Commerce, Economie

Dictionnaire universel théorique et pratique, du commerce et de la navigation

Marchandises: produits naturels et produits fabriqués, description, variétés, caractères spécifiques, provenances et débouchés, transactions dont elles sont l'objet, Comptes Simules d'Achat. Géographie Commerciale: état, nature et mouvement du commerce de chaque place, importations et exportations, désignation et importance de la valeur des échanges, relations, voies de Communication, cours des changes, établissements de Crédit, usages commerciaux, foires et marchés. Métrologie universelle: Monnaies réelles, monnaies de compte, papier-monnaie, poids et mesures, leurs Valeurs Comparées, leur conversion en unités françaises. Comptabilité : Tenue des livres, arithmétique commerciale. Droit commercial terrestre et maritime: législation, jurisprudence, usages du commerce, formules d'actes, etc. Navigation: Description des ports, droits divers, usages locaux. Marine Marchande: Son développement, son état actuel chez les principales nations. Douanes: Droits d'entrée et de sortie, entrepôts, primes, drawbacks, prohibitions, formalités de toute nature. É́conomie politique appliquée.

Auteur(s) : GUILLAUMIN Gilbert-Urbain

 Paris, librairie de GUILLAUMIN et Cie
 édition originale
  1859-1861
 3 vol
 In-octavo
 demi-chagrin bordeaux, dos lisses avec motifs floraux dorés, titre et tomaison en lettres dorées


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Issu d’un milieu modeste, Gilbert-Urbain GUILLAUMIN arrive à Paris à l’âge de 18 ans pour tenter de se faire une situation. Après avoir été employé dans une quincaillerie et une maison de commission il réussit à lancer sa propre librairie, qui va bientôt devenir une maison d’édition. Proches des libéraux, il publie alors quelques publications politiques. Mais c’est dans son domaine de prédilection, l’économie, que GUILLAUMIN va rencontrer le succès, devenant un des grands porte-parole par ses publications du libéralisme économique.

Cette école de pensée défend l’idée que pour être performante et œuvrer pour le bien commun, l’économie doit être dégagée de toute tutelle rigide de l’état et fonctionner sur la liberté d’entreprendre, et de circulation des biens et des personnes. Le fondement philosophique de cette théorie est que lorsque chaque individu œuvre dans son propre intérêt, la somme de ces actions concourt à l’intérêt général. La liberté doit ainsi se concrétiser dans le libre-échange et dans ce qu’on appellerait aujourd’hui la “flexibilité” du travail et de la masse salariale.

Développée en Grande-Bretagne au cours des XVIIIe et XVIIIe siècle, théorisée par Adam SMITH dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations , le libéralisme économique se développe en France d’abord grâce aux physiocrates, puis au XIXe siècle par une nouvelle génération d’économistes axés sur la critique du mercantilisme, du protectionnisme, et le poids jugé excessif des impôts et des taxes. Des figures de ce mouvement émergent comme Frédéric BASTIAT et Jean-Baptiste SAY, qui vont bientôt collaborer avec GUILLAUMIN. En 1842, une Société des économistes est fondée. GUILLAUMIN en est un membre fondateur et en sera le questeur jusqu’à sa mort.

La première entreprise d’envergure de ce dernier est d’adapter en français le Dictionary, Practical, Theoretical and Historical of Commerce and Commercial Navigation de John Ramsay MAC CULLOCH, sorti en 1832. La version traduite, qui porte le titre d’ Encyclopédie du commerçant., Dictionnaire du commerce et des marchandises, contenant tout ce qui concerne le commerce de terre et de mer, est publié entre 1835 et 1839. A partir de ce moment, la librairie Guillaumin et Cie et son fondateur, deviennent des acteurs incontournables sur le sujet de l’économie politique en France, et ce pour plusieurs décennies. La maison d’édition fit figure de véritable laboratoire et de tribune officieuse du “lobby” libéral en France, en particulier après la création en décembre 1841 du Journal des économistes.

