Français (langue), Lexicographie

Dictionnaire rationnel des mots les plus usités en sciences, en philosophie, en politique, en morale et en religion

avec leur signification déterminée et leur rapport aux questions d'ordre social

Auteur(s) : DE POTTER Louis Antoine Joseph

 

DE POTTER Agathon

 Bruxelles et Leipzig, Auguste SCHNÉE, rue royale, impasse du parc, 2
 édition originale
  1859
 1 vol (348 p.)
 In-octavo
 demi-veau fauve, dos à nerfs, pièce de titre en maroquin violine


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Descendant d’une famille flamande anoblie, dont plusieurs membres ont été au service de l’Empereur d’Autriche, Louis Joseph Antoine DE POTTER connaît une jeunesse mouvementée. Lors de l’éclatement de la révolution brabançonne, il se voit contraint de fuir avec sa famille. De retour un an plus tard, il doit de nouveau, devant l’avancée des troupes françaises, prendre le chemin de l’exil avec les siens. Après un séjour forcé en Allemagne, la famille DE POTTER regagne Bruges, devenue chef-lieu d’un département français. Louis peut enfin se consacrer sereinement à ses études à Bruxelles, où il excelle dans les langues, la philosophie et l’histoire des religions.

Après un bref séjour en France, en 1811 il arrive en Italie pour s’établir à Rome où il va demeurer près de dix années. Fréquentant artistes et savants, il s’immerge dans les bibliothèques et les archives sans éveiller les soupçons des conservateurs et des autorités religieuses, qui ne se doutent pas du sens profond de ses investigations. En effet, il a patiemment entrepris d’élaborer un système de pensée destiné à saper les fondements de l’Église catholique.

En 1816, il fait publier à Bruxelles le livre  Considérations sur l’histoire des principaux conciles depuis les apôtres jusqu’au Grand Schisme d’Occident. Cet ouvrage, qui se présente comme une étude philosophique “impartiale” et objective de l’histoire de l’Église, est très mal accueilli par la papauté, car DE POTTER s’y revendique clairement en héritier des Lumières et ennemi du catholicisme, écrivant par exemple : “Qui ne voit que la religion romaine d’aujourd’hui n’a pas un seul rapport, pas un point de contact, avec la croyance et la discipline primitive des premiers chrétiens. “ Il récidive en 1821 avec  L’Esprit de l’Église ou Considérations sur l’histoire des conciles et des papes, depuis Charlemagne jusqu’à nos jours, qui se veut une  attaque en règle contre l’Église catholique.

Après un séjour à Florence, en 1823  DE POTTER regagne son pays natal où, malgré ses convictions, il se range dans l’opposition à la politique centralisatrice et anticatholique menée par le roi des Pays-Bas, GUILLAUME Ier. Un article initialement publié dans Le Courrier des Pays-Bas, et diffusé sous forme de brochure, lui vaut un procès qu’il transforme en véritable tribune politique. Emprisonné, il continue de sa cellule à favoriser la rébellion contre le pouvoir en place en appelant à l’union des libéraux et des catholiques, attitude qui lui vaut d’être banni du royaume en avril 1830. Son exil est de courte durée car la Belgique entre en insurrection le  25 août suivant. Le peuple bruxellois ayant chassé les troupes hollandaises le 27 septembre, il regagne dès le lendemain la nouvelle capitale, où lui est réservé un accueil triomphal.

DE POTTER devient un membre du gouvernement provisoire qui proclame l’indépendance le 4 octobre. Républicain convaincu, il s’oppose en vain à l’établissement d’une nouvelle monarchie et quitte ses fonctions gouvernementales en novembre, position qui lui vaut l’hostilité d’une partie de l’opinion publique. Mécontent de la tournure des événements, jugeant sa sécurité menacée, en 1831 il se retire à Paris, où il fraie avec les milieux républicains. Revenu à Bruxelles en 1838, il multiplie les publications politiques à l’adresse de ses compatriotes et tente de créer un nouveau courant d’opposition. Malheureusement pour lui, ayant perdu tout crédit, ses menées ne sont guère couronnées de succès.

