culture générale

Grande encyclopédie (La)

inventaire raisonné des sciences, des lettres, et des arts, par une société de savants et de gens de lettres

Auteur(s) : BERTHELOT Marcellin, DREYFUS Camille, DERENBOURG Hartwig, GIRY Arthur, GLASSON Ernest Désiré, HAHN François-Louis, LAISANT Charles-Ange, LANGLOIS Charles-Victor, LAURENT Hermann, LEVASSEUR Emile, LYON Georges, MARION Henri, MUNTZ Eugène, BERTHELOT André

 

AESCHIMAN, BASELON E., BARRE L., BAYE Ch., BAYET, BEAUREGARD, BÉNET A., BÈRE F. , BERGER Philippe, BERNARD Constant, BERNARD F. , BERNARD H., ERNARD Jean, BERNARD Maurice, BERTHELÉ Joseph, BERTHELOT André, BERTIN G., BERTRAND A., BLANCHARD Raphaël, BLOCH G, BLONDEL, BONHOURE Adrien, BONNARDOT François, BOSSERT A., BOUCHÉ-LECLERCQ A., BOUCHERON H, BOUCHOT ., BOUGIES Louis, BOUQUET L., BOURCEOIS Emile, BOURGOIN, BOURNEVILLE, BOURNON F., BOUTROUX Emile, BRICON Paul, BROCHARD Victor, BRUNETIÉRE Ferdinand, BRUTAILS, BULOT Léon, CABIREAU, CADIER Léon, CAIX DE SAINT-AYSOUR vicomte Amédée de, CARDON G., CASTAIGNE E.-J., CAUWÈS Paul, CEARD,CHAMPEAUX, CHARPENTIER Paul, CIAVEGRIN, CORDIER H, CRÉNANGE, CRIÉ Louis, DARMESTETER James, DELABROUSSE, DE LA QUESNERIE Gustave, DERENBOURG Joseph, DESDEVISES DU DESERT, DESMOULINS, DUCROCQ, DUFOURMANTELLE Maurice, DUFOURMANTELLE Charles, DUPLESSIS Georges, GOURMONT Rémi de, HERR Lucien, LANSON Gustave, PIERRET Paul, SAGNIER Henry et al.

 Paris, librairie Larousse, 13-17 rue montparnasse (6e)
 édition originale
  1886-1902
 31 vol (environ 36000 p.)
 In-quarto
 plusieurs couleurs de reliure (brun, vert, rouge), demi-chagrin, dos lisse ornés de motifs dorés
 environ 15000 illustrations et 200 cartes


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Quelques années après la parution du Grand dictionnaire universel de LAROUSSE (présent sur Dicopathe), un nouveau projet ambitionne de reprendre et d’actualiser l’Encyclopédie de DIDEROT et D’ALEMBERT. Guidée par le souci de dresser l’inventaire exhaustif des connaissances du temps, tout en se voulant vulgarisatrice, l’entreprise prend corps dans le milieu savant, universitaire et scientifique parisien. Les membres de l’équipe rédactionnelle, qui se veulent plus scientifiques et moins marqués politiquement que leurs illustres prédécesseurs, revendiquent une plus grande impartialité philosophique. La préface précise : « Étrangère aux querelles du jour, résolue à ne pas être une œuvre de combat, la Grande Encyclopédie n’a et ne peut avoir d’autre règle que l’impartialité de la science. Elle expose les faits avec une scrupuleuse exactitude, les théories diverses ou contradictoires avec impartialité. » Le but déclaré de cet ouvrage, qui prend le nom de Grande encyclopédie, est de « constater l’état actuel de la science moderne, de dresser l’inventaire des connaissances humaines à notre époque ».

Sans que nous soient connues par le détail les étapes de la gestation de l’ouvrage, nous savons qu’une direction collégiale, dénommée “Société de savants et de gens de lettres”, se mobilise en commençant par planifier l’ensemble. Les noms de treize contributeurs sont mis en avant sur la page de titre, mais il faut cependant souligner que deux d’entre eux jouent un rôle central dans l’élaboration de l’ouvrage. Il s’agit en premier lieu du journaliste et député Ferdinand-Camille DREYFUS qui, en dépit de son simple titre de “secrétaire général”, semble bien être celui qui donne réellement corps à l’entreprise ; dans un premier temps il joue le rôle d’un véritable directeur de publication et rédige un avant-propos dans lequel il détaille la méthodologie employée pour élaborer cette encyclopédie. Le second personnage central de La grande encyclopédie est Marcellin BERTHELOT, scientifique reconnu, en particulier dans le domaine de la chimie et de la biologie. En parallèle à ses travaux, il mènera aussi une carrière politique marquante et sera ministre à deux reprises.

