Histoire de la littérature, Littérature médiévale, Latin (langue), Pseudonymes

Dictionnaire des noms, surnoms et pseudonymes latins de l’histoire littéraire du Moyen Âge (1100 à 1530)

Auteur(s) : FRANKLIN Alfred, POUX Alfred louis Auguste

 Paris, librairie Firmin-Didot et cie, imprimeurs de l'Institut, rue Jacob, 56
 édition originale
  1875
 1 vol (X-682 p.)
 In-octavo
 toile grise, dos lisse, pièce de titre de maroquin marron, gardes et contreplats de papier à la cuve
 grandes lettrines ornées


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Pendant plusieurs siècles, le latin sera utilisé comme idiome pour tout ce qui relève du monde de la connaissance et de la religion. Au Moyen Âge, à une époque où l’alphabétisation de la population reste très limitée, le latin constitue la langue des savants et des lettrés, mais aussi celle de l’Église et de la liturgie. Ce monopole va peu à peu reculer devant l’avènement des langues “nationales” qui, déjà largement utilisées dans la littérature, finiront par s’imposer comme langues officielles. En France, c’est l’édit de Villers-Cotterêts d’août 1539 qui officialise le français comme seule langue administrative du pays.

Dans ce contexte, les auteurs médiévaux sont souvent désignés par un nom latin, qu’ils l’aient eux-mêmes choisi ou qui, leur ayant été attribué, se trouve ensuite entériné par l’usage. Selon les cas, il peut s’agir d’une forme latinisée de leur nom patronymique, d’un surnom souvent lié à une localité, à une particularité physique, à un trait de caractère voire à une ascendance réelle ou symbolique. Enfin, l’utilisation de purs pseudonymes n’est pas rare, choix qui complique singulièrement la tâche des bibliographes. Les noms de plume foisonnent au Moyen Âge, mais en raison de leurs fréquentes ressemblances ils sont source de multiples confusions, des œuvres étant attribuées aux mauvais auteurs quand d’autres restent de paternité incertaine.

Difficulté supplémentaire, les patronymes en latin peuvent évoluer avec le temps, de sorte que certains auteurs ont à leur actif plus d’une dizaine de noms successifs, phénomène aggravé selon les cas par des déformations, une orthographe fluctuante ou des traductions hasardeuses.

C’est cette mésaventure qui arrive à Alfred Louis Auguste POUX, bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine, quand, dans un de ses essais, il prend Jean ALGRIN et Jean d’ABBEVILLE pour deux personnages différents, alors qu’il s’agit d’un seul et même individu. Instruit par cette bévue de la difficulté à identifier clairement les auteurs médiévaux par leurs différents noms d’emprunt, il se décide à dresser son propre répertoire, pour son usage personnel avant de le faire publier. C’est ainsi que Le Dictionnaire des noms, surnoms et pseudonymes latins de l’histoire littéraire du Moyen Âge (1100 à 1530) voit le jour en 1875. Il s’agit de l’ouvrage présenté ici.

Notre érudit est un auteur très prolifique, plus connu sous le pseudonyme d’Alfred FRANKLIN. Après avoir débuté en rédigeant des feuilletons pour périodiques, il se consacre aux recherches historiques, en particulier sur la période médiévale, les bibliothèques et les monuments de Paris. L’année même où il sort son livre, changeant totalement de registre, il rédige un roman d’anticipation très curieux intitulé Les Ruines de Paris en 4875. Cet ouvrage raconte les tribulations d’une expédition de scientifiques qui, venue de Nouméa, entreprend d’explorer l’ancienne capitale de la France, détruite par des catastrophes.

Pour réaliser son dictionnaire, FRANKLIN renonce à établir une nomenclature complète des écrivains du Moyen Âge, tâche qu’il juge trop ardue et déjà traitée par d’éminents spécialistes. Il se cantonne donc à une période chronologique allant de 1100 à 1530, et se limite aux auteurs dont le nom “réel” et l’identité ont pu être établis avec certitude, tout en concédant que “certains pseudonymes sont de véritables rébus dont je n’ai pas trouvé l’explication”.

FRANKLIN, qui part du nom latin d’un auteur, commence par en donner la traduction française, puis il indique la personne qui se cache derrière ce titre avec les variantes ou les autres patronymes utilisés, avant de renvoyer au nom de famille usuel. Par exemple, Doctor invincibilis (Docteur invincible), nom qui a été porté par Pierre ABÉLARD, renvoie à l’article ABAELARDUS Petrus, tandis que BASSOLIS fait allusion à Johannes BASSOLIUS, en français Jean BASSOLE ou de BASSOLES, également surnommé Doctor Ordinatissimus.

FRANKLIN ne se contente pas de recenser les écrivains, il s’intéresse également aux libraires, aux imprimeurs, aux souverains, comme par exemple Fridericus AENOBARBUS, qui n’est autre que l’empereur FRÉDÉRIC BARBEROUSSE, ainsi qu’à d’autres personnages de pouvoir qui ont joué un rôle dans la vie intellectuelle de cette époque.

Au final, le dictionnaire forme une trame foisonnante dans laquelle, renvoyé d’article en article, le lecteur peut avoir du mal à se retrouver parmi des personnages aux multiples noms et surnoms. FRANKLIN a placé en fin d’ouvrage un index alphabétique classé par prénoms, lesquels sont suivis des noms correspondants. C’est ainsi que DAVID précède 16 patronymes, ALEXANDER une cinquantaine, et FRANCISCUS plus de 90, dont trois pour le seul saint FRANCOIS d’ASSISE, également surnommé Doctor Seraphicus. Dépourvu d’un index général en français, ce dictionnaire semble avant tout réservé à des personnes déjà dotées de solides bases en latin ainsi que de notions d’histoire médiévale.

Après la parution de son livre, FRANKLIN poursuivra sa carrière à la bibliothèque Mazarine, dont il deviendra l’administrateur en 1885. Il publiera régulièrement jusqu’à sa mort, en 1917. Signalons à son actif La Vie privée d’autrefois, une série de vingt-sept volumes, ainsi qu’un Dictionnaire historique des arts, métiers et professions exercés dans Paris depuis le treizième siècle.



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