Magie, Sorcellerie

La sorcellerie ancienne et moderne expliquée

ou Cours complet de prestidigitation contenant tous les tours nouveaux qui ont été excutés à ce jour sur les théâtres ou ailleurs et qui n'ont pas encore été publiés, et un grand nombre de tours d'un effet surprenant, d'une exécution facile, et tout à fait inconnus du public et des professeurs

Auteur(s) : PONSIN Jean-Nicolas

 Paris, à la Librairie encyclopédique Roret, rue Hautefeuille, 12
 nouvelle édition (la première date de 1853)
  1859
 1 vol (498 p.)
 In-seize
 demi-veau, dos à cinq nerfs, pièce de titre de maroquin rouge


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Peintre, puis professeur de dessin au lycée de sa ville natale de Reims et membre honoraire de l’Académie de l’enseignement primaire, Jean-Nicolas PONSIN est également un prestidigitateur et magicien amateur. Ayant, selon son propre aveu, découvert ce loisir par hasard, il apprend des tours qu’il exécute devant ses amis ou au cours de soirées privées. Désireux d’améliorer sa pratique et curieux de nature, il étudie le sujet en détail, au point de “connaître toute la théorie et la pratique de cet art récréatif, connu généralement sous la dénomination de physique amusante, auquel convenait plutôt le titre d’escamotage dont on l’a dépouillé, mais qui a été remplacé depuis peu par celui de prestidigitation, qui lui convient mieux encore”. En 1853, il publie le résultat de ses “investigations” dans Nouvelle Magie blanche dévoilée, physique occulte, et cours complet de prestidigitation.

Ce titre un peu “sensationnaliste” fait référence à un autre livre intitulé  La Magie blanche dévoilée, qui connut son heure de gloire à la fin du XVIIIe siècle. Son auteur, Henri DECREMPS, voulant dénoncer les astuces et les ficelles utilisées par les charlatans, avait décidé de recenser et d’expliquer différents tours d’escamotage et d’illusion ; entreprise de démystification qui ne manqua pas de le mettre en conflit avec les magiciens professionnels comme Joseph PINETTI. Témoignant de respect envers son prédécesseur, PONSIN ne ménage pas pour autant ses critiques, jugeant ce livre daté, incomplet et surtout brouillon dans ses explications. C’est donc dans cet état d’esprit que son ouvrage propose une synthèse renouvelée et actualisée sur le sujet. Il est édité en 1858 par la fameuse Librairie encyclopédique Roret, sous le titre Sorcellerie ancienne et moderne expliquée, ou Cours complet de prestidigitation.

Le terme de sorcellerie, qui est ici en l’occurrence largement galvaudé, a sans doute été inclus dans le titre à des fins “publicitaires”, puisque notre auteur se limite aux domaines de l’illusionnisme et de la prestidigitation, dont l’étymologie veut dire “doigts agiles”. Il précise que cette technique “consiste à paraître faire des choses qui sont, en réalité, impossibles et contraires aux lois immuables de la nature. Elle égare l’esprit en trompant les sens, principalement la vue et l’ouïe. Ses ressources sont nombreuses ; elle les trouve dans les sciences et les arts ; elle les met tous à contribution et en fait ses complices. La ruse, le mensonge, l’artifice et la supercherie sont ses auxiliaires ; ses paroles, ses mouvements sont autant de déceptions”. PONSIN adopte un ton moins “militant” que DECREMPS, jugeant que, “depuis, la lumière s’est étendue ; la science a fait d’immenses progrès, partant, les hommes sont devenus plus sérieux, moins crédules, plus appréciateurs des effets que l’on regardait il y a soixante ans”. Il voit avant tout la magie comme un outil de divertissement, une source d’amusement en société et un moyen de développer son sens du spectacle et son agilité.

Il divise sa démonstration en plusieurs parties, commençant par les tours de cartes, puis passant en revue les tours de pièces de monnaie et le jeu du gobelet, grands classiques du genre. Le troisième chapitre regroupe ce que PONSIN désigne dans sa première version comme de la “physique occulte” et les “tours de théâtre“, c’est-à-dire de l’illusionnisme spectaculaire et de l’escamotage de haut vol avec ou sans matériel “trafiqué“. Clairement destinés à être effectués devant une assemblée nombreuse, ces derniers sont souvent affublés de noms évocateurs : “Merveilleuse apparition des trois stigmates dans la main“, “Moyen ingénieux d’escamoter une bague dans un œuf“, “voyage d’un mouchoir dans différentes contrées“, “l’assiette cassée, raccommodée par un coup d’arme à feu“, “le supplice de Tantale” ; sans oublier le “lapin magicien“, “la danse des pantins” et “la naissance spontanée d’une fleur“.

