Français (langue), Lexicographie

Nouveau dictionnaire de la langue française

où l'on trouve 1. Le recueil de tous les mots de la langue usuelle, dont un grand nombre ne se trouve point dans les autres dictionnaires, avec leurs définitions, et des exemples propres à en indiquer l'usage et la construction ; 2. Les étymologies nécessaires pour l' intelligence de ces mots, tirées des langues anciennes ou étrangères ; 3. Un grand nombre d'acceptions non indiquées ni définies jusqu'à présent, justifiées par des passages d'auteurs classiques, et auxquelles ces passages servent en même temps de fondement et d'exemples ; 4. L'explication détaillée des synonymes ; 5. Des remarques sur la prononciation et l'orthographe, lorsqu'elles s'écartent des règles générales ; 6. La solution des principales difficultés grammaticales ; 7. Les noms des outils et instrumens des arts et métiers, avec l'indication de leurs usages divers ; 8. Les termes des arts et sciences, avec les définitions ou les descriptions des objets qui sont soumis aux procédés des uns et aux spéculations des autres ; 9. La critique de plusieurs mots recueillis ou insérés mal à propos dans quelques dictionnaires modernes, etc., etc.

Auteur(s) : LAVEAUX Jean-Charles (THIBAULT Jean-Charles )

 A Paris, chez DETERVILLE, libraire, rue de Hautefeuille, N°8 ; et LEFEVRE, libraire, rue de l'éperon, n°6
 édition originale
  1820
 2 vol : Tome 1. A-K (VIII-1093 p.), Tome 2. L-Z (1063 p.)
 In-quarto
 veau brun, dos lisse orné de motifs (fleurons, filets) dorés, pièce de titre de maroquin rouge, tomaison en maroquin vert


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Après s’être enfui de son monastère en compagnie d’une nonne, Jean-Charles Thibault, homme de lettres reconnu et maîtrisant l’allemand, accepte d’embrasser la foi réformée et devient professeur de français à l’université de Bâle en Suisse à partir de 1775 sous le nom d’emprunt de Jean-Charles de la Veaux puis de Jean-Charles LAVEAUX.

En 1780, il s’installe à Berlin, ville dotée d’une forte communauté francophone composée de descendants des huguenots. Dans la capitale de la Prusse dont le souverain est FRÉDÉRIC II, ardent francophile, la langue française est à l’honneur aussi bien dans l’élite aristocratique que dans la bourgeoisie et le milieu intellectuel. Laveaux met en place des cours de français encadrés par une pédagogie à la fois rigoureuse et novatrice. Sa réputation et son travail lui valent la bienveillance du pouvoir prussien et lui permettent d’acquérir le titre de professeur royal.

Après un passage par Stuttgart, LAVEAUX rejoint la France alors en pleine effervescence révolutionnaire. Ardent jacobin et polémiste virulent, arrêté plusieurs fois, il dirige un temps le Journal de la Montagne. Déjà en disgrâce avant Thermidor, il ne se consacre plus dès lors qu’à l’écriture et à l’enseignement. Il remanie et apporte des additions et des corrections à une nouvelle version du Dictionnaire de l’Académie française publiée par MOUTARDIER et LECLERC qui sort augmentée de plus de vingt mille articles. Mais, d’autres libraires parisiens ayant acquis auprès de l’État les papiers et notes de l’Académie, un procès en contrefaçon s’ensuit, qui se conclut en 1805 par la victoire des plaignants. Néanmoins cette polémique, en garantissant le succès commercial de l’ouvrage, assurera une certaine célébrité à son rédacteur.

Conséquence directe de cette expérience, LAVEAUX, jugeant peu satisfaisant et incomplet le Dictionnaire de l’Académie, décide d’entreprendre la rédaction de dictionnaires plus en adéquation avec sa vision personnelle, rigoureuse et exigeante. Il commence par publier en 1818 un très complet Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue française (présent sur Dicopathe). Fruit d’un travail considérable, ce titre finit d’asseoir sa réputation de lexicographe majeur. Deux ans plus tard, il achève son projet initial en livrant enfin son Nouveau dictionnaire de la langue française, ouvrage ici présenté.

Dès les premières lignes du discours préliminaire, LAVEAUX donne sa définition d’un bon dictionnaire de langue : un recueil complet des mots usuels avec leurs significations, sans oublier leurs variantes et nuances entérinées par l’usage. Pour lui, « le dictionnaire d’une langue doit se former, s’étendre, se perfectionner à mesure que se forme, s’étend et se perfectionne la langue dont il est l’objet. Le lexicographe ne doit ni proposer ni inventer des mots et des acceptions nouvelles. Secrétaire de l’usage, il doit s’attacher à le bien connaître, à le suivre dans ses marches et variations, à en retracer tous les mouvemens. »

S’il s’est fortement inspiré du dictionnaire de BOISTE, la référence explicite de LAVEAUX demeure cependant le Dictionnaire de l’Académie à la critique duquel il consacre la plus grande partie de son introduction. Il le définit à la fois comme un modèle qu’il s’était attaché à corriger, compléter et perfectionner dans l’édition de MOUTARDIER, mais surtout comme un contre-modèle. Il reproche aux académiciens d’avoir ignoré le langage courant, négligé les termes techniques, artistiques, scientifiques et professionnels, et surtout d’avoir refusé les citations des grands écrivains comme FÉNELON, BOILEAU, CORNEILLE, LA BRUYÈRE ou MONTESQUIEU. Pour lui, le verdict est sans appel : « Les progrès de la langue laissèrent bien loin derrière eux les travaux de l’Académie. »

Il prône un modèle équilibré : « S’il [le dictionnaire] se borne au langage de la conversation, et néglige celui des bons écrivains, il sera nécessairement sec et incomplet. S’il admet le langage de la frivolité et repousse celui de la raison sérieuse et de l’industrie utile, on n’y reconnaitra point la langue de la nation. » Il entend également compléter chaque définition par des explications étymologiques et des synonymes. Enfin LAVEAUX se démarque de l’Académie en adoptant “l’orthographe de VOLTAIRE”, c’est-à-dire en écrivant ai prononcé é au lieu de oi.

Il ne parvient pas à supplanter les autres dictionnaires existants, mais cet ouvrage fait date et connaît un beau succès. Après le décès de son auteur, une nouvelle édition corrigée et augmentée est publiée en 1828 par le libraire DETERVILLE. Ensuite LAVEAUX enchaînera manuels et dictionnaires jusqu’à sa mort dont un Dictionnaire synonymique de la langue française de 1826, toujours apprécié des linguistes pour son analyse critique de la notion ambivalente de synonyme.

Reprenant et complétant le travail de son grand-père, Charles MARTY-LAVEAUX, archiviste, chartiste et grammairien, publie en 1846 une édition corrigée et actualisée de son Dictionnaire raisonné des difficultés grammaticales et littéraires de la langue française qui restera une référence dans le domaine jusqu’à la veille de la première guerre mondiale.



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