Voulant doter le libéralisme économique d’un véritable dictionnaire “moderne”, il en confie la direction à Charles COQUELIN. Après plusieurs années de travail intense, le Dictionnaire d’économie politique voit le jour dès 1854. A peine ce livre mis en vente, GUILLAUMIN engage un nouveau projet : un dictionnaire pratique et général d’économie et de commerce, dont l’objectif est de “réunir en un seul recueil l’exposé de toutes les connaissances nécessaires à celui qui s’occupe d’affaires quelle qu’en soit la nature et dans quelque pays que ce soit”. Rédigé par divers auteurs restés anonymes, mais dirigé et compilé par GUILLAUMIN lui-même, le Dictionnaire universel théorique et pratique, du commerce et de la navigation est publié en deux tomes- l’exemplaire de Dicopathe a lui été relié par la suite en trois volumes-entre 1859 et 1861.

Par cette mini-encyclopédie, GUILLAUMIN aspire à vulgariser les techniques nouvelles et les avancées modernes d’un monde qui est entré dans l’âge de l’industrie et des échanges internationaux à grande échelle. Il encourage le monde du commerce et du négoce à compléter utilement son instruction et à évoluer dans ses pratiques car désormais “le commerçant, agité par les révolutions survenues dans l’industrie et dans les moyens de transport, stimulé par la concurrence et ayant un sentiment plus élevé de son rôle dans l’état social, ne doit plus s’enfermer pour sa vie dans la routine d’une étroite spécialité ; la science lui est indispensable”.

L’auteur embrasse ainsi, encore un eu en avance sur son temps, la vision globale d’une économie en voie de mondialisation, en particulier grâce à une véritable révolution des transports et des communications, dans laquelle aussi bien les produits que les besoins et les marchés ont évolués, du fait de la modification en profondeur des techniques commerciales et des procédés de production. Dans son dictionnaire, GUILLAUMIN entend n’oublier aucun acteur de la chaine commerciale du commerçant de détail à celui de gros, en passant par les intermédiaires, les armateurs, les courtiers, et les banquiers.

Il insiste beaucoup sur le commerce avec l’étranger, où de nombreux ports ont été ouvert au commerce international, de manière plus ou moins “forcée” d’ailleurs comme en Chine, en Indochine et au Japon, et la naissance de nouveaux marchés grâce aux liaisons maritimes et ferroviaires. géographie commerciale canton marchés. Cette “géographie commerciale” occupe une place très importante dans le livre, où après une description générale des lieux, sont passées en revue les installations et les réglementations commerciales locales, ainsi que les principales marchandises qui y sont échangées. On ne peut qu’être admiratif devant la masse d’informations présentée ici, et ce aussi bien pour des endroits encore très isolés et méconnus. Toutes ces données ont du être communiquée aux rédacteurs grâce aux réseaux des correspondants des maisons de commerce.

Autre sujet mis en avant, la grande diversité des marchandises démontre la mondialisation naissante de l’économie et les opportunités à saisir pour les négociants français. Le nombre de denrées, de matériaux divers, dont des nouveautés comme le caoutchouc et l’aluminium, de biens manufacturés décrits dans ce dictionnaire, avec force de détail et d’anecdotes, donne parfois l’impression de feuilleter un ancêtre du Grand Larousse. Entre autres marchandises, on trouve aussi bien l’amidon, les fèves, la cannelle, le phosphate et  l’opium, que les mouches cantharides, le bicho de mar, la truffe, ou encore les pièces anatomiques et les objets d’histoire naturelle.

Pour l’anecdote, signalons qu’un long article est consacré à la photographie, qui est devenue une industrie florissante et en plein expansion On apprend ainsi que Paris comptait alors ” 200 photographes de profession (le nombre des amateurs est presque égal) et 102 opticiens, ébénistes, fabricants de produits chimiques, de cadres, dé passe-partout, d’écrins, de médaillons, etc., etc. travaillant spécialement pour la photographie”.