En 1848, il publie La Réalité déterminée par le raisonnement, ouvrage dans lequel il expose des idées philosophiques teintées de socialisme. À la fin de ce livre, DE POTTER place un lexique de définitions d’une centaine de pages, qu’il publie isolément la même année sous la forme d’un opuscule intitulé ABC de la science sociale. C’est à partir de cet ouvrage, “refondu complètement et plus que quintuplé par les additions faites à presque tous les anciens articles et par l’adjonction de près de six cents articles entièrement nouveaux, ce qui porte le nombre de mots définis et commentés à environ treize cents”, qu’il élabore, avec l’aide de son fils Agathon, un Dictionnaire rationnel des mots les plus usités en sciences, en philosophie, en politique, en morale et en religion. Le livre, celui présenté ici, est publié à Bruxelles au cours de l’année 1859.

Dans son introduction, DE POTTER affirme, comme souvent par le passé, qu’il n’est pas athée, et il combat, au même titre que le dogmatisme religieux, le matérialisme qui, selon lui, ne peut engendrer que la résignation. Il se pose avant tout en philosophe, animé par le goût de la vérité et hostile à toute forme de fanatisme. Pour autant, il se lance dans un constat bien pessimiste, en déplorant qu’aucun courant de pensée ne lui semble exempt de préjugé ou de corruption. Ni le socialisme, ni le libéralisme, ni le conservatisme, ni aucune utopie politique ou sociale, “toutes également éléments de perturbation, causes de souffrance”, ne semblent trouver grâce à ses yeux. Pour lui, seule une “science sociale réelle” pourrait permettre d’établir une société basée sur la vérité et la “justice entière“, car “notre but est l’ordre par la raison, qui n’a pas été encore défini socialement“. Sa philosophie, parfois un peu absconse, est par moments difficile à comprendre : “Notre but est l’ordre par la substitution de l’état de connaissance et de justice, à l’état d’ignorance et de force, déguisée ou non, l’ordre par l’organisation du travail, de la propriété, de la société, mais seulement au moyen de l’organisation de l’instruction qui doit résulter de la découverte, de l’acceptation et de l’application de la vérité absolue.”  Selon le propre aveu de l’auteur, sa pensée a été fortement influencée par les idées du baron de COLINS, adepte d’un “socialisme rationnel”.

Ce livre, qui ne ressemble en aucun cas à un dictionnaire traditionnel, présente sous la forme d’un abécédaire les idées philosophiques, politiques et sociales de DE POTTER. Chaque “définition” donne lieu à un petit développement philosophico-moral, parfois embrouillé comme lorsque l’auteur s’attache à définir l’âme, qu’il conçoit comme un “sentir-même, mais non modifié, immuable ; mais hors du temps, dans l’éternité. Entre l’âme et l’homme, il y a la différence essentielle suivante : l’âme est l’individualité, l’unité même, la réalité ; l’homme est la personnalité, l’unité phénoménale. L’âme est la sensibilité pure, l’absolu indivisible, par conséquent éternelle, immatérielle ; l’homme a le sentiment de la vie, sentiment relatif à l’union d’une âme et d’un organisme, ayant un centre de mémoire, relatif au contact de l’homme avec ses semblables, sentiment complexe par conséquent et temporel, et dans ce sens matériel. L’individualité, l’âme demeure ; la personnalité, la vie sentie s’évanouit avec le mécanisme des organes“.

DE POTTER décède à Bruges en juillet 1859, l’année même de la publication de ce livre.

Quelques extraits

– Académie : réunion d’hommes qui sont ou se prétendent savants. Les académies sont actuellement des associations de vanité, s’assurant les unes les autres contre les vanités en dehors d’elles.

– Intolérance : il y a actuellement deux formes d’intolérance : l’une est relative à la foi, l’autre à la science. La première a pour sanction indispensable la force matérielle, le bourreau ; la seconde, la force morale, ou un raisonnement rationnellement incontestable.

– Interprète : l’interprétation de la doctrine, adaptée bien ou mal, ce n’est pas là la question, aux temps, aux lieux, aux circonstances, devient de cette manière la doctrine elle-même, qui, toujours sous le même nom, varie sans cesse et est constamment censée répondre aux variations des besoins. Là où il y a un interprète infaillible de la loi, il n’y a plus d’autre loi que sa parole, que sa volonté, c’est la loi incarnée, le pouvoir réel représenté par un homme.



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