Histoire, Biographies

Dictionnaire historique

ou Biographie universelle des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, depuis le commencement du monde jusqu'à nos jours

Auteur(s) : FELLER François-Xavier de, HENRION Mathieu Richard Auguste

 Paris, Paul MEQUIGNON, rue Belle-chasse, n°6 ; A. JEANTHON, libraire-éditeur, ex-gérant du dépôt de MM. PERISSE frères, place Saint-André-des-arts, n°11
 huitième édition, augmentée de plus de 1.500 articles intercalés par ordre alphabétique
  1832-1835
 20 vol
 In-octavo
 demi-basane rouge, dos lisse, titre et tomaison en lettres dorées


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L’auteur du dictionnaire, François-Xavier de FELLER, appartient à la Compagnie de Jésus. Après avoir enseigné à Luxembourg et à Liège, il est envoyé comme professeur de théologie à Tyrnau, dans le royaume de Hongrie. En 1771, de retour à Liège, il reçoit la prêtrise, mais, après la dissolution de son ordre en 1773, il ne se consacre plus désormais qu’à l’écriture. Dès l’année suivante, il se fait connaître en dirigeant la publication du Journal historique et littéraire de Luxembourg, diffusé dans toute l’Europe. Il entreprend également une œuvre prolifique et variée, de laquelle émergent un Dictionnaire géographique, qui se révèle être une version remaniée et augmentée du Dictionnaire géographique portatif de l’abbé VOSGIEN, et un Catéchisme philosophique, publié sous le pseudonyme de FLEXIER de REVAL, dans lequel il se pose en défenseur de la foi en adoptant des positions conservatrices et ultramontaines.

L’œuvre majeure de FELLER reste son Dictionnaire historique, publié en 1781, plus connu par son sous-titre de Biographie universelle. Dès sa sortie, le livre fait polémique. En effet il apparaît rapidement et de manière évidente que FELLER a repris, sans accord préalable de l’intéressé, une très grande partie du dictionnaire de dom CHAUDON qui lui-même entendait corriger ceux de LADVOCAT et de BARRAL. Une accusation de plagiat pur et simple est donc immédiatement formulée contre lui par CHAUDON qui écrit en préambule de sa cinquième édition de 1783 : « On ne se contente pas aujourd’hui de s’emparer d’un ouvrage ; on le remplit de fautes en annonçant des corrections, on le défigure, et d’une production impartiale et équitable on fait un livre rempli de déclamations et de faux jugements. »

Il convient donc de distinguer d’emblée les articles recopiés des articles “originaux” réellement écrits par FELLER, lequel revendique une œuvre clairement partisane au service d’une intransigeante défense de la foi et du pouvoir catholique. Dès la préface il n’hésite pas à démolir ses prédécesseurs. Sous sa plume, le dictionnaire de MORÉRI * devient « embarrassant par sa masse », ajoutant qu’il « est tombé dans un discrédit mérité, par l’incurie ou l’impéritie des rédacteurs, et la multitude incroyable de fautes en tout genre qui en sont une suite inévitable ». Dans le même ordre d’idées, le travail de LADVOCAT est décrit comme « dénaturé » au fil des éditions, l’œuvre de BARRAL et sa “Société de convulsionnaires relève du « martyrologue de secte », et le dictionnaire de CHAUDON lui-même fait figure d’« assemblage monstrueux », qui contribue « à la fatale révolution qui se fait dans les idées humaines ».

Sans faux-semblant, FELLER désigne d’emblée les adversaires contre lesquels il entend exercer sa verve : les protestants, les jansénistes, et de manière générale « la morgue philosophique ». Il s’affirme en effet comme un ennemi résolu de ce qu’il appelle le “philosophisme”, terme général qui englobe l’esprit des Lumières, la philosophie moderne, les tenants du matérialisme et de la supériorité de la science, ainsi que les Encyclopédistes, en bref tous ceux qu’il suspecte de vouloir saper les bases de la religion chrétienne et la puissance de l’Église catholique.

On peut citer, comme exemples d’attaques en règle, les articles consacrés à D’ALEMBERT, VOLTAIRE, DIDEROT, JEANNE d’ALBRET, HELVÉTIUS, BAYLE, ou encore CALVIN. Ce dernier se voit décrit comme le créateur d’un « culte nu et dépouillé de tout » qui a été « un appât pour les esprits vains qui croyaient par ce moyen s’élever au-dessus des sens et se distinguer du vulgaire ». Les défenseurs de la “vraie foi” sont bien sûr l’objet de toutes les louanges, ce qui explique une surreprésentation dans l’ouvrage des jésuites et des religieux de tous ordres.

