Amharique (langue)

Grammatica linguæ amharicæ | Lexicon amharico-latinum

quæ vernacula est Habessinorum in usum eorum qui cum antiqua hac et praeclara natione christiana conversari volent, edita. Plura habes in præfatione | cum indice latino copioso in qui rendis vocabulis amharicis in hoc opere contentis

Auteur(s) : LUDOLF Hiob

 Francfort-sur-le-Main, édité par Johann David ZUNNERUM, imprimé par Martin JACQUET (Francofurti ad Moenum, prostat apud Johannem David ZUNNER, impressit Martinus JACQUETUS)
 édition originale
  1698
 1 vol. (59-103 p.)
 In-folio
 reliure bisontine du XVIIIe siècle, basane marbrée, dos orné, tranche rouge
 lettrines, bandeaux, culs-de-lampe


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Siège d’un puissant royaume chrétien depuis le IVe siècle, l’Abyssinie, berceau de la future Éthiopie, fait l’objet de toutes les attentions des monarchies catholiques d’Europe. Celles-ci sont soucieuses de rallier ce royaume, adepte du monophysisme, pour disposer d’un allié de poids face à l’expansion musulmane. Par l’intermédiaire de missionnaires portugais et des jésuites, l’entreprise semble couronnée de succès lorsque, en 1626, le roi SOUSNÉYOS se convertit officiellement et proclame le catholicisme religion d’État. Mais la révolte gronde et tourne à la guerre civile en 1632. L’ancien culte rétabli, les jésuites sont expulsés, mais, si le pays semble se fermer aux influences extérieures, les contacts ne sont pas pour autant coupés entre l’Abyssinie et l’Occident.

Brillant philologue originaire d’Erfurt, Hiob LUDOLF maîtrisait à la fin de sa vie près de vingt-cinq langues ! Attaché à l’ambassadeur de Suède à Paris, il se rend à Rome en 1649, à la recherche d’un manuscrit. À cette occasion il fait sur place la rencontre d’Abba GORGORYOS (nom latinisé en père GRÉGORIUS), un prêtre éthiopien qui a entrepris la rédaction d’un lexique italien-amharique. L’érudit allemand apprend à son contact l’existence des deux langues principales du royaume d’Abyssinie, l’amharique, la langue vernaculaire, et le guèze, la langue ancienne savante et religieuse. De retour au pays, LUDOLF adresse un mémoire aux princes et à l’empereur pour les persuader de l’avantage qu’ils auraient à retirer d’une alliance avec l’Abyssinie. La cause lui tient d’autant plus à cœur que, très croyant, LUDOLF milite en faveur d’une grande croisade chrétienne contre les Turcs. Ses démarches étant demeurées sans suite, il présente, mais sans plus de succès, son projet en Angleterre et en Hollande.

Rentré bredouille à Francfort, LUDOLF consacre désormais son temps à écrire pour faire connaître la langue, l’histoire et la culture de l’Abyssinie, pays où il n’a pourtant jamais mis les pieds. Dès 1681, il publie une Historia æthiopica, qui fait débat, certains érudits lui reprochant de biaiser sa description de l’Église éthiopienne pour la rendre “compatible” avec le luthérianisme. Soucieux de réaliser le dictionnaire éthiopien de référence, il reprend un lexique qu’il avait publié à Londres en 1661 mais qu’il avait renié par la suite. En 1688, son ouvrage le plus célèbre est diffusé ; il s’agit de la Grammatica linguæ amharicæ, première grammaire imprimée d’amharique. La même année, un Lexicon amharico-latinum est publié, qui ultérieurement sera joint à la grammaire comme c’est le cas de l’exemplaire ici présenté.

La grammaire, qui s’apparente plutôt à un livret car elle ne comprend qu’une soixantaine de pages, débute par une présentation de l’alphabet amharique. Celui-ci est alphasyllabaire et se révèle assez complexe, de nombreux caractères ayant été ajoutés au cours des siècles aux 26 signes consonantiques de l’écriture guèze, chaque caractère présentant de surcroît différentes variantes. Le lexique bilingue suit l’ordre “éthiopien” en commençant par le caractère Hoj qui ressemble au U de l’alphabet latin. Pour composer son ouvrage LUDOLF peut disposer des premiers caractères d’imprimerie éthiopiens réalisés à Rome en 1513 par l’orientaliste Johannes POTKEN afin de traduire les psaumes. Désormais reconnu comme le spécialiste européen des langues abyssiniennes, il récidive l’année suivante avec un Lexicon æthiopico-latinum, beaucoup plus étoffé que le précédent, suivi d’une nouvelle grammaire publiée en 1702. Tout à son projet de rapprocher l’Abyssinie des États chrétiens, il fait également imprimer des livres à destination des Éthiopiens, sans que l’on sache vraiment comment il comptait les faire acheminer dans un pays lointain aussi étroitement surveillé. Après sa mort survenue en 1704, les ouvrages de LUDOLF resteront en Europe et pendant plus d’un siècle autant de références sur le sujet, l’Éthiopie ne sortant réellement de son isolement qu’au milieu du XIXe siècle.



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