Ponts et chaussées, Ingénierie, Infrastructures

Dictionnaire des ponts et chaussées

contenant les règles de la construction, les usages, les ordonnances de police, & les arrêts qui concernent l'entretien des grands chemins : un tableau des chaussées que les Romains ont construites dans l'Helvétie, avec les autorités & les preuves, tirées des monuments de l'antiquité

Auteur(s) : EXCHAQUET Abram-Henri

 à Lausanne, chez MOURER, libraire, et à Paris, chez LA GRANGE, libraire, rue Saint-Honoré, vis-à-vis le lycée et le Palais-Royal
 nouvelle édition (la première date de 1787)
  1789
 1 vol. (VIII-278p.)
 In-octavo
 cuir brun, dos à cinq nerfs, caissons ornés de motifs floraux dorés
 bandeaux, culs-de-lampe, 12 planches (schémas, cartes et plans)


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Architecte-ingénieur, Abram-Henri EXCHAQUET travaille dès 1781 pour le compte des autorités suisses. Il participe au mouvement d’émancipation du pays de Vaud qui naît dans le sillage de la Révolution française. Après la proclamation de la République helvétique, il devient responsable des ponts et chaussées, puis inspecteur des ponts, chaussées et bâtiments de son canton natal.

Outre son travail d’ingénieur et d’administrateur, EXCHAQUET acquiert une certaine célébrité dans le milieu des techniciens, à l’occasion de la parution en 1787 de son Dictionnaire des ponts et chaussées ; il s’agit de l’ouvrage ici présenté. En qualité de spécialiste et d’homme de science, il loue la perfection technique désormais atteinte dans le domaine de l’ingénierie, mais, en rédigeant son ouvrage, il souhaite contribuer avant tout à servir l’intérêt public, observant que « la construction a été soumise à des règles sûres, mais qui sont cependant encore ignorées d’un grand nombre d’entrepreneurs & de constructeurs, que l’on charge d’exécuter des ouvrages difficiles & même que l’on consulte sur des projets dont l’étendue est bien au-delà de leurs connoissances ».

À l’image de la France qui, en 1716, fonde un corps des ponts et chaussées puis en 1747 l’École royale des ponts et chaussées, la Suisse, comme tous les gouvernements d’Europe, se soucie de la constitution d’un corps d’ingénieurs spécialisés et compétents. En effet les mauvaises habitudes héritées du passé et la méconnaissance des techniques, des matériaux et des outils modernes risquent de provoquer de graves dysfonctionnements sur des chantiers particulièrement stratégiques. EXCHAQUET attribue ces manquements aux entrepreneurs, le plus souvent autodidactes, qui « n’ont ni le temps, ni les principes, ni les secours nécessaires pour faire une étude suivie de la théorie de l’art ».

Réédité en 1789, ce livre n’est pas le premier à paraître sur le sujet ; de nombreux traités et dictionnaires d’ingénieurs, sans compter des encyclopédies, se sont déjà longuement attardés sur le thème. Mais, fidèle à la tradition lexicographique du XVIIIe siècle, l’auteur veut proposer une synthèse accessible au plus grand nombre, destinée à faire office de manuel et d’outil de référence. Se refusant à adopter un ton savant, voire abscons à force d’être trop techniciste, il entend bien faire preuve de pédagogie et renonce aux démonstrations mathématiques et géométriques trop complexes. Dans le domaine des ponts et chaussées, il souhaite dresser un panorama des techniques sûres et éprouvées.

Composé de phrases simples, sans excès de jargon professionnel ni de démonstrations mathématiques, le contenu du dictionnaire se présente donc comme parfaitement intelligible par le plus grand nombre, bien que les illustrations destinées à étayer le texte ne soient guère nombreuses. Même si les termes retenus sont définis dans le dictionnaire par des articles assez brefs, l’auteur prend toujours grand soin de présenter, même succinctement, tous les aspects du sujet.

EXCHAQUET ne néglige pas non plus les considérations juridiques et les contraintes règlementaires qui encadrent la profession, et il enrichit ses définitions d’extraits de lois et d’ordonnances. Mais, s’appuyant sur son expérience personnelle, il se réfère pour la plupart de ses exemples à des décisions judiciaires et administratives promulguées en Suisse. Ainsi, à l’article Borne, il précise que « la loi 6 fol. 241 du coutumier du pays de Vaud prescrit aux laboureurs, ou aux propriétaires voisins, d’aviser dans 24 heures s’ils ont fait tomber une borne par accident, sous peine de 5 florins d’amende aux contrevenants, & les condamne à une punition corporelle s’ils l’avoient fait à dessein ».

En hommage au premier véritable réseau de circulation du continent européen, EXCHAQUET détaille les techniques et les réalisations des Romains, en particulier les très longues routes, qu’il désigne ici par le terme de chaussées, qui ont été longtemps utilisées et dont les vestiges sont toujours visibles dans le paysage.

Bien qu’il ait été bien accueilli à sa sortie, ce dictionnaire, très modeste dans son ambition initiale, sera vite déclassé du fait des considérables avancées de l’âge industriel du siècle suivant. En effet, dès 1812 l’Encyclopédie de l’ingénieur, ou Dictionnaire des ponts et chaussées, d’un certain J.R. DELAISTRE, surpassera très largement l’ouvrage d’EXCHAQUET. Ce titre sera suivi, en 1835, par le Dictionnaire des travaux publics de Jacques TARBÉ de VAUXCLAIRS qui, pendant plusieurs décennies, demeurera la référence sur le sujet.



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