Occitan (langue), Ancien français (langue), linguistique

Lexique roman ou Dictionnaire de la langue des troubadours

comparée avec les autres langues de l'Europe latine ; précédé de nouvelles recherches historiques et philologiques, d'un résumé de la grammaire romane, d'un nouveau choix des poésies originales des troubadours et d'extraits de poèmes divers

Auteur(s) : RAYNOUARD François Just Marie, PAQUET Just

 

PELISSIER Augustin, DESALLES Léon

 à Paris chez SILVESTRE, libraire, rue des bons-enfants, n°30
 édition originale
  1838-1844
 6 vol.
 In-quarto
 demi-veau glacé, dos à quatre nerfs, croisillons imprimés à froid, titre et tomaison en lettres dorées


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Depuis la Renaissance, la langue romane désigne, dans l’Occident médiéval, l’ensemble des langues vernaculaires issues du latin. À partir du milieu du XIXe siècle, son sens évolue pour ne plus désigner que l’ancien occitan. Autrefois parlé dans une très large partie de la France méridionale, allant des confins du Poitou à l’Auvergne, des Alpes à la Gascogne, en passant par la Provence, les Pyrénées et le Languedoc, l’occitan connaît un véritable âge d’or pendant les XIIe et XIIIe siècles. Durant cette période, il est utilisé comme langue administrative, en concurrence avec le latin, mais aussi comme langue littéraire dans la France dite « de langue d’oc ». L’importante production de chants et de poèmes laissés par les troubadours, entre le XIe et le XIVe siècle, permettra à l’occitan de conserver la trace d’un corpus lexical et grammatical commun, malgré de grandes disparités régionales.

Alors que le français s’impose comme langue officielle, la langue occitane est réhabilitée aux XVIIe et XVIIIe siècles par des érudits comme Pierre GOUDELIN, auteur du fameux Ramelet Moundi, Jean DOUJAT, Étienne de BARBAZAN, François LACOMBE, Henri de THOMASSIN de MAZAUGUES, Jean-Baptiste de LA CURNE de SAINTE-PALAYE, Antoine FABRE d’OLIVET et Henri de ROCHEGUDE. Ce dernier invente en 1819 le terme “occitan” pour englober l’ensemble des dialectes méridionaux de langue d’oc. C’est à cette longue lignée de linguistes que se rattache un autre spécialiste de l’ancien français auquel nous allons nous intéresser : François Just Marie RAYNOUARD.

Originaire de Brignoles dans le Var, celui-ci rallie la Révolution avec enthousiasme. Sympathisant des Girondins, il est arrêté lors de leur chute, puis, libéré après le 9 Thermidor, il retourne dans sa ville natale afin de reprendre sa profession d’avocat tout en se consacrant avec succès à l’écriture de poèmes et de pièces de théâtre. Membre du corps législatif sous l’Empire, il est associé à la rédaction du rapport Lainé et parvient à se maintenir à ses fonctions durant les Cent-Jours et la Restauration. Il est élu académicien français en 1807, puis devient secrétaire perpétuel de l’institution dix ans plus tard. Membre de plusieurs académies provinciales et de sociétés savantes, il rejoint en 1816 l’Académie des inscriptions et belles-lettres.

 côté de cette riche carrière littéraire et politique, RAYNOUARD fait également autorité dans le domaine de la langue française médiévale. Il reprend à son compte la théorie d’une langue romane originelle, qu’il appelle “langue romane rustique”. Celle-ci, directement issue du latin, est à ses yeux censée avoir conservé sa pureté dans le sud de la France. Pour le démontrer, il s’appuie sur le texte des Serments de Strasbourg du 14 février 842, dans lequel il reconnaît la langue des troubadours, “la plus anciennement fixée et arrêtée”. À partir de là, son corpus de référence pour la langue romane sera l’ancien occitan, langue à laquelle il comparera toutes les autres langues d’origine latine, ou néolatines de France et d’Europe.

En quelques années, RAYNOUARD multiplie les publications sur le sujet, en se basant sur l’étude approfondie des textes des troubadours : Recherches sur l’ancienneté de la langue romane ; Éléments de la grammaire de la langue romane, avant l’an 1000 ; La grammaire romane ou la grammaire de la langue des troubadours ; Grammaire comparée des langues de l’Europe latine dans leurs rapports avec la langue des troubadoursDurant les années précédant sa mort en octobre 1836, RAYNOUARD travaille, avec l’aide de ROCHEGUDE, sur ce qui devait constituer l’aboutissement de son œuvre : un dictionnaire de la langue romane. Après son décès, ses notes seront reprises par son ami Just PAQUET, qui se chargera de remettre de l’ordre dans le manuscrit. Les six tomes du Lexique roman, ou Dictionnaire de la langue des troubadours seront ainsi publiés entre 1838 et 1844. C’est l’ouvrage présenté ici.

Plus que d’un simple dictionnaire, il s’agit de la véritable synthèse des théories de RAYNOUARD. Il consacre son premier tome à la présentation de ses travaux philologiques, assortie d’un résumé des règles grammaticales et d’une sélection de textes de troubadours, avec une prédilection pour la branche lexicale provençale. Dans les cinq tomes du lexique qui suit, l’auteur regroupe les mots romans par racines. Ainsi, sous la racine Calv, qui signifie chauve, nous retrouvons les mots Calvet, Calvut, Calviera, Escalvinar, Decalvatiu, tandis que Sauze (Saule) est associé aux mots Sautz, Sauci et Sauzeda. Après avoir expliqué la dérivation des mots et leur étymologie latine, Raynouard indique leur traduction dans les autres langues néolatines, à savoir le catalan, le portugais, l’espagnol, l’italien et même le français d’oïl.

La théorie d’une langue romane intermédiaire, qui serait la souche commune des différentes langues néolatines, déjà très contestée du vivant de RAYNOUARD, sera progressivement abandonnée au profit de l’idée de langues ayant évolué en parallèle à partir du bas-latin ; l’occitan n’étant que l’une d’entre elles et non pas leur ancêtre.

Alors que l’œuvre lexicographique de RAYNOUARD est publiée, la langue occitane fait l’objet d’une unification orthographique et grammaticale, menée à bien grâce aux travaux de Simon-Jude HONNORAT, auteur du Dictionnaire provençal-français ou Dictionnaire de langue d’oc ancienne et moderne, et de Joseph ROUMANILLE. Désormais pourvue d’un corpus réellement académique, la langue occitane pourra renouer avec une production littéraire moderne, sous l’impulsion du mouvement Félibrige fondé en 1854.



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