Grec ancien (langue), Latin (langue), Lexicographie

Lexicon sive dictionarium græcolatinum

omniumque aliorum : de quibus in postremi authoris, & typographi epistolis

Auteur(s) : CONSTANTIN Robert, TOUSSAIN Jacques, BUDÉ Guillaume

 sans lieu [Genève?], chez Jean CRESPIN (apud Johanem CRISPINUM)
 édition originale
  1562
 2 vol (2004-70 p.)
 In-folio
 cuir foncé, dos à six nerfs, caissons ornés de motifs floraux dorés, pièces de titre et de tomaison en maroquin rouge
 bandeaux décoratifs, lettrines ornées


Plus d'informations sur cet ouvrage :

L’enseignement et l’étude du grec, langue fondatrice de la culture occidentale, ont connu une longue éclipse pendant tout le Moyen Âge. Il faudra attendre le XVe siècle pour voir de nombreux réfugiés byzantins s’installer en Italie en apportant dans leurs bagages des manuscrits rédigés en grec et contribuer ainsi à une véritable renaissance de la langue, qui sera portée par des personnalités comme l’imprimeur Alde MANUCE et le pape LÉON X. En France, c’est également grâce à des Italiens que l’hellénisme est progressivement réintroduit. En 1476, le grec George HERMONYME s’installe à Paris et y dispense le premier véritable cours de grec du royaume de France. Il exerce une influence décisive sur ses élèves, au nombre desquels figurent Guillaume BUDÉ, ÉRASME, Jacques LEFÈVRE d’ÉTAPLES, Beatus RHENANUS ou Johannes REUCHLIN. Sous le règne de CHARLES VIII, dans le contexte des guerres d’Italie, la France accueille une recrue de premier ordre, le grand philologue byzanto-vénitien Janus LASCARIS. Ce dernier se lie avec les hellénistes français, en particulier avec Guillaume BUDÉ, en les faisant bénéficier de sa grande érudition.

L’étude du grec s’impose vite comme l’un des piliers fondamentaux de la culture humaniste, mettant à mal le monopole du latin comme langue savante et religieuse. À une date indéterminée du XVe siècle, un carme italien, Giovanni CRASTONE, rédige un lexique grec-latin bâti sur des documents antérieurs ; cet ouvrage deviendra pour plusieurs décennies le document de référence régulièrement copié, imité, imprimé et augmenté. En 1532, Pierre GILLES, ou GYLLIUS, publie un lexique qui est remanié en 1537 à partir des observations lexicales de sept éminents hellénistes — d’où le titre que prend l’ouvrage : Lexicon septemvirorum — parmi lesquels BUDÉ, Jacques TOUSSAIN et Robert CONSTANTIN.

En France, la personnalité de BUDÉ va rapidement s’imposer dans le domaine du grec ancien. Fort du soutien de FRANÇOIS Ier, il promeut l’enseignement des langues antiques et se trouve à l’origine de la création, en 1530, du Collège des lecteurs royaux, le futur Collège de France. En 1529, BUDÉ publie un ouvrage majeur, les Commentaires de la langue grecque (Commentarii linguæ græcæ), qui n’est pas un dictionnaire à proprement parler mais plutôt un thesaurus formé à partir du large dépouillement lexicographique d’une centaine d’auteurs grecs. Par la suite tous les auteurs de lexiques puisent abondamment dans cet ouvrage qui constitue une véritable mine d’informations. À en croire ses contemporains, BUDÉ caressait le projet de composer un dictionnaire complet. Après sa mort, des projets concurrents voient le jour, en particulier celui de TOUSSAIN, premier lecteur royal de grec et ancien élève de BUDÉ, qui travaille à partir des matériaux réunis par son maître. Il laisse un imposant manuscrit publié à titre posthume en 1552 sous le titre de Lexicon græcolatinum. Quelques années plus tard, Claude BADUEL, qui prétend avoir bénéficié de notes transmises par le fils de BUDÉ, remanie le texte de TOUSSAIN et publie son propre Lexicon en 1554.

C’est donc en tant qu’héritier de cette longue et complexe chaîne bibliographique que Robert CONSTANTIN entre à son tour en scène pour livrer une nouvelle version du lexique grec-latin. D’emblée, il s’affiche en continuateur de l’œuvre de BUDÉ et de TOUSSAIN, désignés comme co-auteurs sur la page de titre, les autres contributeurs successifs étant relégués dans l’ombre. Le Lexicon sive dictionarium græcolatinum, l’ouvrage ici présenté, est publié en 1562 par l’imprimeur huguenot Jean CRESPIN, lui-même philologue installé à Genève depuis 1548.

Le dictionnaire, organisé d’alpha à oméga, part du grec et comporte des définitions en latin et de très nombreuses citations en grec tirées d’HOMÈRE, ou des grands auteurs classiques comme HÉRODOTE, ARISTOPHANE ou ARISTOTE. Des suppléments grammaticaux figurent à la fin du second tome.

Dix ans après la parution du livre de CONSTANTIN, le premier vrai dictionnaire de grec ancien voit enfin le jour en 1572. Après plus de douze ans de labeur, Henri ESTIENNE publie son Thesaurus linguæ græcæ, véritable monument lexical et grammatical, toujours utilisé de nos jours, soit plus de quatre cents ans après sa parution. Bien que le dictionnaire d’ESTIENNE soit universellement apprécié et surpasse les réalisations précédentes, il ne met pas fin aux lexiques remaniés. En 1584, un nouveau lexique reprend le Lexicon septemvirorum en y ajoutant deux nouveaux auteurs et prenant ainsi le nom usuel de Lexicon novemvirale. La deuxième édition datée de 1592 porte le nom de CONSTANTIN qui pourtant ne semble pas avoir contribué à sa rédaction.



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