Les autres membres du “directoire” sont tous impliqués dans la rédaction, un certain partage des tâches étant défini en fonction des domaines de compétence de chacun. Ainsi MUNTZ supervise l’histoire de l’art, LAURENT les mathématiques, MARION la philosophie et la “pédagogie”, DERENBOURG les langues, la littérature et la civilisation orientales, GIRY l’histoire de France, GLASSON la partie juridique et législative et LEVASSEUR la géographie, l’économie et les statistiques. Une rigoureuse nomenclature permet de bien répartir le travail de rédaction : « On dresse la liste des sciences générales, puis celle des sciences spéciales qui en dérivent. » L’étape suivante consiste à établir une liste alphabétique des mots selon un partage défini comme suit : « Le vocabulaire ainsi arrêté, les mots sont répartis par les directeurs entre les collaborateurs, dont ils ont la désignation. »

Pour rédiger les notices, un très grand nombre de spécialistes sont sollicités. On comptera près de deux cent cinquante-cinq contributeurs pour le premier tome, mais, à la parution du tome final, ce ne seront pas moins de quatre cent soixante-deux personnes qui auront collaboré à l’élaboration de La grande encyclopédie. Les contributeurs signant leurs articles, on découvre qu’ils sont en majorité ingénieurs, professeurs, scientifiques, juristes, docteurs en médecine, historiens, architectes, archivistes, écrivains, membres d’instituts, de grandes écoles et d’académies diverses. Certains noms sont passés à la postérité tels ceux de GOURMONT, BRUNETIÈRE, SALADIN, MOLINIER, RIBOT, HERR, VERNES, LYON-CAEN ou encore de LANSON.

Les auteurs revendiquent une objectivité strictement scientifique, mais pour autant leur approche rationaliste et progressiste demeure tout imprégnée de la pensée positiviste. Dans la préface, il est d’ailleurs explicitement fait référence à la philosophie d’Auguste COMTE. Citons une formule révélatrice insérée dans le préambule par les auteurs qui, parlant d’eux, déclarent : « Sans regret pour un passé qu’ils respectent mais qu’ils ne veulent pas voir revivre, ils regardent devant eux, désireux de servir la cause de la liberté et du progrès. »

La grande encyclopédie prend donc clairement le parti de la science et du machinisme, les considérant comme les éléments déterminants dans l’évolution du bien-être de l’humanité. Par ailleurs, elle délivre un discours philosophique centré sur la raison, la promotion de la diffusion universelle du savoir et une vision de l’univers dénuée de toute révélation divine. Elle ne s’affranchit cependant pas de tous les préjugés de son temps. C’est ainsi qu’à l’article femme il est écrit que, l’irrigation sanguine du cerveau étant plus développé chez l’homme que chez la femme, celui-ci est intelligent tandis que celle-là est surtout sensible. Un des points forts de l’ouvrage réside dans sa riche iconographie destinée à illustrer un texte écrit de manière claire et pédagogique, en particulier quand il s’agit d’articles touchant aux sciences, à la géographie et aux beaux-arts. Les cartes en couleurs et les multiples figures incluses dans le texte contribuent encore aujourd’hui à la réputation flatteuse du dictionnaire.

Pur produit de ce qui, par la suite, a été dénommé la “méthode historique”, La grande encyclopédie fait la part belle aux sciences, à l’histoire, à la géographie, aux arts et lettres, et fourmille de longues notices biographiques. Sans être absents, la politique, l’économie, le droit et les sciences sociales sont moins bien traités et ne représentent que 23 % de l’ensemble, selon l’estimation qu’en fait DREYFUS lui-même dans son avant-propos.

La grande encyclopédie est initialement publiée par LAMIRAULT qui s’investit complètement dans le projet ; puis, par la suite, sa maison d’édition prend le nom de “Société anonyme de La grande encyclopédie”, domiciliée à la même adresse. DREYFUS quitte l’entreprise après le tome 18, laissant à BERTHELOT le soin de mener à bien les tomes restants. Pour occuper le poste vacant de secrétaire général, ce dernier s’adjoint alors son propre fils, André BERTHELOT, philosophe et historien, qui travaillait déjà en qualité de contributeur.

En dépit d’un succès d’estime et du nombre de contributeurs mobilisés, La grande encyclopédie restera une entreprise sans lendemain et ne sera jamais rééditée, corrigée ou augmentée, car elle se voit rapidement éclipsée par le Nouveau Larousse illustré, plus synthétique, et doté, lui aussi, d’une très riche illustration. Par la suite la librairie Larousse rachètera le stock de son “concurrent” LAMIRAULT et le mettra en vente sous son propre nom, ce qui explique que l’adresse de Larousse ait été apposée sur la page de titre de l’ouvrage ici présenté, recouvrant l’adresse de l’éditeur initial. On remarquera d’ailleurs que la marque d’éditeur de la Société anonyme de La grande encyclopédie y est toujours visible par transparence.

Sur la photo des reliures que nous présentons, nous pouvons constater qu’elles sont de couleurs différentes les unes des autres, les teintes allant du beige au noir en passant par le marron et le vert. Ce phénomène est probablement dû au traitement des reliures qui, dotées à l’origine d’une couleur uniforme mais traitées avec des produits différents, ont vieilli différemment. Le côté “bigarré” de nos 31 volumes se retrouve sur tous les autres exemplaires de La grande encyclopédie que nous avons pu rencontrer, à l’exception notable quand même de celle présentée par Dico-collection (voir le lien ci-dessous).



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