Synonymes

Dictionnaire des synonymes de la langue française

avec une introduction sur la théorie des synonymes

Auteur(s) : LAFAYE Benjamin

 Paris, librairie de L. Hachette et Cie, boulevard Saint-Germain, n°77
 troisième édition suivie d'un supplément (la première date de 1858)
  1869
 1 vol (LXXXIII-1106-136 p.)
 In-octavo
 chagrin noir, dos à caissons orné de motifs dorés


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Né en 1809, Pierre-Benjamin LAFAYE suit une brillante scolarité qui lui permet d’intégrer l’École normale. Professeur suppléant de philosophie au collège Louis-le-Grand, il est reçu docteur ès lettres en 1833, puis il enseigne plusieurs années au collège d’Orléans, tout en collaborant à l’Encyclopédie des gens du monde et à la Revue française et étrangère. En 1838, il gagne Marseille où il rejoint le Collège royal. Avec la philosophie et les sciences, la linguistique française est sa grande passion. Depuis 1834, il travaille sur un ouvrage de synthèse consacré aux synonymes. Pour se constituer une base de documentation, il réussit même à se faire communiquer, par un descendant, les notes de CONDILLAC qui avait laissé en chantier un dictionnaire inédit. Il s’inspirera également beaucoup des ouvrages fondateurs sur le sujet des synonymes, ceux de l’abbé Gabriel GIRARD et de François GUIZOT.

Publié en 1841, précédé d’un Traité des synonymes grammaticaux, Synonymes français, qui reçoit un excellent accueil, se voit récompensé deux ans plus tard par le prix Volney délivré par l’Institut de France. Son livre est ainsi validé par le Conseil royal de l’Instruction publique pour les classes des collèges. Dans les séances de l’Académie des sciences morales et politiques des 30 août et 10 septembre 1845, LAFAYE est invité à lire un mémoire intitulé : Des Avantages que peut procurer à la philosophie l’étude des mots, en particulier l’examen comparatif de ceux qu’on nomme synonymes. Professeur à la faculté des lettres d’Aix-en-Provence depuis 1846, il en devient le doyen en 1850.

En 1858, il réédite son ouvrage, profondément remanié, et rebaptisé, pour l’occasion : Le Dictionnaire des synonymes de la langue française. Ce livre, précédé d’une adresse à l’Académie française et d’une longue introduction traitant de la “théorie des synonymes”, sera à son tour récompensé par un prix. L’ouvrage n’obéit pas à un classement alphabétique. L’auteur a divisé son livre en deux grandes parties : les synonymes à même radical et les synonymes à radicaux divers. Absorbé par son sujet et pointilleux à l’extrême, LAFAYE n’a selon toute apparence pas cherché à simplifier la tâche de son lecteur. Son texte est dense et il n’hésite pas à se lancer dans des comparaisons et à se focaliser sur des détails sémantiques et étymologiques. De fait, ce sont la table méthodique et la table alphabétique des synonymes, placées en fin d’ouvrage, qui permettent réellement d’en faire une utilisation optimale.

En 1865, LAFAYE, qui décèdera deux ans plus tard, publie un Supplément à un dictionnaire qui connaîtra une dizaine d’éditions. La troisième édition présentée ici, datée de 1869, inclut ce supplément ; il n’analyse pas moins de 8 500 mots, ce qui le place loin devant les œuvres de ses prédécesseurs.

Extraits

Entier, Complet. Entier vient du latin integer, à quoi on n’a pas touché, intact. Ce qui est entier a toutes ses parties, on n’en a rien ôté ; ce qui est complet a reçu toutes les parties qu’il doit avoir, il n’est besoin d’y rien ajouter. Votre bibliothèque ou votre garde-robe est entière, on n’en a rien distrait ; elle est complète, si on y a mis ou si vous y avez mis tout ce qui était nécessaire eu égard à sa destination. Entier se rapporte à la quantité ; complet à la qualité, l’usage, à la convenance, à la perfection. J’occupe votre appartement tout entier, mais ce n’est pas un appartement complet. J’ai lu cet ouvrage entier en un jour ; il ne sera complet que quand l’auteur aura ajouté un second volume au premier pour le compléter ou en guise de complément. Une armée entière, c’est toute une armée ou une armée intacte, qui a conservé tous ses membres ; une armée complète, c’est une armée dont on a bien rempli les cadres et dont on a mis toutes les compagnies au complet, à qui on a donné tous les soldats qu’il faut. De plus, ce qui est entier est tel ; ce qui est complet a été fait tel. Complet rappelle seul l’action d’un verbe, action qui a eu pour effet d’achever la chose dont il s’agit, d’en faire quelque chose d’accompli. Vous direz absolument “Ma joie est entière” et, avec Mme de Sévigné, “Les trois lignes que vous m’avez écrites m’ont donné l’achèvement d’une joie complète”.

Honorifique, Honorable. Qui fait qu’on est honoré ; titre honorifique ou honorable. Un titre honorifique attire des honneurs, des honneurs fixes, assurés, réglés : majesté, altesse, sainteté, éminence, excellence, grâce, révérence, etc., sont des titres honorifiques ; le Bas-Empire a multiplié outre mesure les titres honorifiques ; César fit rendre ou accepta des décrets honorifiques. Un titre honorable est propre à faire honorer ; honorable est une qualification, non pas énactive, comme honorifique, mais facultative ou de droit. Ce qui est honorifique est honoré ou fait honorer, ce qui est honorable est à honorer.

Doux, Doucereux. Qui a de la douceur. Doux est opposé à amer, aigre, âpre, et se dit d’une chose agréable au goût. Ce qui est doucereux a tant de douceur qu’il en devient fade et rebutant ; car le mot doucereux indique surabondance, excès de douceur, et par suite saveur désagréable. Ce vin rouge et vermeil, mais fade et doucereux, n’avait rien qu’un goût plat et qu’un déboire affreux (Boileau). Même différence au figuré. L’homme doux dit des choses ou tient une conduite qui charment ; l’homme doucereux dit des fadeurs qui lassent et ennuient. On est doux, et on fait le doucereux ; c’est-à-dire que le premier mot marque une qualité naturelle, et le second une qualité factice, affectée, exagérée, chargée. 



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