La réédition de son livre par l’Encyclopédie Roret permet à PONSIN d’envisager de publier un supplément qui, cette fois-ci, renferme en grande partie des tours créés ou “améliorés” par l’auteur lui-même. Ce deuxième ouvrage, celui présenté ici, est publié en 1858, soit en même temps que La Sorcellerie moderne et expliquée. PONSIN décède en juillet 1863, à l’âge avancé de 86 ans.

À noter : la collection Roret compte également dans son catalogue un autre ouvrage, dont le thème est proche de celui de PONSIN mais dont l’approche se veut purement scientifique : Manuel complet des sorciers, ou la magie blanche, dévoilée par les découvertes de la chimie, de la physique et de la mécanique .

Deux tours présentés par PONSIN

  • Deviner de suite combien il y a de cartes dans un paquet que l’on prend au hasard sur le jeu.

On a soin d’annoncer aux spectateurs que l’on fait ce tour par le moyen du tact, et ils ne voient pas de raison pour penser le contraire.

Arrangez d’avance les cartes d’un jeu par dix-huitièmes, en les mettant dans cet ordre : as, roi, dame, valet, dix, huit et sept. Classez aussi dans votre mémoire l’ordre que vous donnerez aux quatre espèces de points comme, par exemple, pique, trèfle, carreau et cæur. Supposons que les figures sont dessous. Sur les cœurs vous mettez les carreaux, sur ceux-ci les trèfles, et enfin les piques par-dessus. Les piques sont donc les premiers sur le jeu, ensuite les trèfles, etc.

Le jeu ainsi préparé, coupez-le plusieurs fois dans vos mains le plus vite possible, pour faire croire que vous mêlez les cartes. Regardez la carte qui est dessous en vous servant du principe de la carte à vue. Je suppose que ce soit le dix de cæur. Mettez le jeu sur la table, et prenez dessus, au hasard, une certaine quantité de cartes que vous palpez dans vos doigts comme pour en connaître le nombre. Mais enlevez ce paquet de façon à voir aussi la carte qui est dessous.

Supposons encore que cette dernière carte soit le roi de carreau. Voici le calcul que vous ferez :

Comme vous connaissez la carte qui est sous le jeu, c’est-à-dire le dix de cœur, vous vous dites : « D’après l’ordre des cartes, il reste trois cæurs dans le tas que je tiens. Après les cœurs vient la série des piques : c’est huit cartes qu’il faut ajouter aux trois cæurs ; 8 et 3 font 11. Après les piques viennent les trèfles : c’est encore 8 qu’il faut ajouter à 11, ce qui fait 19. Les carreaux suivent les trèfles, et, comme c’est le roi qui est sous mon paquet, je n’ai donc que deux carreaux ; 2 et 19 font 21. » Alors vous annoncez qu’il y a vingt et une cartes dans le tas que vous tenez. Au bout d’un quart d’heure d’étude, vous serez parvenu à faire ce calcul en un moment. On comprend qu’il faut qu’il soit fait en un clin d’æil, dans le temps que vous feignez de sentir les cartes du bout des doigts pour en connaître le nombre.

Vous rencontrerez beaucoup de personnes qui croiront de bonne foi que vous n’êtes guidé que par le tact, et elles admireront en vous la finesse de ce sens.

  • Escamoter la muscade (jeu de gobelets).

Voilà ce qu’on appelle escamoter la muscade ; il faut le faire avec tout le naturel possible, sans lenteur ni précipitation. Vous vous exercerez d’abord avec une muscade plutôt petite que grosse, parce que vous la ferez tenir plus facilement dans les doigts.

Quand vous commencerez à pouvoir exécuter ce que je viens d’expliquer, habituez-vous, en escamotant la muscade, à faire le geste de la mettre dans la main gauche, laquelle vous devez fermer à temps en retirant la main droite.