Un siècle plus tard, LAROUSSE résume assez justement le parti-pris de ce dictionnaire : « La partialité de FELLER pour la religion lui fait transformer souvent en génies supérieurs des personnages qui n’avaient eu d’autre mérite que celui de porter une robe de jésuite, tandis qu’il métamorphose en pygmées des hommes d’un incontestable talent, pour peu qu’ils aient été entachés de jansénisme, ou qu’ils aient partagé les idées philosophiques du dix-huitième siècle. » Pour autant, malgré sa morale rigide et son intolérance assumée, il est indéniable que FELLER rédige brillamment ses articles et recourt à une multitude d’extraits et de citations pour étayer son propos.

Opposé aux idées novatrices de JOSEPH II, FELLER s’implique par la suite dans la Révolution brabançonne. Il est par la suite contraint à l’exil et, fuyant en 1794 l’avancée des troupes françaises, finit par se fixer à Ratisbonne où il décède en 1802.

Le Dictionnaire historique rencontre auprès d’un public catholique et conservateur un succès dont témoignent les multiples rééditions et les nouvelles éditions augmentées publiées avant et après la mort de l’auteur. En 1818, un supplément, par la suite fondu dans l’ensemble, est adjoint à l’ensemble, assorti d’une longue chronologie de l’histoire universelle. L’éditeur MÉQUIGNON, déjà responsable des édition augmentées de 1821-1824 et de 1827, confie à Mathieu Richard Auguste HENRION le soin de compléter et d’“actualiser” le dictionnaire de FELLER pour l’“harmoniser avec le siècle”. Plus de 1 500 articles sont ainsi intercalés dans le dictionnaire, les ajouts étant signalés par un astérisque ou des crochets. À partir du onzième tome, la publication est reprise par JEANTHON. On peut signaler que FELLER lui même fait l’objet d’une longue notice biographique dans le tome huit.

La carrière de ce dictionnaire historique ne s’achève pas là, puisqu’une huitième édition concurrente est publiée à Besançon et qu’une autre, augmentée de 3 000 articles rédigés par PÉRENNÈS, est également publiée à Paris dès 1833. Cette dernière version prendra l’ascendant sur les autres et finira par devenir celle de référence. Beaucoup d’auteurs parlent alors du “Feller-Pérennès” pour désigner un ouvrage devenu une œuvre collective au fil des années. Une ultime version corrigée par l’abbé SIMONIN voit enfin le jour en 1867.

Extraits

*DIDEROT : « Il faut convenir cependant que la plupart des ouvrages de DIDEROT ne sont pas dangereux, parce qu’on ne les lit pas. Pour les lire, il faudrait les entendre, et il est constant aujourd’hui que l’auteur ne s’entendait pas lui-même en les composant. Il y a beaucoup d’apparence que la chaleur de cet écrivain était dans sa tête plutôt que dans son âme, et qu’il n’affectait dans ses livres, comme dans son langage, ce ton d’énergumène, que pour en imposer à la multitude. Sa prétendue sensibilité ne s’exprimait que par des hurlements et des convulsions. »

*BUFFON : « Peintre et secrétaire de la nature, BUFFON eût été moins célèbre si, contre son intention, il n’avait dessiné les plans de création où le matérialisme et le fatalisme ont cru trouver des appuis à leurs systèmes. L’étude de la physique et de l’histoire naturelle est peut-être plus dangereuse que tout autre pour les esprits présomptueux, par les faux systèmes auxquels elle donne particulièrement lieu : systèmes qui ne sont rien moins qu’indifférents à la science religieuse et à la morale. »

*BAYLE : « Un de ses principaux artifices est d’attaquer les vérités les plus capitales en tout genre, par les erreurs que l’ignorance y a mêlées. En montrant qu’on les a mal soutenues, il croit les avoir renversées. »

*BEAUMONT (Christophe de) : « Tout le monde sait de quelle manière il se conduisit dans ce poste délicat [archevêque de Paris], par quel mélange de douceur et de fermeté son zèle s’opposa tantôt aux progrès alarmants de l’impiété, tantôt aux artifices d’une secte [les jansénistes] d’autant plus redoutable au repos de l’Église, qu’elle s’opiniâtra (sic) à rester en apparence dans son sein pour la déchirer d’une manière plus sûre. »



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