Français (langue), Étymologie

Dictionnaire étymologique de la langue française

Ouvrage couronné par l'Académie française

Auteur(s) : CLÉDAT Léon

 

CUNY, PORTEAU Paul

 Pris, librairie Hachette et Cie, boulevard Saint-Germain, 79
 troisième édition, revue et corrigée
  1914
 1 vol (X-620 p.)
 In-douze
 demi-basane noire, dos lisse avec filets dorés, titre et auteur en lettres dorées


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Léon CLÉDAT, élève de l’École des chartes en 1871, devient, au terme de sa formation, un spécialiste en philologie romane et en paléographie médiévale. Après un passage par l’École française de Rome, il assure un cours de littérature française médiévale à la faculté des lettres de Lyon, dont il devient le doyen en 1892. Après deux thèses de doctorat, il fonde, en 1887, la Revue des patois qui, deux ans plus tard, devient la Revue de philologie française et provençale puis, en 1897, la Revue de philologie française et de littérature. Dans son périodique, CLÉDAT met l’accent sur ses sujets de prédilection : la grammaire et les recherches étymologiques. Il considère que les étymologistes du passé ont commis un grand nombre d’erreurs et de contresens, ensuite entérinés par l’usage. En revanche, il rend hommage aux travaux réalisés sur le latin et le grec ancien par ses contemporains : Aloïs WALDE, Émile BOISACQ, Michel BRÉAL et Anatole BAILLY. Il se fait également connaître comme un farouche partisan de la réforme de l’orthographe, jugeant la langue écrite encombrée de fioritures nuisibles.

Ambitionnant de renouveler la “doctrine grammaticale” de l’enseignement secondaire, il publie successivement une Grammaire raisonnée de la langue française et une Grammaire classique. Particulièrement soucieux de rendre accessibles les classiques du Moyen Âge, il rédige une Grammaire élémentaire de la vieille langue française et une Nouvelle Grammaire historique du français. En 1910, il publie un ouvrage intitulé Notions sur l’histoire de l’orthographe. Notre grammairien, décidément aussi exigeant que prolifique, se lance ensuite dans l’élaboration d’un Dictionnaire étymologique de la langue française, qui voit le jour en 1912. Bien accueilli, le livre connaît deux nouvelles éditions : la première, de 1913, couronnée par l’Académie française ; la seconde, de 1914, celle présentée ici, qui intègre les remarques et les corrections communiquées à CLÉDAT par ses confrères grammairiens.

L’auteur se démarque de la production existante en adoptant pour son livre une organisation un peu particulière qui joue avec la typographie : “II nous a semblé indispensable, dit-il, de classer les mots par famille, parfois même de rapprocher les mots de familles différentes, mais de sens analogue. Chaque groupe se trouve placé, suivant les cas, sous le mot qui offre la forme la plus simple, ou sous le dérivé qui se présente le premier dans l’ordre alphabétique. Mais, comme chaque mot figure à son rang alphabétique, sauf à être suivi, quand il y a lieu, d’un simple renvoi, il est toujours facile de se retrouver. Le renvoi ne préjuge pas la question de dérivation, il avertit seulement que le mot est expliqué dans l’article visé.”

Même si les renvois sont nombreux, l’utilisation de ce livre, pourtant destiné à l’enseignement secondaire et universitaire, nécessite de maîtriser un bon bagage lexical pour pouvoir naviguer dans un contenu parfois un peu foisonnant, qui rebondit de terme en terme. Mais incontestablement, ce dictionnaire offre, en plus d’un certain niveau d’érudition, l’avantage de rapprocher des termes dont on ignore le plus souvent la parenté commune, comme par exemple Douane et Divan, ou encore Maille et Maquette.

Fidèle à son parcours spécialisé dans les langues romanes, CLÉDAT se penche volontiers sur les mots d’origine latine ou grecque, ses commentaires étant plus succincts sur les mots d’origine celte, germanique, sanskrit, asiatique ou arabe. Il prend le parti de se référer à la forme classique des mots et non à leur forme populaire tardive. Dans ses démonstrations étymologico-historiques, il distingue quatre “procédés logiques de transformation des mots” : l’extension et la restriction de sens, la connexion entre cause et effet (verre : objet et contenu), et la comparaison (« feuille de papier », appelée ainsi par analogie avec l’épaisseur d’une feuille d’arbre).

Apprécié pour son érudition, ce dictionnaire a longtemps été réédité. En 1929, il en est à sa douzième édition, et Hachette continue encore à l’éditer en 1950. Retraité en 1921, CLÉDAT poursuit ses travaux linguistiques et il est encore à mettre la main à la treizième édition de son dictionnaire lorsqu’il décède en 1930.

Exemples d’articles :

Chaux (d’où Chaussée, route maçonnée à la chaux ; Chaufournier, ouvrier d’un four à chaux ; et Chauler) vient du latin Calcem, Chaux, d’où les mots savants Calcaire et Calciner, proprement : réduire en chaux par le feu. Sur Calcem, les Latins avaient fait le diminutif Calculum, proprement : pierre à chaux, puis pierre en général, caillou ; ils appelaient ainsi notamment les pierres dont ils se servaient pour les opérations arithmétiques, d’où le sens étymologique de notre verbe Calculer (dérivé : incalculable), dont Calcul, dans l’un de ses sens, est un dérivé, tandis que dans l’autre (calcul de foie, de la vessie), il vient directement du latin. En formation populaire, Calculum avait donné Chail et dialectement Cail, d’où Caillou ; on dit aussi Chail de moulin pour Pierre meunière.

Cratère, du grec Kratêr, grande coupe où l’on mélangeait le vin et l’eau. Le sens de grande coupe d’où sort un mélange explique la signification française. L’idée de mélange, exprimée par la racine de cratère, se retrouve dans le terme grammatical Crase. Idiosyncrasie, tempérament, proprement : mélange) particulier, v. Idiome. On a la même racine dans Sincère, latin Sincerum, d’où Sincérité, proprement : sans mélange.



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