Occultisme, Démonologie, Esotérisme, Superstitions

Dictionnaire infernal

ou Bibliothèque universelle sur les êtres, les personnages, les livres, les faits et les choses, qui tiennent aux apparitions, à la magie, au commerce de l'enfer, aux divinations, aux sciences secrètes, aux grimoires, aux prodiges, aux erreurs et aux préjugés, aux traditions et aux contes populaires, aux superstitions diverses, et généralement à toutes les croyances merveilleuses, surprenantes, mystérieuses et surnaturelles

Auteur(s) : COLLIN de PLANCY Jacques Albin Simon

 Paris, à la Librairie universelle de P. MONGIE aîné, boulevart des Italiens, n°10
 deuxième édition entièrement refondue
  1825-1826
 4 vol : tome 1. A-B (XXIV-483 p.), tome 2. C-E (491 p.), tome 3. F-L (493 p.), tome 4. K-Z (559 p.)
 In-octavo
 demi-chagrin noir, plats en cartonnage avec couverture marbrée, dos à cinq nerfs, titres et tomaisons en lettres dorées
 gravures, frontispice représentant la Superstition foulant au pied la Raison, l'Humanité et la nature par DELIGNON d'après Sébastien LE ROI


Plus d'informations sur cet ouvrage :

À l’issue de ses études, Jacques Albin Simon COLLIN de PLANCY vient se fixer à Paris pour se lancer dans une carrière littéraire. Très vite son attention va se porter sur l’étude des pratiques magiques et de la démonologie. Anticlérical, libre-penseur, républicain militant et agnostique, il entend combattre la superstition au sens large. C’est ainsi qu’il lance cet appel : « Achevons donc d’écraser la superstition en la poursuivant dans tous ses réduits ; tirons le rideau qui conserve ses fastes ; découvrons à tous les yeux ce qu’elle a produit ; combattons l’ignorance et l’erreur ; conservons à notre siècle, son beau nom de siècle de lumières ; dévoilons la vérité ; signalons le mensonge ; et répétons à toute la terre que l’homme ne s’élève point à Dieu par la crainte et le culte absurde, que le méchant, qui l’honore avec un sentiment d’effroi, ne peut se flatter de lui plaire, et qu’un père ne demande à ses enfants que leurs cœurs et leur amour. »

Le Dictionnaire infernal, en deux tomes, est publié pour la première fois en 1818 et, selon son auteur lui-même, le public « s’est montré d’une bienveillance extrême ». Une seconde édition est rapidement projetée chez même éditeur ; c’est celle qui est ici présentée en quatre volumes édités en 1825 et 1826. Son contenu est développé, corrigé et surtout réaménagé pour créer de nouveaux articles à partir de longs développements de l’édition précédente. À la fin du quatrième tome, une série de lithographies est ajoutée, parmi lesquelles on reconnaît des planches de physiognomonie, des sabbats de sorcières d’après TENIERS, et la reproduction des supposés pactes sataniques d’Urbain GRANDIER, dont une curieuse lettre rédigée à l’envers, censée avoir été rédigée par BELZÉBUTH.

La démonologie et la sorcellerie, sujets “phares” du Dictionnaire infernal, ont beaucoup contribué à sa renommée jusqu’à nos jours. Pour bâtir ses démonstrations et illustrer son propos d’exemples concrets et de cas judiciaires, COLLIN de PLANCY s’appuie sur de multiples sources du XVIe et du XVIIe siècle, grande époque de la chasse aux sorcières en Europe. Il puise abondamment dans des manuels d’inquisiteurs et de démonologues, en particulier ceux de BODIN, DELANCRE, CALMET, LE LOYER et BOGUET. Pour faire le portrait des créatures légendaires et mythologiques ou décrire la hiérarchie du monde infernal, il s’appuie sur un ouvrage de référence : le Pseudomonarchia daemonum de WEYER (ou WIER). Signalons au passage que cet auteur s’est engagé dans la défense des sorcières en attribuant au phénomène des causes médicales et psychologiques.

L’auteur le rappelle inlassablement : au-delà des démons et des sorciers, son domaine est plus vaste puisqu’il s’étend à l’ensemble des croyances “superstitieuses”. Ce terme, pris au sens très large, englobe en vrac « la métoscopie, la crânologie, le magnétisme animal, la baguette divinatoire, les horoscopes, la cartomancie, les songes, les moyens de dire la bonne aventure, l’art de gagner à la loterie, les préjugés, les erreurs populaires, les fausses opinions, les superstitions remarquables, les pronostics, le nouement de l’aiguillette », etc. Pour alimenter son propos, il se réfère à des ouvrages écrits par des religieux, lesquels n’ont eu de cesse de dénoncer les croyances et les superstitions populaires et païennes. Les descriptions concernant cette abondante matière se situent à la croisée de la magie, de l’anthropologie, du folklore et de la psychologie. COLLIN de PLANCY a été précédé sur ce sujet par l’abbé THIERS et le père LEBRUN. Les livres de recettes “magiques”, le Petit Albert et le Grand Albert, largement diffusés par colportage dans les campagnes, constituent également pour lui des sources auxquelles il recourt.

