Escrime, Armes

Dictionnaire raisonné d’escrime, ou Principes de l’art des armes

Ouvrage indispensable aux officiers, sous-Officiers, aux maîtres et prévôts d'armes des régiments, aux professeurs d'escrime des collèges et pensions, aux Praticiens, et généralement à toutes les personnes qui veulent enseigner ou apprendre cet art

Auteur(s) : EMBRY J.-A.

 Paris, chez A. COURCIER, libraire-éditeur, rue Hautefeuille, 9 ; Toulouse, chez BOMPARD, libraire, rue du Taur, 2 ; et chez les principaux libraires de France
 réimpression (l'édition originale est de 1856)
  1857
 1 vol (VI-370 p.)
 In-octavo
 demi-veau brun, dos à quatre nerfs, filets et motifs floraux dorés, pièce de titre de maroquin rouge
 portrait en frontispice de l'auteur, six planches hors-texte


Plus d'informations sur cet ouvrage :

C’est au cours du Moyen Âge classique qu’en Occident la pratique des armes blanches acquiert ses fondements théoriques avec l’apparition de maîtres d’armes et d’écoles spécialisées. D’une pratique guerrière apprise par instinct, le combat à l’épée se mue peu à peu en un véritable art martial régi par des règles et pratiqué par une aristocratie qui entend allier la vertu guerrière à la beauté du geste. Suite au développement de l’artillerie, les armures perdant progressivement de leur utilité, les armes s’allègent, permettant au combattant de gagner en maniabilité et de compter davantage sur l’habileté que sur la force pure.

À partir du XVe siècle, la rapière, dont la lame fine, longue et flexible, privilégie la rapidité et l’adresse, va peu à peu supplanter les lourdes épées traditionnelles. Cette arme maniable et légère est désormais facile à transporter sans nécessiter un équipement lourd et encombrant. Dès lors, la rapière, originaire d’Espagne, se répand en Europe à partir de l’Italie, qui se trouve être alors le grand champ de bataille du continent. Dès la Renaissance, un art de l’escrime, mot d’origine germanique, va pouvoir se développer et être codifié. Afin d’encadrer les entraînements, qui prennent la forme d’assauts, de parades et de ripostes, et éviter blessures et morts accidentelles, des règles strictes sont édictées et rédigées dans un langage spécifique.

La pratique de l’escrime non encore unifiée se partage entre plusieurs écoles, dont l’espagnole et l’italienne, cette dernière restant longtemps privilégiée en France, avant qu’en 1567 une Académie de maîtres d’armes n’y voie le jour. C’est au XVIe siècle que paraissent les premiers traités d’escrime, œuvres de théoriciens italiens. Au siècle suivant, une école française autonome se constitue, sous l’impulsion de maîtres d’armes comme le Sieur de LA TOUCHE, Jean-Baptiste LE PERCHE du COUDRAY et Charles BESNARD. Au XVIIIe siècle, c’est cette école française qui prendra l’ascendant sur les autres, grâce, en particulier, à un des ouvrages les plus complets, publié sur le sujet en 1766 : l’Art des armes, ou La manière de se servir le plus utilement de l’épée de Guillaume DANET.

Entretemps, l’escrime française adopte une arme très légère spécialement conçue pour l’entraînement et le duel, l’épée de cour, au moment même où le masque de protection fait son apparition. L’évolution vers une arme destinée à la salle d’escrime s’achève à la fin du siècle par l’avènement du fleuret, alors que d’autres armes, comme le sabre, conservent un usage prioritairement militaire.

Au cours du XIXe siècle, de nouveaux traités théoriques de référence sont publiés, en particulier ceux de Louis-Justin LAFAUGÈRE, l’escrime opérant dès lors une lente mutation pour devenir une discipline sportive. Quand sort, entre 1857 et 1859,  le Dictionnaire raisonné d’escrime, ou Principes de l’art des armes, le livre présenté ici, il est encore prioritairement destiné “aux officiers, aux maîtres et prévôts d’armes de régiment”, même si l’auteur précise qu’il convient également aux “professeurs d’escrime des collèges, aux patriciens, et… à toutes les personnes qui veulent enseigner ou apprendre cet art”.

Nous ne disposons que de peu d’informations biographiques sur J.-A. EMBRY, dont la page de titre nous apprend qu’il est l’auteur de divers ouvrages d’instruction publique”. Le portrait de l’auteur placé en frontispice s’accompagne d’un poème en vers de mirliton, qui salue “le vieux soldat opiniâtre auteur”, qualificatif qui explique le ton très “militariste” de ses commentaires et les fréquents éloges adressés à l’armée française.  Pour conférer une certaine expertise à un ouvrage qui résulte avant tout d’un patient travail livresque d’érudition, l’éditeur a placé en préambule un message d’approbation signé de MONSARRAT, maître d’armes à Toulouse. Pour être complet sur les duels, signalons qu’au fil du temps ils finiront par passer de mode, sans disparaître totalement puisque quelques joutes auront encore lieu jusqu’en 1967.

Dans notre ouvrage, l’escrime est décrite comme un “exercice du corps” particulièrement recommandé pour “développer ses forces, donner de la grâce à ses mouvements, de la souplesse à ses muscles, de la précision, de la rapidité au coup d’œil”. La valeur sportive et hygiénique de la pratique de l’escrime y est d’ailleurs mise en valeur sous la plume de professeurs de la faculté de médecine.

Comme annoncé en préface, ce livre se veut avant tout une synthèse élaborée à partir d’auteurs anciens et modernes, avec le concours de professeurs renommés. Il se compose de quatre parties réparties en deux tomes : d’abord une histoire de l’art de l’escrime depuis l’Antiquité, puis une analyse raisonnée du duel dans l’histoire de France, qui permet à l’auteur de revenir sur son histoire pour en condamner l’abus, mais aussi pour souligner son rôle dans la création de l’escrime moderne. Suivent un traité théorique sur l’art des armes et enfin le dictionnaire proprement dit. Dans ce dernier, EMBRY se targue d’y avoir inséré des “considérations d’ordre moral et de conservation personnelle, et cela sans que nous sortions des bornes tracées par les lois de l’honneur et de la société”.

Par la suite, l’escrime deviendra un sport à part entière. En 1870, des matinées d’escrime seront organisées à l’Elysée ainsi que dans le pays de fréquents galas de démonstration entre maîtres italiens et maîtres français. En 1896, lors des premiers Jeux olympiques, trois épreuves d’escrime (épée, sabre et fleuret) sont programmées. En novembre 1913, la Fédération internationale d’escrime (FIE) est créée, sous l’impulsion du Français René LACROIX. Les règlements du fleuret et de l’épée sont écrits par les Français CHASSELOUP-LAUBAT et PRÉVOST ; celui de sabre ayant été rédigé par le Hongrois BELA NAGY. Il en résultera que le français sera choisi pour être la langue officielle utilisée lors des rencontres internationales d’escrime.



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