Economie, Commerce

Dictionnaire du citoyen

ou Abrégé historique, théorique et pratique du commerce. Contenant ses principes; le droit public de l'Europe relativement au négoce ; les productions, soit de la nature, soit de l'industrie qui forment les branches du commerce ; la notice des fabriques nouvellement établies ; l'explication des principaux termes qui ont rapport au trafic & au change ; le nom des villes, provinces & royaumes commerçans avec le détail de leur négoce, & la description de leurs colonies; les compagnies de commerce françoises & étrangères qui méritent d'être connues ; les banques, chambres d'assurances, comptoirs & autres établissemens formés pour la sureté & la commodité du négoce ; les principales foires de l'Europe; l'évaluation précise des espèces d'or & d'argent ; la manière dont on tient les écritures dans les différentes places, leurs usages pour le payement des lettres de change, diverses observations au sujet de leurs poids, mesures, monnaie, change, &c

Auteur(s) : LACOMBE de PREZEL Honoré

 à Paris, chez GRANGÉ, imprimeur libraire, rue de la parcheminerie ; Cl. J. Baptiste BAUCHE, à l'Image Sainte-Geneviève, & à Saint Jean dans le désert
 édition originale
  1761
 2 vol : tome 1. A-H (-XXIV-440 p.), tome 2. I-Y (450 p.)
 In-octavo
 veau havane, dos à cinq nerfs, caissons et coiffes ornés de motifs floraux dorés
 bandeaux décoratifs, lettrines ornées, culs-de-lampe


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Exerçant comme son frère Jacques la profession d’avocat, Honoré LACOMBE de PREZEL, à l’instar de son aîné, se tourne vers l’écriture, se spécialisant dans la rédaction de dictionnaires thématiques. Dès 1756, il est l’auteur d’un Dictionnaire d’anecdotes, de traits singuliers et caractéristiques, historiettes, bons mots, naïvetés, saillies, réparties ingénieuses, etc., qui sera réédité à plusieurs reprises. Sa bibliographie contient également un Dictionnaire portatif de jurisprudence et de pratique, un Dictionnaire des portraits historiques et un Dictionnaire iconologique.

Même si les centres d’intérêt de l’auteur semblent assez éclectiques au premier abord, il démontre une certaine prédilection pour l’économie, disposition sans doute due au fait que son père tenait un commerce d’épicerie. C’est ainsi qu’en 1760, il rédige un petit ouvrage intitulé Les Progrès du commerce, où il dresse un état du commerce mondial. L’année suivante, il récidive sous la forme d’un dictionnaire général qui, annonce-t-il, ”doit présenter les principes de l’opulence des Nations, les termes & l’histoire du commerce, les termes pour bien définir ces principes, l’histoire pour en bien saisir les conséquences. Chaque citoyen y trouvera en quelque sorte l’inventaire de ses richesses, & apprendra à connoître le mieux dans les différentes espèces de marchandises qui lui sont offertes. Nous souhaitons que l’homme en place y découvre les objets vers lesquels il peut tourner ses vues bienfaisantes & politiques”. Ce livre est publié sous le titre un peu inattendu de Dictionnaire du citoyen, terme censé désigner le membre d’une communauté politique organisée, sans connotation républicaine ou révolutionnaire. Il s’agit de l’ouvrage présenté ici.

Dans sa préface, LACOMBE de PREZEL trace un panorama des grands trafics commerciaux, centrés sur l’Europe. En effet, depuis près d’un siècle, une première mondialisation du commerce s’est imposée, grâce à l’action des puissances européennes qui sont présentes sur tous les continents et contrôlent une grande partie des routes commerciales. L’auteur évoque les échanges, très profitables pour l’Europe, avec l’Afrique, l’Orient et surtout l’Amérique qu’il qualifie de “patrimoine de l’Europe”, ou encore de “richesse des Européens”. Il considère ce continent comme un grand pourvoyeur de matières premières et de métaux précieux, constituant également un marché et un débouché importants pour les biens manufacturés des métropoles. Il juge le commerce avec l’Amérique particulièrement profitable, et incite la France à y développer ses activités. En revanche, il se montre beaucoup plus critique envers les échanges avec le Japon et la Chine. Il souligne que l’accès à ces pays est cantonné à de simples comptoirs, et que vis-à-vis d’eux la balance commerciale des pays européens est fortement déséquilibrée.

LACOMBE de PREZEL présente la Hollande comme un modèle de réussite commerciale, pour avoir su se rendre incontournable dans les échanges et sur les routes commerciales du monde entier. Il prend acte de la domination exercée par la Grande-Bretagne sur le commerce maritime, qu’il attribue à une incontestable suprématie navale et à un fort soutien du pouvoir politique. Visionnaire, il va jusqu’à imaginer que les colonies américaines entreront un jour en conflit avec leurs métropoles et deviendront de sérieux concurrents “qui pourroient même répondre que les peuples du Nouveau Monde… n’assujettiroient pas les Européens par leur industrie, ou plus sûrement par leurs richesses & leurs denrées que notre luxe nous a rendu nécessaires ? Cette révolution est peut-être moins éloignée qu’on ne seroit porté à le croire”.

Dans la forme comme dans le fond, ce dictionnaire ne se démarque pas des nombreux manuels et dictionnaires de commerce qui ont vu le jour depuis le XVIIe siècle, la référence française étant longtemps restée Le Parfait Négociant des frères SAVARY. LACOMBE de PREZEL passe en revue les principales techniques commerciales, comptables et bancaires, les différentes denrées et biens manufacturés produits dans le monde (draps, pacotille, métaux, pastel, pelleterie, etc.). Il passe en revue les ports et les places importants (Hambourg, Alep, etc.), les modalités des échanges internationaux, l’économie des différents pays, les termes de marine et de navigation, ainsi que les monnaies, les poids et les mesures en usage.

Preuve qu’il a rencontré un certain écho, le Dictionnaire du citoyen fera l’objet, l’année suivant sa sortie, d’une réédition à Amsterdam. LACOMBE de PREZEL continuera sa discrète carrière littéraire jusqu’à sa mort en 1790. Sa notoriété de lexicographe se verra alors éclipsée par celle de son frère, qui sera un important contributeur de L’Encyclopédie méthodique.



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