Histoire de France, Géographie de la France, Démographie, Organisation administrative de la France

Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France

Auteur(s) : EXPILLY Jean-Joseph (abbé)

 A Paris, chez DESAINT et SAILLANT, libraires, rue Saint-jean-de-Beauvais, BAUCHE, libraire, quai des Augustins ; Chez JOLY, imprimeur-libraire, à Avignon ; HENRY, libraire, à Nancy (tome 1). A Amsterdam et se trouve à Paris , chez DESAINT & SAILLANT, BAUCHE, HERISSANT, DESPILLY, NYON (tome 2 et 3), LECLERC, PISSOT (tomes , 4, 5 et 6)
 édition originale
  1762-1770
 6 vol : Tome 1. A-B (882 p.), Tome 2. C-E (816 p.), Tome 3. F-K (956 p.), Tome 4. L-M (992 p.), Tome 5. N-P (1064 p.), Tome 6. Q-S (1068 p.)
 In-folio
 basane marbrée fauve, dos à six nerfs, caissons ornés de fleurons dorés, filets à froid encadrant les plats, tranches rouges
 bandeaux décoratifs, bandeaux historiés par INGRAM d'après BOUCHER, BRICHET, BAUMES, BELLON d'après SAUVANT, BIDAULT, culs-de-lampe


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Profitant de ses fonctions diplomatiques et ecclésiastiques, l’abbé Jean-Joseph EXPILLY sillonne la France et l’Europe méridionale. Chemin faisant, il accumule notes et observations personnelles au fil de ses pérégrinations. Passionné de géographie, il publie dès 1748 une Cosmographie divisée en cinq parties et, en 1757, le Géographe manuel qui lui assure une certaine renommée. Englobant « la description de tous les païs du monde », ce titre sera réédité et augmenté à plusieurs reprises. Fort de ses succès et de sa réputation, il entreprend une description générale de la France qui donnera naissance au Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules et de la France, ici présenté. L’emploi du mot “Gaules” dans le titre lui permet d’intégrer à l’ensemble les enclaves et territoires souverains de Lorraine, du Barrois, de la Dombes et du Comtat venaissin.

Afin d’assurer la publicité de son ouvrage, EXPILLY revendique de prestigieuses demandes de souscription dont la longue liste figure au début de chaque tome. Les noms du roi du Danemark, d’Espagne, de Pologne ou de Suède voisinent avec ceux d’ecclésiastiques, de militaires ou de hauts fonctionnaires. Il semble cependant qu’à plusieurs reprises il ait, gratuitement et de sa propre initiative, adressé le premier tome à ces personnalités, dans le simple but de pouvoir faire mention de leur soutien.

La publication de ce dictionnaire s’avère longue et entrecoupée de difficultés. D’emblée, un conflit oppose l’auteur à BAUCHE, un de ses distributeurs parisiens. En effet celui-ci objecte que l’ouvrage est un plagiat du Dictionnaire universel de SAUGRAIN (présent sur Dicopathe) dont il vient d’obtenir le privilège. Une procédure s’ensuit qui bloque la distribution pendant de longs mois. Puis, imprimé à Avignon alors territoire pontifical, l’ouvrage tombe en décembre 1762 sous le coup d’une saisie administrative ordonnée par le vice-légat du Saint-Siège. En effet EXPILLY, dans son article consacré au Rhône, affirme que le lit du fleuve, frontière naturelle entre la France et l’enclave d’Avignon, est possession pleine et entière du roi de France, ravivant ainsi un vieux sujet de discorde entre les deux États souverains. Le litige se résout par la correction du manuscrit et l’apposition de cartons rectificatifs sur les exemplaires déjà imprimés.

EXPILLY est en butte à des difficultés financières qui l’empêchent de régler à bonne date créanciers et imprimeurs. Sous le couvert d’une édition réalisée à Amsterdam, le deuxième tome ne voit le jour qu’en 1764, la sortie des suivants s’échelonnant jusqu’au cinquième qui paraît en 1767. Alors que le sixième tome est achevé, la propriété et la direction de l’ouvrage sont cédées, dans des circonstances mal connues, à un certain BISCARRAT qui, avec l’assistance d’EXPILLY, entreprend de publier ce nouveau volume. Avignon étant depuis un an annexée à la France, l’autorisation royale, désormais requise pour la publication du nouveau tome, se voit refusée. Certains spécialistes expliquent cette difficulté, mais sans preuve irréfutable, par une manœuvre des physiocrates, en profond désaccord avec les considérations populationnistes d’EXPILLY.

Le sixième tome sortira finalement en dépit de ces obstacles, mais il est aisé de supposer que les soucis d’argent et les aléas de la parution expliquent que l’aventure se termine là et que le dictionnaire restera définitivement inachevé. En effet le sixième volume se clôt avec la lettre S à Symeyrols, mais sans inclure les noms débutant par “Saint” et “Sainte”, ce qui représente un nombre important de localités et de contrées.

Plus ou moins développées selon l’importance des localités, les notices regroupent les diverses informations administratives, ecclésiastiques, commerciales et historiques. La définition du chef-lieu d’une élection inclut une liste récapitulative des paroisses, des bailliages et des feux. Les données démographiques produites et l’interprétation qu’en donne EXPILLY constituent une mine de renseignements qui retiendront par la suite l’attention des historiens, des géographes et des statisticiens.

Au chapitre “France”, il fait l’éloge des “dénombrements” de la population, qui se sont multipliés sous le règne de LOUIS XIV, sous l’action de COLBERT et de VAUBAN. Il y donne aussi des conseils pour en faire un outil permanent et efficace au service du pouvoir royal. Sur un plan démographique, EXPILLY conclut : « Quant à la population du royaume, nous l’avons suivie non seulement province par province, mais également par bailliages, par élections & même par communautés. D’après cette méthode que nous croyons plus sûre & plus exacte qu’aucune autre, nous avons trouvé que le royaume est plus peuplé qu’on ne le pense communément, au moins de deux millions d’âmes. »

Auparavant, la méthode de recensement la plus utilisée consistait à se référer au nombre de feux enregistrés dans les états d’affouagement, la population d’un feu étant ordinairement fixée à quatre personnes, soit une famille “moyenne”. Mais cette méthode statistique se heurtait à la diversité des situations selon les provinces. La notion juridique du “feu” ne recouvrait pas la même réalité dans tout le royaume, et son nombre était sous-évalué dans certaines provinces comme la Provence, la Bretagne ou le Dauphiné. De même dans certaines grandes villes, la ville de Lyon ne comptant, par exemple, que 7 780 feux enregistrés. L’article “Feu” donne à l’auteur l’occasion de préciser sa pensée et de démontrer le bien-fondé de sa méthode de calcul et des correctifs utilisés. Ainsi il considère que, pour se rapprocher des chiffres réels, un feu doit être plutôt estimé à cinq personnes, ce qui lui permet d’avancer que le royaume de France compte plus de vingt millions d’habitants.

Par la suite, l’abbé EXPILLY corrigera et affinera son mode de calcul : une première fois, en 1765, dans son De la population de la France en 1765, une seconde en 1780, aidé cette fois directement par les autorités, dans le Tableau de la population de la France



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

EffacerSoumettre