Hébreu (langue)

Lexicon hebraïco-chaldaico-latino-biblicum

In quo prima pars omnia vocabula, ordine alphabetico disposita ; ad suas radices refert, & universas interpretationes cuique genuinas exhibet. Secunda radices ita ordinabit, ut omnia vocabula derivata sub his reperire liceat : quaelibet autem interpretatio textu sacro in ea comprobabitur. Tertia tandem parte nomina propria in concordantiam rediguntur : cui accedet historia, chronologia, geographia. Opus observationibus grammatico-criticis conflatum. Sub auspiciis eminentissimi principis Dominici Passionei.

Auteur(s) : OLONNE Jean-Marie d'

 

MUSELLI

 à Avignon, chez Henri-Joseph JOLY, imprimeur et libraire, à côté du collège Saint-Martial
 édition originale
  1765
 2 vol. : tome 1 (717 p.), tome 2 (VII-000 p.)
 In-folio
 veau fauve, dos à six nerfs, caissons ornés de motifs floraux dorés
 gravure en frontispice représentant le portait du cardinal PASSIONEI, lettrines, bandeaux allégoriques par SAUVAN et ROUVIÈRE (tome 1) et CHENET (tome 2), bandeaux décoratifs,


Plus d'informations sur cet ouvrage :

L’étude de l’hébreu, langue sacrée par excellence, connaît un grand essor à la Renaissance, grâce à l’invention de l’imprimerie qui rend désormais possible la diffusion des textes en caractères hébraïques et lui permet de se joindre le grec et le latin comme l’une des langues classiques de l’humanisme. Inspirée du Collège des trois langues de Louvain, la fondation du Collège royal, futur Collège de France, est emblématique de ce renouveau. La connaissance de cette langue relance également l’exégèse biblique. En effet bien des théologiens, protestants et catholiques confondus, entendent revenir aux sources d’un texte issu de langues sémitiques avant d’avoir été traduit en grec, en latin, puis dans les langues “nationales”. Les travaux des érudits sur l’hébreu, langue qui a elle-même évolué au cours des siècles, amène naturellement les exégètes à s’intéresser aux autres langues orientales, en particulier à l’araméen, reconnue pour avoir été la langue parlée par le Christ, et aux idiomes qui en découlent, comme le syriaque et le chaldéen parfois appelé “assyrien”. D’autres langues font également l’objet d’études, comme le persan, le samaritain, l’arabe et l’éthiopien.

Un livre fera date : la Biblia poliglota complutense. Cet ouvrage publié à Alcala propose dès 1514 un texte rédigé à la fois en latin, en grec et en hébreu. Ce livre inspirera des bibles et des lexiques plurilingues qui, associant les langues dans lesquelles sont rédigés les textes sacrés chrétiens, sortiront des imprimeries tout au long du XVIIe siècle. C’est ainsi qu’en 1612 Valentin SCHINDLER édite un Lexicon pentaglotton comprenant les termes arabes, syriaques et chaldéens. La Bible polyglotte de Paris, publiée entre 1625 et 1648, ne compte pas moins de sept langues avant d’être supplantée quelques années plus tard par la Bible polyglotte de Londres qui en ajoute deux autres. Même si le Lexicon heptaglotton d’Edmund CASTELL, édité en 1669, se révèle être un échec commercial, les publications de lexiques plurilingues “bibliques” se poursuivront au siècle suivant, pendant qu’apparaissent de véritables encyclopédies sur l’histoire sainte comme celle de dom CALMET.

C’est dans ce contexte d’épanouissement de l’étude des langues orientales en France que sort le Lexicon hebraïco-chaldaico-latino-biblicum. Annoncé par prospectus en 1756, le premier tome est publié en 1758 alors que le second tome n’est publié qu’en 1765. Le premier, étant alors réédité pour l’occasion, est intégré dans la version ici présentée. Un troisième tome, prévu dans le prospectus, destiné à traiter des noms propres assortis de notices historiques et géographiques, ne verra jamais le jour.

Le nom de Domenico PASSIONEI, qui figure en grands caractères sur la page de titre, pourrait laisser penser que ce cardinal érudit et bibliophile est l’auteur du livre. Mais il n’en est rien, car il n’en est que le dédicataire. L’importance donnée à son patronyme sur la page de titre accompagné des termes “sous les auspices” laisse supposer qu’il a fortement soutenu le projet et qu’il a pu en être l’inspirateur ou le commanditaire. Le véritable auteur du Lexicon, caché derrière la seule mention “P.”, se trouve être un modeste carme déchaussé de la province d’Avignon, Jean-Marie d’OLONNE. Celui-ci, originaire de Toulon, a adopté comme nom religieux “Jean-Marie de SAINT-JOSEPH”. C’est lui qui aurait rédigé les parties consacrées au latin et aux langues orientales ; il aurait été assisté par un rabbin allemand nommé MUSELLI qui se serait chargé de la partie en hébreu.

La préface et le texte du dictionnaire n’ont pas de traduction française, ce qui en fait un ouvrage prioritairement réservé aux latinistes confirmés et aux ecclésiastiques. De même, le fonctionnement complexe de l’écriture de l’hébreu, organisé en schèmes et en racines, nécessite une bonne connaissance des bases avant de pouvoir utiliser ce livre. Par exemple, les fréquentes mentions Niphal, Qal et Hiphil renvoient à des particularités sémantiques et grammaticales propres à une langue particulièrement difficile à appréhender par le novice.

Les deux tomes sont organisés de manière différente. Suivant l’ordre alphabétique hébreu, le premier volume regroupe les mots en se basant sur une racine commune de deux ou trois caractères. Par exemple, réunis sous le couple Tav et Tsin, se retrouvent les termes qui dérivent d’une même association. Cette première partie se compose de trois colonnes : une première comprenant le mot primitif appelée ici Radice, une deuxième indiquant le terme hébreu proprement tel qu’il est présent dans la Bible, et une dernière donnant la traduction latine. Rien ne distingue dans cette section les termes chaldéens et hébraïques.

Le second volume, présenté sous une forme plus traditionnelle, rentre davantage dans le détail des mots dérivés. On y retrouve un classement établi d’après les binômes ou les trinômes de lettres, mais cette fois regroupés selon la catégorie et le sens : noms, verbes avec des indications sur la conjugaison, adverbes ainsi que, ponctuellement, des noms propres. S’appuyant sur les travaux de BUXTORF, l’auteur indique clairement les formes chaldéennes, mais par ailleurs ne propose pas de définitions détaillées, se contentant d’indiquer les synonymes latins. Ce Lexicon hebraïco-chaldeico-latino-biblicum est avant tout destiné à constituer un outil de travail pour lire et interpréter les textes sacrés écrits en hébreu.

Au début du second tome, les libraires ont placé la reproduction d’une lettre du célèbre hébraïsant Jean-Baptiste LADVOCAT qui fait l’éloge du dictionnaire en ces termes : « Ainsi avec vos deux volumes… on peut aisément se passer de tous les autres dictionnaires ou lexicons, & ceux qui s’en serviront pourront faire sans peine & en peu de tems des progrès considérables dans l’étude de l’hébreu & l’intelligence du texte original des textes de l’Ancien Testament, ce qui les conduira sans peine & insensiblement à l’intelligence des hébraïsmes qui sont en grand nombre dans le Nouveau Testament. »



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