Pour vous accoutumer à un mouvement naturel, mettez réellement la muscade dans la main gauche en retirant la main droite. Examinez effectivement l’effet si simple de cette action, et attachez-vous à bien imiter cet effet en escamotant, de sorte que l’on ne trouve pas de différence entre le mouvement que vous ferez en escamotant la muscade et celui que vous feriez en la mettant effectivement dans la main. Ceci est plus important qu’on ne pense : c’est le moyen de tromper les yeux des escamoteurs mêmes.

Observez la même chose dans le cas où vous posez le gobelet sur la table, en y introduisant la muscade, ou quand vous ne mettez rien dessous. N’affectez jamais de frapper fortement avec les gobelets, comme le font la plupart de ceux qui en jouent ; il n’est pas naturel de poser un objet avec la brutalité d’un homme en colère.

Voyons maintenant comment on introduit la muscade.

Il faut prendre le gobelet le plus bas possible, afin que la muscade qui est entre vos doigts soit au-dessous du bord ; ainsi, en le prenant, l’index doit frôler la surface de la table.

Lorsqu’on lève un gobelet pour y introduire une muscade, c’est toujours sous le prétexte de faire voir qu’il n’y a rien dessous, et, en le reposant, on chasse vivement la muscade avec l’annulaire. Ces deux actions de poser le gobelet et de chasser la muscade dessous doivent se faire en un seul temps.

On sait maintenant comment on escamote la muscade et comment on l’introduit sous le gobelet. Il reste à dire comment on la reprend d’entre les doigts pour paraître la tirer d’une baguette ou de tout autre objet.

C’est bien simple, il suffit de la prendre avec le bout du pouce pour la faire rouler vers l’index, qui fléchit afin de la saisir conjointement avec le pouce. Tout ceci se fait en un seul temps et dans le même moment que l’on retire le bout des doigts de l’objet qu’on a pincé comme pour en prendre la muscade, qui paraît subitement entre le pouce et l’index. Ce mouvement doit avoir la rapidité d’un ressort qu’on laisse échapper. Avec un peu de pratique, on arrive aisément à cette exécution.

  • Sans raison apparente, faire venir à soi des objets que l’on jette sur une table.

Ce tour, dont le moyen est très simple, ne laisse pas cependant que d’être assez agréable. On fait tirer une carte ; l’ayant mêlée avec les autres, on étale le jeu sur la table. On commande à la carte de sortir, et elle vient se rendre dans vos mains. Vous donnez de suite cette carte à visiter, pour faire voir qu’elle n’a subi aucune préparation. Vous empruntez une tabatière, une montre ou quelque autre objet. On le jette sur la table et, au premier appel, il vous obéit avec la plus grande docilité.

Il suffit, pour opérer ce miracle, d’avoir un fil de soie noir, très fin, d’environ un mètre de longueur. Vous attachez une de ses extrémités à un bouton de la ceinture. L’autre bout est garni d’une petite boulette de cire que vous tenez entre les doigts de la main droite.

Cette boulette ne vous empêche pas de manier un jeu de cartes et d’en faire tirer une.

En reprenant cette carte, vous appuyez la cire en dessous, et vous la mêlez avec les autres. Vous étalez le jeu sur la table. Vous appelez la carte, en vous baissant pour la prendre, et elle vient se rendre dans votre main, au bord de la table. Vous la prenez de la main droite, et la reprenant de la gauche pour la donner à visiter, vous détachez la cire que vous gardez dans vos doigts. Vous empruntez une tabatière, que vous prenez de la main gauche, vous la reprenez de la droite, et, en la mettant sur la table, vous fixez la cire en dessous. Il en est de même pour tout autre objet.

Il est à remarquer que ce transport des objets d’une main à l’autre, que j’ai dû détailler, bien que je sente combien ces répétitions sont fastidieuses, il est à remarquer, dis-je, que ce transport, qui est indispensable, est tout à fait naturel. Il est aussi à remarquer que ce qui fait toute l’illusion de ce tour, c’est le mouvement que l’on fait pour prendre l’objet ; car, comme on est obligé de s’incliner pour l’atteindre, et que, dans ce mouvement, le haut du corps s’approche de la table quand la ceinture recule, attire l’objet et le fait avancer, on semble aller vers lui dans le temps même qu’en sens opposé il vient vers vous.



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