Vietnamien (langue)

Petit dictionnaire français-annamite

Auteur(s) : TRUONG VINH KY

 Saïgon, imprimerie de l'Union Nguyễn-Văn-Của
 nouvelle édition (la première date de 1884)
  1920
 1 vol. (XIII-712 p.)
 In-octavo
 demi-chagrin noir, dos lisse avec filets dorés, auteur et titre en lettres dorées
 portrait photographique de l'auteur, 1250 gravures extraites du Petit Larousse illustré


Plus d'informations sur cet ouvrage :

À l’arrivée des Européens, la langue vietnamienne disposait déjà d’un système d’écriture basé sur des sinogrammes ; de son côté le chinois était une langue très employée dans l’administration. Les missionnaires portugais commencent, dès le XVIe siècle, à transcrire le vietnamien en alphabet latin, et un premier dictionnaire portugais-vietnamien, dont le manuscrit a disparu, est rédigé par les pères Gaspar de AMAMRAL et Antonio BARBOSSA. Mais le système de transcription, avec ses limites, ne permet pas de restituer les nuances et la grande variété des tonalités de la langue.

En 1651, le jésuite français ALEXANDRE de Rhodes publie son dictionnaire trilingue, le Dictionarium annamiticum, lusitanum et latinum. Cet ouvrage fonde réellement le nouvel alphabet vietnamien qui prendra par la suite le nom de chữ quốc ngữ. Le missionnaire, reprenant les travaux de ses prédécesseurs, compose et codifie un alphabet “phonétique” complexe à base de 37 graphèmes, qui permet de retranscrire les syllabes et les phonèmes. Dans un premier temps ce système d’écriture est avant tout utilisé par les ordres religieux et les diplomates, mais, à partir de la conquête de l’Indochine par la France, il est promu comme écriture officielle par les autorités coloniales. Cette prééminence est soutenue par les élites intellectuelles locales qui y trouvent un moyen de se détacher de la domination culturelle chinoise.

Orphelin à huit ans, Truong Vinh Ky, élevé par des missionnaires catholiques, se convertit et adopte le prénom de Petrus. Destiné dans un premier temps à l’état religieux, il rejoint en 1851 l’école des missions étrangères de Penang. Dans cet établissement il témoigne de grandes facilités pour les langues dont il pratique plus d’une dizaine, et en particulier le français qu’il maîtrise à la perfection. Après la prise de Saïgon par les troupes françaises en 1859, il devient interprète auprès des hautes autorités militaires. Très apprécié, il fait partie de la délégation de la cour de Hué qui se rend en 1863 auprès de NAPOLÉON III, officiellement pour le remercier de ses “bontés”, mais officieusement pour tenter de renégocier le traité de Saïgon qui, signé en 1862, impose le protectorat français à la région.

À Paris, il rencontre de nombreuses personnalités intellectuelles et politiques telles que Victor HUGO, Ernest RENAN et Émile LITTRÉ. Après l’annexion des provinces de Cochinchine, il donne des cours de français à l’école des interprètes et au collège des administrateurs stagiaires, tout en dirigeant de concert un journal et un établissement scolaire. Sa bibliographie d’écrivain très prolifique comprend près de cent publications portant sur des sujets très divers comme la pédagogie, la géographie ou les œuvres littéraires.

Polyglotte, attaché à deux cultures, il garde la langue au cœur de ses préoccupations. En 1867, il était déjà l’auteur d’un Abrégé de grammaire annamite qui sert de base à un travail beaucoup plus conséquent, une Grammaire de la langue annamite qui est publiée en 1883. Mais son œuvre majeure reste son Petit dictionnaire français-annamite, publié en 1884 par les missionnaires de Tân Định. Précisons au passage que l’Annam est l’ancienne appellation donnée au Vietnam par l’administration française pour nommer la partie centrale du pays d’où ont été détachés la Cochinchine et le Tonkin, alors théâtres de guerres de conquête.

Ce livre n’est pas le premier dictionnaire français-vietnamien, puisqu’il a été précédé en 1861 par le Vocabulaire français-annamite et annamite-français de Gabriel AUBARET qui s’apparentait plus à un lexique, et par celui du père Jean-François-Marie GÉNIBREL daté de 1898. L’ouvrage de Truong Vinh Ky répond à un projet d’une plus grande envergure qui ambitionne de fonder la lexicographie de sa langue maternelle ; il restera longtemps l’ouvrage de référence pour les autorités coloniales. Après avoir occupé un poste diplomatique en 1886, Truong Vinh Ky est mis à l’écart et se cantonne désormais dans son rôle d’enseignant. Il travaillait sur une nouvelle édition de son dictionnaire quand la maladie puis la mort viendront interrompre son travail en 1898. Ses notes sont reprises et son dictionnaire est finalement réédité en 1920 par la maison d’édition Imprimerie de l’union-Nguyễn Văn Của ; il s’agit de l’ouvrage ici présenté.

Si on se fie à ce que déclare l’éditeur dans son avant-propos, « Pétrus [Truong Vinh Ky] avait entrepris de traduire en annamite le grand dictionnaire de Littré, et ce fut entre les deux savants la source d’un échange de lettres du plus grand intérêt ». Se référant à son modèle, l’érudit vietnamien indique les éventuels synonymes et donne, entre parenthèses, le sens littéral et étymologique du mot.

L’originalité de l’édition de 1920 est de recourir à une abondante illustration qui le fait ressembler comme un frère au Petit Larousse illustré dont les 1 250 vignettes ici présentées sont extraites. L’éditeur précise que « l’illustration fut pour nous une bien lourde tâche, et elle aurait été audessus de nos forces sans le concours bienveillant et patriotique de la maison Larousse qui voulut bien s’associer à notre œuvre. » Cette aide fut d’autant plus précieuse que pour l’occasion les éditeurs ont accepté « de se départir de la règle immuable qu’ils se sont imposée de n’autoriser en aucune circonstance la reproduction des illustrations de leurs dictionnaires ». Nous pouvons supposer que le catalogue des éditions Larousse placé à la suite du dictionnaire pouvait constituer une contrepartie à la cession gratuite des vignettes.

Couvert d’honneurs par la Métropole et les autorités indochinoises, Truong Vinh Ky (ou Petrus KY) est célébré pendant toute la période coloniale comme le plus grand écrivain vietnamien d’expression française et le principal promoteur de la nouvelle écriture vietnamienne. Il vivra pourtant la fin de sa vie dans une certaine misère et, à l’arrivée des communistes en 1975, son statut de personnalité catholique et de “collaborateur” des autorités françaises — bien qu’il ait toujours refusé de devenir citoyen français — lui valent d’être effacé de l’histoire officielle. Sa statue érigée à Saïgon sera démantelée, et sa maison natale, qui avait été transformée en musée, attribuée à des familles. Le mausolée élevé en son honneur en 1937 sera désaffecté, et les rues à son nom rebaptisées. Depuis les années 1990, il est l’objet d’une certaine réhabilitation qui rend hommage à son travail sur la langue vietnamienne.



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