Botanique, Herboristerie, Médecine naturelle

Dictionnaire des plantes médicinales indigènes

Auteur(s) : THIERRY de MAUGRAS Camille Charles

 Paris C. DILLET, libraire, éditeur du Message de la charité, rue du bac, passage Ste-Marie, 5 ; imp. H. CARION, rue Bonaparte, 64
 2e édition (la première date de 1857)
  1858
 1 vol (XII-176 p.)
 In-seize
 papier bleu


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Camille-Charles THIERRY de MAUGRAS est issu d’une lignée de soldats et de serviteurs de l’État. Devenu médecin militaire en 1845, il entame une longue carrière. Dans un bulletin de 1873, nous pouvons lire qu’il comptabilise 27 ans de service actif et qu’il a participé à 7 campagnes, ce qui lui vaut d’être fait chevalier de la Légion d’honneur. C’est au cours de l’un de ses séjours dans la région de Constantine en Algérie, alors qu’il est chirurgien-major du 11e bataillon de chasseurs à pied, qu’il achève un ouvrage consacré aux vertus curatives et pharmaceutiques des plantes. Son Dictionnaire des plantes médicinales indigènes – précisons qu’il désigne la flore française et non algérienne – est publié pour la première fois à Paris en 1857. Il s’agit du livre présenté ici.

Chrétien fervent, THIERRY de MAUGRAS est porté par un idéal : favoriser la création de pharmacies de proximité gratuites. À l’instar de plusieurs témoins de son temps, il déplore la misère d’une grande partie de la population, à la campagne comme dans les grandes villes.  Ce dénuement matériel entraîne selon lui un manque d’hygiène, aggravé par une promiscuité qui favorise la surmortalité et les épidémies. Il écrit : “C’est par millions que l’on compte ceux qui ne peuvent payer ni les honoraires du médecin, ni les médicaments nécessaires à leur guérison.” Le manque de moyens financiers et d’équipements de base engendre dans la population une réaction d’attente et d’hésitation à consulter un médecin ou acheter un traitement. Trop souvent, les pauvres et les déshérités perdent un temps précieux, et il arrive même qu’ils “abandonnent la maladie aux seuls efforts de la nature ou appellent le médecin in extremis”.

Devant ce triste constat, notre philanthrope émet une proposition : “Dans chaque commune ou village, dans chaque quartier des villes, on peut trouver un local pour y enfermer et conserver les médicaments et le matériel nécessaires. Là seront déposés, par des personnes charitables, les fioles, bouteilles, flacons, pots à onguent et pommade, vases et autres objets ayant servi aux soins de leur toilette ou au traitement de leurs maladies et qui, chez elles, restent sans emploi. C’est là que seront déposés les produits de la récolte des plantes médicinales indigènes.” Dans le même temps, il fait appel à l’esprit de charité et au dévouement des personnes qui, ayant acheté son livre, pourront l’utiliser pour venir en aide aux plus démunis.

C’est dans cette perspective que THIERRY de MAUGRAS a élaboré un petit dictionnaire pratique qui s’apparente aux anciens traités de médecine domestique. L’objectif affiché est simple : “Faire connaître le nom et les vertus des plantes employées au traitement des malades pauvres, enseigner la manière de les récolter, de les faire sécher et de les conserver.” 

Dans chaque article, il traite en détail de la classification de la plante ainsi que des règles générales à suivre pour la cueillir, l’utiliser et la conserver. Pour plus de clarté, son nom d’usage courant est placé en premier, suivi du nom scientifique. Après une brève présentation des principales caractéristiques physiques de la plante, l’auteur passe en revue ses parties utilisables (suc, fruits, feuilles, etc.) et recense ses vertus thérapeutiques. Il indique le mode de préparation adéquat (infusion, décoction, teinture, poudre) et prend soin d’en préciser le dosage.

Ce dictionnaire nous apprend que le suc de laitue, obtenu par une incision réalisée avec un couteau d’argent et ingéré sous forme de pilules qui favorisent le sommeil et calment les douleurs, est surnommé “l’opium du pauvre” ;  que l’herbe aux chantres est ainsi nommée car elle a pour réputation de calmer les irritations de la gorge ; ou encore qu’un cataplasme de poireau permet de soigner les abcès. Au fil de notre lecture, nous découvrons les usages “thérapeutiques” de plantes communes comme la pâquerette, le plantain, l’ortie, l’asperge, la bourrache, l’anémone et le cerfeuil. Nous croisons également certaines plantes moins connues aux noms évocateurs : le caille-lait, l’arrête-boeuf (ou bugrane), la passerage, la cynoglosse (ou langue-de-chien), la gratiole (ou herbe au pauvre homme), ou encore le pied-de-chat.

À son petit traité de médecine naturelle, l’auteur adjoint des indications de premier secours face à des accidents graves, comme les brûlures, l’asphyxie, la noyade ou l’empoisonnement.

Nous ignorons la date exacte du décès de THIERRY de MAUGRAS, dont un des fils sera lieutenant-colonel dans un régiment de zouaves, et l’autre attaché au ministère de la Guerre. Nous pouvons supposer qu’en son temps son dictionnaire connaîtra un certain écho, puisque ce livre, il est vrai vendu intentionnellement à un prix modique, sera édité une dernière fois en 1861.

Un exemple d’article : La violette odorante

*Les fleurs de violette sont une des quatre fleurs pectorales, mais leur dessiccation exige certaines précautions : ainsi, il convient de les placer sur des tamis recouverts de papier, et de les exposer à la chaleur d’un soleil ardent, ou mieux d’une étuve ou d’un four, de manière à les sécher rapidement et sans le contact de l’air et de la lumière ; puis on les enveloppe dans des sacs de gros papier et on les garde dans l’obscurité. Elles conservent ainsi leur belle couleur bleue et toutes leurs propriétés. Les racines de la violette, réduites en poudre et à dose de 4 grammes, provoquent deux ou trois vomissements et cinq à six selles copieuses. C’est un éméto-cathartique très économique et fort utile dans la médecine des pauvres.



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