d’une sanction, qu’il va se faire crosser.

– Marine (Entrer dans la). Accéder à la dignité de protonotaire apostolique. Pour comprendre cette expression, employée dans le midi maritime de la France, il importe de savoir que les protonotaires apostoliques portent une barrette noire, mais à houppe rouge, que l’on peut rapprocher du pompon rouge qui surmonte le béret des marins français.

– Messe à trois chevaux. Messe solennelle dite par un célébrant assisté d’un diacre et d’un sous-diacre. Cette expression est fort ancienne.

– Ménagerie (La). Ensemble des évêques.



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