Commerce, Economie, Géographie

Dictionnaire universel de la géographie commerçante

contenant tout ce qui raport à la situation et à l'étendue de chaque Etat commerçant ; aux productions de l'agriculture, et au commerce qui s'en fait, aux manufactures, pêches, mines, et au commerce qui se fait de leurs produits ; aux lois, usages, tribunaux et administrations du commerce ; au roulage, à la navigation, aux banques, compagnies de commerce, poids, mesures et monnaies ; au commerce d'exportation et d'importation ; au change, à la balance du commerce, aux colonies, etc.

Auteur(s) : PEUCHET Jacques

 à Paris, chez BLANCHON, libraire, rue Hautefeuille, n°14
 édition originale
  1798-1799
 5 vol
 In-quarto
 veau havane, dos lisse richement orné de dorures (filets, fleurons, ancres de marine, caducées, cornes d'abondance, navires), pièces de titre et de tomaison en maroquin rouge et vert


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Avocat de formation, Jacques PEUCHET se fait connaître comme assistant de l’abbé MORELLET, encyclopédiste et académicien, pour la rédaction de mémoires et de publications d’ordre économique, en particulier sur la Compagnie des Indes. Remarqué par CALONNE et LOMÉNIE de BRIENNE, il effectue pour leur compte, en 1787 et 1788, divers travaux et études. Il adhère avec enthousiasme à la Révolution et, en septembre 1789, devient un des six responsables du département de police de la commune de Paris, tout en menant de front une intense activité journalistique.

Fort de cette expérience, il rédige entre 1789 et 1791 un Dictionnaire de police et de municipalité qui fait partie intégrante du dictionnaire de jurisprudence de l’Encyclopédie méthodique, puis, en 1792, le dictionnaire Assemblée nationale constituante de la même encyclopédie. Modéré et attaché au principe d’une monarchie constitutionnelle, PEUCHET prend ses distances avec la Convention et fait montre, dans l’exercice de sa fonction, d’une grande indulgence envers les émigrés, les royalistes et les prêtres réfractaires.

Devenu suspect aux yeux du gouvernement, il est finalement destitué après le 18 fructidor et n’échappe que de justesse à la déportation. Rendu temporairement à la vie civile, il se consacre à plein temps à concrétiser un ancien projet : le Dictionnaire de géographie commerçante. Les cinq tomes sont publiés en l’an VII (l’avertissement du premier tome est daté du 8 vendémiaire) et en l’an VIII. Les années révolutionnaires commençant le 22 septembre, cela correspond à 1798-1799 (certains ouvrages les datent de 1799-1800).

Dès 1769, son ancien mentor, MORELLET, avait publié un prospectus dans lequel il se proposait de rédiger un nouveau dictionnaire de commerce, dans la lignée de celui des frères SAVARY des BRULONS (présent sur Dicopathe). Il avait déjà élaboré un plan et commencé, aidé de PEUCHET, à réunir les matériaux nécessaires à la rédaction de l’ouvrage. C’est ainsi qu’avant même d’entreprendre son dictionnaire PEUCHET dispose d’une base documentaire de départ disponible : « Collaborateurs de MORELLET dans le tems, nous avons pu avec son agrément, faire usage pour la rédaction de notre travail des mémoires que les intendants du commerce, les inspecteurs des manufactures, et quelques consuls envoyèrent. » Mais, loin de s’être contenté de “recycler” le projet de MORELLET, PEUCHET accomplit un considérable travail de recherche et de synthèse qui lui permet de présenter de nombreuses données récentes.

En raison des profonds bouleversements engendrés par la Révolution française, une des difficultés majeures rencontrées dans la rédaction de l’ouvrage consiste à prendre en compte des avancées et des nouveautés, tout en s’efforçant, dans un souci de continuité et d’intelligibilité, de conserver le lexique, la nomenclature et les appellations utilisées sous l’Ancien Régime. C’est ainsi que les noms des anciens diocèses, généralités, provinces sont cités en tant que “pays” et voisinent avec la nouvelle division administrative des départements et des cantons. Des tables d’équivalence portant sur les monnaies et les poids et mesures sont insérées dans le livre. Enfin les anciens règlements des manufactures sont produits comme sources d’informations ainsi que les lois récentes comme celle du 19 brumaire an VI.

Dans un long discours préliminaire de plus de cinquante pages, suivi d’une longue introduction de trois cent cinquante pages, PEUCHET fait le point sur la pensée économique de son temps en retraçant une histoire du commerce depuis l’Antiquité et en dressant un inventaire des progrès réalisés dans les domaines de l’agriculture, de la navigation et des manufactures. Il se pose clairement comme un partisan du libéralisme économique et se réfère à de nombreuses reprises à SMITH et à MONTESQUIEU. Dans son analyse il prend en compte des auteurs contemporains comme RAYNAL, ARNOULD, TURGOT, et rend un hommage appuyé à ROBERTSON, historien et géographe, qui a longuement disserté sur les questions économiques.

Témoins de l’exhaustivité du travail de recherche et de collecte effectué, les articles sont très détaillés et comportent de très nombreuses données chiffrées : prix, production, volumes échangés, droits douaniers, taux de change, etc. Certains articles constituent de véritables mémoires, comme par exemple celui consacré à la ville d’Alençon, qui présente une synthèse, tableaux à l’appui, de toute l’économie locale accompagnée d’une description très détaillée des haras et du commerce de la toile. Véritable petite encyclopédie et état des lieux documenté du commerce mondial à la fin de la Révolution française, le Dictionnaire de géographie commerçante s’avère d’emblée apprécié par les professionnels pour sa précision et ses informations pratiques. Il deviendra cependant obsolète quelques décennies plus tard avec, au XIXe siècle, le surgissement de la révolution industrielle et la mutation des systèmes de production et de transport qui engendreront le développement sans précédent des échanges commerciaux internationaux.

Grâce à l’appui de CHAPTAL, PEUCHET intègrera en 1801 le conseil du commerce et des arts, puis quittera cette fonction en 1805 pour devenir archiviste de l’administration des droits réunis. Sous la Restauration, il finira sa carrière comme archiviste de la préfecture de police de Paris. Toujours très productif, il publiera plusieurs livres et participera à des études statistiques. Il participera également à un ouvrage estimé : Statistique générale et particulière de la France et de ses colonies.

À la fin du cinquième tome, l’ouvrage comprend un index général bien utile.



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