culture générale

Nouveau Larousse illustré

Dictionnaire universel encyclopédique

Auteur(s) : AUGE Claude

 

AJEN de L'ISLE, ALLIER Raoul, ANDRE Louis, AUZOU Emile, BAUDRILLART André, BERNARD Augustin, BERNARD François, BERNEDE Arthur, BERTILLON Alphonse, BERTRIN Georges (abbé), BESSOU Antonin, BLERIOT Alphonse, BLOCHET E., BONNEAU Alcide, BORDAS Léon, BOUCHENY Gaston, BOURNON F., BREDIN A., BRESSON Louis, BRONGNIART Charles, CART Théophile, FROIDEVAUX Henri, VIDAL Léon, et al.

 Paris, Librairie Larousse, 17 rue Montparnasse
 édition originale
  1898-1907
 8 vol (environ 7600 pages)
 In-quarto
 demi-chagrin brun, dos lisse orné de motifs à froid, plats de percaline verte ornée de décors à froid
 49000 gravures dans le texte, 504 cartes et 89 planches hors-texte en couleurs


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Après le décès de Pierre LAROUSSE, sa maison d’édition perdure grâce à sa veuve et à son neveu, Jules HOLLIER, qui dirigeait déjà l’imprimerie de la rue Notre-Dame-des-Champs. En 1885, une nouvelle société se crée à partir de la réunification de deux branches qui s’étaient séparées en 1869. Une société en nom collectif est constituée, avec un directoire de cinq membres : Suzanne CAUBEL veuve LAROUSSE, Jules HOLLIER, Émile et Georges MOREAU représentant la maison Boyer et Claude AUGÉ. Après le décès de Suzanne CAUBEL et suite à de nouveaux aménagements, un nouveau venu fait son entrée : Paul GILLON. Ce dernier complète ce qu’on nommera la “génération de la Semeuse”, appellation qui désignera désormais l’équipe dynamique et novatrice qui dirigera et relancera la maison Larousse à partir de 1895.

Ancien instituteur, époux d’une petite-nièce de LAROUSSE, AUGÉ a déjà collaboré au second volume du Supplément du Dictionnaire universel du XIXe siècle (présent sur Dicopathe) et a intégré l’entreprise comme aide-comptable. Sous son égide, la maison Larousse développe une politique éditoriale ambitieuse visant à élaborer un nouveau dictionnaire encyclopédique grand public de référence. En 1889, la publication du Dictionnaire complet illustré en un volume s’inscrit déjà dans cette démarche. Mais AUGÉ vise plus grand et, sous sa direction, mobilise une importante équipe de rédacteurs. Annoncé par prospectus en 1897, le premier tome du Nouveau Larousse illustré sort en 1898. La parution des six tomes suivants s’échelonne jusqu’en 1904. Afin d’apporter des corrections et des ajouts, un supplément complétant l’ensemble est édité en 1907.

L’un des soucis majeurs qui guide AUGÉ est de fournir un dictionnaire inédit, novateur et original dans la forme, destiné à devenir l’ouvrage emblématique de la maison d’édition. Il s’agit dès lors de se démarquer clairement du célèbre Dictionnaire universel du XIXe siècle, tout en conservant le prestige de l’œuvre phare du “père fondateur” et de son patronyme devenu, au fil du temps, une antonomase. C’est pourquoi il juge bon de préciser, d’entrée de jeu, que « l’ouvrage que nous publions aujourd’hui n’est pas un abrégé du Grand dictionnaire Larousse. Il se rattache à son devancier par l’idée essentiellement encyclopédique qui a présidé à son élaboration. »

Claude AUGÉ, auteur d’ouvrages scolaires, place la pédagogie en priorité absolue et entend adapter son dictionnaire au public le plus large possible. Pour y parvenir, il rompt de fait avec l’exhaustivité et la “volubilité” recherchées par Pierre LAROUSSE et ses collaborateurs : « Il ne faut pas de ces recueils considérables qui, sur chaque question, sur chaque événement, donnent une véritable monographie de la matière, et obligent le lecteur, pour rechercher une date, pour rechercher un fait, à lire des pages et des pages. »