Enfin, ce dictionnaire est bien sûr un moyen de promouvoir le libéralisme économique et le libre-échange : “Sans la concurrence, il serait impossible d’arriver à déterminer ce prix vrai des choses. Assurément l’État y serait peu propre. Toutes les fois qu’il l’a tenté, sur une échelle restreinte, il a honteusement échoué… Concevez-vous l’offre et la demande, s’il n’y a pas une. libre concurrence entre ceux qui offrent, et une libre concurrence entre ceux qui demandent ? Évidemment, si la liberté n’existait pas de part et d’autre, les prix ne seraient qu’un mensonge exprimé en monnaie”.

GUILLAUMIN décède en 1864, après avoir eu la satisfaction de voir les accords de libre-échange se multiplier en Europe. Mais cette parenthèse sera mise à mal dès les années 1870 avec une dépression économique latente et le retour des protectionnismes.

Extraits

Légumes : Une grande partie des légumes et des fruits qui figurent sur les marchés de Londres se cultivent dans le voisinage immédiat de cette ville. Londres est comme Paris, entouré de jardins maraîchers. On évalue leur étendue à 4800 hectares, sur lesquels s’élèvent à peu près 2,000 arbres fruitiers. Les cloportes sont détruits par les poules dont les pattes sont enveloppées de chaussettes pour les empêcher de gratter. Les autres insectes nuisibles sont chassés par des crapauds qui se vendent, pour cet emploi, jusqu’à 6 shillings la douzaine. A Paris, le commerce de ces batraciens commence à prendre de l’extension, et on les cote déjà à 3 fr. 50 c. environ la douzaine

Toulouse : La tannerie est une des plus vieilles industries de Toulouse. Elle y fut très-florissante et devint l’origine de grandes fortunes; mais, comme beaucoup d’autres, elle a subi l’influence de nombreuses vicissitudes, et son importance actuelle est loin de répondre à son passé. Les cuirs de Toulouse ont obtenu les premières récompenses aux expositions universelles de Londres, de Paris, et dans les expositions locales. Il est abattu à Toulouse, tous les ans, environ 6400 bœufs, 2000 vaches, 13300 veaux, 7,500 moutons, 20000 brebis, 40700 agneaux et 8700 porcs c’est un total de 98000 peaux à préparer. Si l’on y ajoute celles des chevaux, mulets, etc., on trouve que la valeur de ces  cuirs, tannés, corroyés, hongroyés, atteint 2 millions de francs. En estimant aux deux tiers de ce chiffre celui de la production annuelle de cette industrie, on voit que la préparation d’une grande partie des 8,000 peaux de bœuf et de vache de l’abattoir de Toulouse est faite ailleurs. Mais si le tannage des grandes peaux a perdu de son ancienne importance, la fabrication des maroquins ou plutôt celle des peaux maroquinées, a beaucoup gagné car, la consommation croissant sans cesse, les peaux de chèvre sont devenues de plus en plus rares, et c’est en grande partie avec des peaux de mouton que l’on fait aujourd’hui le maroquin

Tombouctou : Les articles  s’écoulent par R’damès sur Tripoli, d’où les caravanes rapportent pour Tombouctou les différentes cotonnades, surtout de Malte (Malti ou Marikan), l’espèce de verroterie nommée maichca, la soie, de couleur, les clous de girofle, le sambel, les- boîtes à miroirs, les belles chachias, les essences de Tunis, le corail rouge, qui vaut à Tripoli de 140 il 150 rials la livre (91 fr. il 97 fr. 50 c.). 

Alun : On connaît dans le commerce six sortes d’alun, classées et dénommées d’après leur provenance et leur mode de fabrication. Ce sont l‘alun de Roche, ainsi appelé du nom de la ville de Roca en Syrie. On le nomme aussi alun de glace. C’est le premier qui ait été employé en Europe, où il est aujourd’hui devenu fort rare, grâce à la concurrence heureuse des aluns indigènes. Il est en masses incolores et transparentes, à cassure vitreuse.



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