Chirurgie, Médecine

Dictionnaire portatif de chirurgie

ou tome III du Dictionnaire de santé.‎Contenant toutes les connoissances tant théoriques que pratiques de la Chirurgie ; le détail & les usages des meilleurs instruments, avec la figure des plus usités ; le manuel des opérations Chirurgicales, mais même des personnes charitables de Province, qui voudront être utiles aux pauvres. Le tout traité d'après les préceptes des plus grands maîtres, & les ouvrages les plus estimés

Auteur(s) : SUE Pierre

 à Paris, chez Joseph BARBOU, rue des Mathurins
 seconde édition, revue & augmentée (la première date de 1771)
  1777
 1 vol. (VIII-740 p.)
 In-douze
 cuir sombre, dos lisse avec filets et motifs dorés


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Après avoir suivi son père médecin dans un long périple en Asie, Charles-Augustin VANDERMONDE arrive à Paris en 1731. Il suit des études de médecine sanctionnées par un diplôme qu’il obtient en 1750. La postérité retiendra surtout ses Essais sur la manière de perfectionner l’espèce humaine qui le font connaître comme un promoteur de l’eugénisme. Il est également l’auteur d’un Dictionnaire portatif de santé en deux tomes, publié pour la première fois en 1759, qui sera suivi de plusieurs rééditions. Sans qu’on en connaisse la raison, il tient à rester anonyme et ne figure pas comme auteur sur la page de titre. Le piquant de l’affaire est que, en qualité de censeur royal, il procédera à l’examen de son propre livre, et tout permet de penser que son avis ne fut pas défavorable !

En 1771 Pierre SUE se propose de donner un complément au dictionnaire à succès de VANDERMONDE, qui en est alors à sa quatrième édition ; son livre prendra la forme d’un Dictionnaire portatif de chirurgie. Membre d’une véritable dynastie de chirurgiens, en 1762 Pierre SUE succède à son père Jean comme chirurgien de la ville de Paris. En 1767 il devient professeur et démonstrateur à l’École pratique de médecine où il doit collaborer, souvent de manière orageuse, avec Pierre LASSUS. Ce n’est que tardivement, avec la rédaction de ce dictionnaire, qu’il se met à l’écriture, entamant dès lors une carrière d’auteur éclectique souvent dans des domaines autres que celui de la médecine ; il collaborera en particulier à des ouvrages d’art et d’histoire. Auteur d’un livre initialement destiné à servir de supplément au Dictionnaire portatif de santé, SUE précise : « Il ne faut croire qu’il lui soit inséparablement lié ; on peut le considérer comme faisant à lui seul une partie essentiellement distincte, qui embrasse tout ce qui concerne les connoissances, tant théoriques que pratiques, de la chirurgie. »

Les notices sont claires, plutôt concises et dépourvues de termes trop techniques. C’est ainsi qu’en le lisant le commun des mortels peut découvrir le sens d’hydrophysocèle, de rhaphanedon et d’embryulcie sans avoir à en déchiffrer l’étymologie. Comme pour tout dictionnaire portatif qui se respecte, son objectif premier vise la vulgarisation d’un lectorat qui n’est pas celui des praticiens et des professionnels. L’auteur le reconnaît sans ambiguïté, n’hésitant pas à présenter son livre comme un petit « manuel de premier secours », dans lequel se trouvent décrites des interventions simples, des outils basiques de diagnostic et des soins qui relèvent de ce qui se définit alors comme la “médecine domestique” : « Nous avons fait en sorte que son utilisation s’étendît à tout le monde, mais principalement à ceux qui, trop éloignés des villes, ne peuvent trouver chez eux les ressources chirurgicales dont on jouit aisément dans les villes. » Il s’agit de venir en aide aux accompagnants pour leur permettre de dispenser des soins d’urgence et d’avoir les bons réflexes, par exemple pour réduire une fracture ou nettoyer une plaie. Mais bien sûr, pour les cas plus sérieux, l’auteur n’encourage pas la pratique non professionnelle de la chirurgie. Quoi qu’il en soit, ce dictionnaire connaîtra une large diffusion et sera suivi en 1777 par une deuxième édition, celle présentée ici, et une troisième en 1788.

SUE recense très soigneusement les différents types de plaies et de bandages, se référant volontiers au traité écrit par son oncle Jean-Joseph sur le sujet. Il passe en revue les multiples types de fractures, d’ulcères, de luxations, d’abcès, d’œdèmes et de polypes. Il s’attarde longuement sur les hernies, auxquelles il consacre 36 pages de descriptions. Nous pouvons nous étonner que certains maux décrits ne semblent pas relever de la chirurgie, telles les piqûres de guêpe soignées avec de l’urine chaude, mais il faut se souvenir que le chirurgien fait alors figure de médecin polyvalent en contact direct avec le patient, se distinguant de certains médecins théoriciens attachés aux auteurs anciens qui parfois refusent tout contact direct avec le malade.

De larges chapitres sont consacrés à l’ophtalmie et à l’“odontechnie” pratique pour laquelle l’usage de la lime est recommandé « pour diminuer la longueur des dents qui excèdent les autres, ou pour séparer celles qui sont trop serrées ». La lecture de la partie réservée à l’accouchement nous rappelle à quel point cet acte était périlleux pour la vie de la mère et de l’enfant. La grossesse et l’accouchement étaient alors l’une des premières causes de mortalité féminine, aussi bien pendant l’acte lui-même que par la suite, avec son lot de fièvres, d’hémorragies et d’infections. Un long chapitre est consacré au bec-de-lièvre et à la manière de l’opérer, acte que SUE semble particulièrement bien connaître puisqu’il détaille sa pratique, ne se privant pas de critiquer celle de ses collègues.

Les instruments médicaux et les prothèses font également l’objet de longs développements, mais le livre souffre malgré tout du principal défaut des dictionnaires médicaux portatifs du XVIIIe siècle : l’absence, pour des raisons de coût, de planches, de schémas et de tables anatomiques.

Relevons au passage quelques anecdotes curieuses, comme celle-ci : « On étoit autrefois dans l’usage, dès que le lait commençoit à monter, de faire tetter les femmes accouchées par des personnes accoutumées à cet emploi. Cet usage salutaire, par lequel on diminuoit la cause de la fièvre, par lequel on prevenoit les abcès au sein, est malheureusement proscrit aujourd’hui ; aussi les femmes en couche sont-elles exposées à nombre d’accidents inconnus jusqu’à nos jours. » Moderne ou conservateur selon les sujets, SUE ne semble guère troublé par la pratique, alors massive et abusive, de la saignée. Par ailleurs il recommande l’usage thérapeutique des boues tout en combattant la pratique de la suture qu’il considère abusive et néfaste.

L’Académie de chirurgie ayant été supprimée par le Révolution, SUE intègre en 1794 la nouvelle École de santé comme bibliothécaire et professeur de bibliographie. Il se tournera alors vers la médecine légale et reprendra ses publications, dont une Histoire du galvanisme qui connaîtra un beau succès.



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