Au final le texte de l’ouvrage est réduit de moitié par rapport au Grand dictionnaire universel. Pour autant, le souci de synthèse ne signifie pas que l’esprit encyclopédique ait été amoindri, comme en témoigne la qualité des 237 000 articles, beaucoup plus concis mais également plus clairs et plus “pratiques” que dans la version précédente. Ils sont rédigés par plus de cent cinquante collaborateurs choisis pour leur bagage scientifique et technique. Écrivant exclusivement sur leur domaine de compétence, on compte parmi eux beaucoup de professeurs, d’ingénieurs, de docteurs, d’agrégés, d’artistes et d’hommes de lettres. On y rencontre quelques noms connus comme Alphonse BERTILLON, Henri FROIDEVAUX, Théophile CART, Léon VIDAL ou encore Charles BRONGNIART.

Autre rupture majeure à signaler, AUGÉ, bien qu’animé par la foi en la modernité et dans les valeurs prônées par la IIIe République, entend redonner au propos une neutralité toute scientifique, loin donc des développements engagés et parfois passionnés du Grand dictionnaire universel. Sa ligne éditoriale est claire : « Nous considérons cette encyclopédie, non comme une machine de guerre, non comme une œuvre de polémique, mais comme un exposé de faits et d’idées. » Dans cet ouvrage nous ne trouvons ni discours militant ni pensée personnelle longuement développée.

Nouveauté qui contribue grandement à la célébrité et au succès rapide de ce dictionnaire : sa très riche illustration. Les gravures ne représentent pas uniquement un embellissement ludique ou un “bonus”, mais constituent un choix délibéré d’AUGÉ : « L’image doit constamment être l’auxiliaire de l’idée. Elle parle aux yeux et épargne au lecteur la fatigue de descriptions trop touffues, d’explications trop longues. » Répondant à un souci pédagogique, les images ont toutes une raison d’être et une utilité pratique. Quoi qu’il en soit, s’agissant de cartes, de vignettes, de schémas, de portraits, de reproductions d’œuvres d’art ou de planches, dont beaucoup en couleurs, cette iconographie rend la consultation de l’ouvrage particulièrement plaisante et stimulante. Même aujourd’hui, l’ouvrir au hasard éveille inévitablement la curiosité et incite à lire les articles se rattachant aux images. Depuis AUGÉ, ce soin apporté à l’illustration reste un des points forts des publications de Larousse, voire même sa marque de fabrique.

Fort de ses 250 000 exemplaires vendus en trente ans, le Nouveau Larousse illustré rentre dans de nombreux foyers français où il devient la première véritable encyclopédie universelle familiale et grand public. Il popularise également ce qui va devenir le célèbre emblème logotype de la maison Larousse : la Semeuse. Créée en 1890 par l’artiste suisse Eugène GRASSET, sur une idée de Georges MOREAU et d’Émile REIBER, cette figure féminine soufflant les akènes d’un pissenlit est modernisée à l’occasion de la parution à venir du Nouveau Larousse illustré. Cette image est accompagnée d’une devise de REIBER : « Je sème à tout vent » qui supplante pour la postérité la formule originelle de Pierre LAROUSSE : « Instruire tout le monde sur toutes choses. »

Un an seulement après la parution du sixième tome du Nouveau Larousse illustré, toujours sous la direction d’AUGÉ, la maison d’édition connaîtra un deuxième succès retentissant qui assurera définitivement la pérennité de la maison d’édition : le Petit Larousse illustré. Cet ouvrage se vend à 200 000 exemplaires dès la première année, et sa carrière se prolonge jusqu’à nos jours.

Dans cette lignée, une revue mensuelle est même publiée à partir de 1907 : le Larousse mensuel illustré qui paraîtra jusqu’en 1957. Claude AUGÉ est un personnage relativement méconnu ; c’est pourtant grâce à lui et à ses collaborateurs que la maison Larousse s’assurera pour longtemps une place éminente sur le marché français des dictionnaires, des encyclopédies générales et thématiques, comme le Larousse médical qui sortira pour la première fois en en 1912. Une vingtaine d’années plus tard, Paul AUGÉ collaborera avec son père Claude, puis prendra sa suite au sein de l’entreprise en supervisant à son tour de nouvelles encyclopédies novatrices.



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