En 1841, COLLIN de PLANCY se convertit officiellement au catholicisme. Cette annonce inattendue est assortie d’un projet de révision de son œuvre : « Je dois surtout l’annoncer à ceux qui ont lu les livres coupables dont je suis l’auteur. Donc, je condamne et foule aux pieds tout ce que j’ai écrit contre la foi et les mœurs… Je demande à Dieu, de tout mon cœur, la grâce de vivre et de mourir en digne chrétien, dans la foi de la Sainte Église catholique, apostolique, romaine, me proposant, avec l’aide de Dieu, d’employer désormais tous mes efforts à réparer, autant que je le pourrai, dans mes nouveaux écrits, le mal que j’ai fait durant les longues et folles années de mes égarements. »

La troisième édition qui sort en 1844 reçoit l’approbation de l’archevêque de Paris et subit de nombreuses modifications. “Croyances” devient ainsi “fausses croyances”, “sciences secrètes” devient “sciences occultes”. Bien qu’édulcorées et révisées, les éditions suivantes connaissent toujours un beau succès. La sixième édition, publiée en 1863, intègre près de 550 gravures supplémentaires, le plus souvent prélevées dans l’Almanach prophétique, pittoresque et utile, propriété de PLON, son éditeur. Dues à Louis BRETON, et rendues célèbres grâce à ce livre, ces lithographies de démons (pas moins de 72 portraits), de sorcières et de créatures fantastiques sont désormais étroitement liées au Dictionnaire infernal.

COLLIN de PLANCY est l’auteur de plus de deux cents ouvrages recensés dans des domaines très divers comme par exemple le Dictionnaire féodal (présent sur Dicopathe), mais, si sa célébrité perdure jusqu’à aujourd’hui, il la doit avant tout à ses travaux dans le domaine de l’occultisme et de la sorcellerie. En dépit d’une volonté initiale de lutter contre le folklore surnaturel, il entrera dans la postérité en tant qu’auteur du Dictionnaire infernal.

Cet exemplaire provient de la bibliothèque de l’écrivain et poète Marcel SCHWOB.

QUELQUES ARTICLES DU DICTIONNAIRE INFERNAL

Extrait de l’article Vampires (texte intégral ici)

« On disait que ces vampires, ayant continuellement grand appétit, mangeaient aussi les linges qui se trouvaient autour d’eux ; on ajoutait que, sortant de leurs tombeaux, ils allaient la nuit embrasser violemment leurs parents ou leurs amis, à qui ils suçaient le sang, en leur pressant la gorge pour les empêcher de crier. Ceux qui étaient sucés s’affaiblissaient tellement qu’ils mouraient presque aussitôt. Ces persécutions ne s’arrêtaient pas à une personne seulement ; elles s’étendaient jusqu’au dernier de la famille ou du village (car le vampirisme ne s’est guère exercé dans les villes), à moins qu’on en interrompît le cours en coupant la tête ou en perçant le cœur du vampire dont on trouvait le cadavre mou, flexible, mais frais, quoique mort depuis très longtemps. Comme il sortait de ces corps une grande quantité de sang, quelques-uns le mêlaient avec de la farine, pour en faire du pain : ils prétendaient qu’en mangeant ce pain ils se garantissaient des atteintes du vampire. »

Extrait de l’article Grossesse

« On a cru longtemps à Paris qu’une femme enceinte qui se regarde dans un miroir croit voir le diable ; fable autorisée par la peur qu’eut de son ombre une femme grosse, dans le temps qu’elle s’y mirait, persuadée par son accoucheur qui lui dit qu’il était toujours dangereux de se regarder enceinte. On assure aussi qu’une femme grosse qui regarde un cadavre, aura un enfant pâle et livide. »

Extrait de l’article Siffler le vent

« Cette coutume de siffler pour appeler le vent est une de nos superstitions nautiques, qui, malgré son absurdité, s’empare insensiblement, aux heures de calme, des esprits les plus forts et les plus incrédules ; autant vaudrait raisonner avec la brise capricieuse elle-même que d’essayer de convaincre le matelot anglais que, le vent soufflant où il lui plaît et quand il lui plaît, il ne sert à rien de l’invoquer. En dépit de la marche des intelligences, lorsque l’air manque à la voile, toujours le matelot sifflera. »

Extrait de l’article BELLOC (Jeanne)

« Sorcière du pays de Labourd, prise à vingt-quatre ans, sous Henri IV. Pierre DELANCRE, qui l’interrogea, dit qu’elle commença d’aller au sabbat dans l’hiver de 1609 ; qu’elle fut présentée au diable, dont elle baisa le derrière, car il n’y avait que les notables sorcières qui le baisassent au visage. Elle conta que le sabbat est une espèce de bal masqué où les uns se promènent en leur forme naturelle, tandis que d’autres sont transmués en chiens, en chats, en ânes, en pourceaux et autres bêtes ; qu’ils se rapetissent ou se grandissent à leur gré, par des moyens qu’elle ignore. »

Extrait de l’article ASTAROTH

« Grand-duc très-puissant aux enfers. Il a la figure d’un ange fort laid, et se montre chevauchant sur un dragon infernal ; il tient à la main gauche une vipère. Quelques magiciens disent qu’il préside à l’Occident, qu’il procure l’amitié des grands seigneurs, et qu’il faut l’évoquer le mercredi… Celui qui le fait venir doit prendre garde de s’en laisser approcher, à cause de son insupportable puanteur. C’est pourquoi il est prudent de tenir sous ses narines un anneau magique en argent, qui est un préservatif contre les odeurs fétides des démons. »

Extrait de l’article Verrues

« On peut se délivrer des verrues, dit le Petit Albert, en enveloppant dans un linge autant de pois qu’on a de verrues, et en les jetant dans un chemin, afin que celui qui les ramassera prenne les verrues et que celui qui les a en soit délivré. Cependant voici un remède plus admirable pour le même objet : c’est de couper la tête d’une anguille vivante, de frotter les verrues et les porreaux, du sang qui en découle ; puis on enterrera la tête de l’anguille, et, quand elle sera pourrie, toutes les verrues qu’on a disparaîtront. »



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