Préciosité (littérature), Littérature française, Français (langue)

Dictionnaires des Précieuses

nouvelle édition augmentée de divers opuscules du même auteur relatifs aux Précieuses et d'une Clé historique et anecdotique

Auteur(s) : BAUDEAU de SOMAIZE Antoine, LIVET Charles-Louis (éditeur scientifique)

 à Paris, chez P. JANNET, libraire
 nouvelle édition augmentée
  1856
 2 vol : tome 1 (XXXVI-296 p.), tome 2 (408 p.)
 In-douze
 belle reliure
 bandeaux décoratifs, lettrines ornées, culs-de-lampe, plats du livre ornés de gravures dorées à froids, dos à cinq nerfs avec caissons ornés de motifs dorés


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Nous ne savons quasiment rien d’Antoine BAUDEAU de SOMAIZE, en dehors de sa courte carrière d’écrivain et de polémiste entre 1657 et 1661. Dans la préface, celui-ci est présenté comme le secrétaire de Marie MANCINI, ce qui pourrait expliquer sa “disparition” subite de la scène littéraire dans l’hypothèse où il l’aurait suivie en Italie après son mariage.

Il acquiert la notoriété en déclenchant une polémique avec MOLIÈRE, qu’il surnomme MASCARILLE, à la suite de la première représentation des Précieuses ridicules en novembre 1659. Peu de temps après, SOMAIZE publie une pièce en un acte intitulée les Véritables Prétieuses (sic) dans laquelle il accuse clairement MOLIÈRE de s’être contenté de paraphraser Michel de PURE, l’ennemi déclaré de la préciosité. Dès lors, les Précieuses constitueront le sujet quasi exclusif de ses publications.

Née dans les salons féminins de l’aristocratie parisienne aux environs de 1625, la préciosité s’apparente à un courant esthétique basé sur l’art de la conversation et le raffinement de la langue. Réunies dans les salons de la marquise de RAMBOUILLET, de Madeleine de SCUDÉRY ou de madame de LA FAYETTE, des femmes nobles, mais aussi quelques hommes comme VOITURE, se réunissent, discutent art, littérature et poésie en cultivant un langage très recherché. Le discours s’émaille de métaphores, d’hyperboles, de néologismes comme “féliciter” ou “enthousiasmer” mais aussi de périphrases alambiquées. Par exemple, le miroir devient le “conseiller des grâces”, et les larmes “les perles d’Iris”. SOMAIZE résume ainsi ironiquement ce goût pour un langage artificiel : « Les précieuses sont fortement persuadées qu’une pensée ne vaut rien lorsqu’elle est entendue de tout le monde, et c’est une de leurs maximes de dire qu’il faut nécessairement qu’une précieuse parle autrement que le peuple, afin que ses pensées ne soient entendues que de ceux qui ont des clartés au-dessus du vulgaire. » De nombreux écrivains, comme MOLIÈRE, ont ainsi beau jeu de se moquer de leurs excès assimilés à de la pédanterie prétentieuse.

En avril 1660, SOMAIZE publie le Grand dictionnaire des Prétieuses (sic) ou la clef de la langue des ruelles, suivi quelques mois plus tard d’une seconde édition revue, corrigée et augmentée. Publiée chez Étienne LOYSON, cette dernière est la version reproduite dans l’ouvrage présenté ici. Phénomène littéraire à la mode, la préciosité (le “Royaume des Prétieuses”, comme écrit ironiquement l’auteur) est mal connue du grand public dont l’intérêt a été cependant attisé par la pièce de MOLIÈRE.

Fort de l’engouement sur le sujet, SOMAIZE publie, en 1661 chez Jean RIBOU, une suite à son premier dictionnaire. Au-delà du langage, il ambitionne cette fois de livrer « leur histoire, leur poétique, leur cosmographie, leur chronologie » et de publier un ouvrage dans lequel « l’on y connoistra aussi que c’est que les Prétieuses et leurs mœurs ». Même s’il semble distinguer entre Précieuses “véritables” et Précieuses “ridicules”, son but premier semble bien être de mettre en avant le côté excentrique du mouvement précieux : « Je n’en attends pourtant point d’autre avantage que celuy de distraire le lecteur par l’extravagance des mots que j’ay recueillis et dont elles sont les inventrisses. »

L’ouvrage débute par le premier dictionnaire, un recueil d’expressions précieuses. Prêtent aujourd’hui à sourire des définitions comme “instrument de propreté” pour désigner un balai, “mulets baptisés” pour porteurs de chaise, l’“ameublement pour bouche” pour les dents, ou encore “le troisième élément tombe” pour le verbe pleuvoir. Cette partie, relativement brève, est suivie du deuxième dictionnaire consacré à la préciosité dans son ensemble. On y remarque que les noms de lieux n’échappent pas à la règle précieuse. C’est ainsi que la ville d’Arles est baptisée “Thèbes” et le Louvre “le grand palais d’Athènes”.

SOMAIZE y présente aussi les figures connues des salons précieux classées en fonction d’un pseudonyme. Chaque participant d’un salon (ou ruelle) prenait un surnom le plus souvent tiré d’un roman. Une note en bas de page donne le nom réel. Par exemple SARRAIDE est identifiée comme étant Madeleine de SCUDÉRY, BELINDE la comtesse de BRANCAS, ou ROZANIDE la comtesse de RAMBURE.

Au XIXe siècle, SOMAIZE est redécouvert par des critiques littéraires qui le considèrent comme le principal “historien” de la préciosité. C’est à ce titre que son nom, associé à jamais aux Précieuses, a pu échapper à l’oubli jusqu’à nos jours. Pour autant, le contenu de son dictionnaire, rempli d’informations non vérifiables et sans doute de biographies imaginaires, est désormais soumis à un examen plus critique, et certaines affirmations sont aujourd’hui encore remises en cause.

Le journaliste et écrivain Charles Louis LIVET prend ainsi l’initiative de rééditer le dictionnaire, en y adjoignant d’autres écrits de SOMAIZE consacrés aux Précieuses : deux courtes pièces de théâtre, les Véritables prétieuses et le Procez des prétieuses, ainsi que des préfaces. Ces textes sont ici rassemblés dans le deuxième tome. Ayant étudié en profondeur le dictionnaire, LIVET insère en fin du deuxième volume une “Clef historique et anecdotique” dans laquelle il présente, dans l’ordre alphabétique, le résultat de ses propres recherches sur les personnages cités.

Quelques expressions précieuses tirées du dictionnaire

le chapeau : l’affronteur des temps

le soufflet : la petite maison d’Éole

la cheminée : l’empire de Vulcain

Les choses que vous dites sont fort communes : les choses que vous dites sont du dernier bourgeois

la main : la belle mouvante

les pieds : les chers souffrants

être en couches : sentir les contrecoups de l’amour permis

le pain : le soutien de la vie

le fauteuil : les commodités de la conversation

un verre d’eau : un bain intérieur

la perruque : la jeunesse des vieillards

se farder : lustrer son visage

se délabyrinther : se peigner

les joues : les trônes de la pudeur

rire : exciter le naturel de l’homme

la lune : le flambeau de la nuit

la musique : le paradis des oreilles

le nez : les écluses du cerveau



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