Gendarmerie, Organisation administrative de la France, Organisation militaire de la France

Dictionnaire des connaissances utiles à la gendarmerie

Auteur(s) : AMADE Jacques-Marie-Léopold, CORSIN Émile

 Paris, Henri-Charles LAVAUZELLE, éditeur militaire, 10, rue Danton, boulevard Saint-Germain, 118 (même maison à Limoges)
 13e édition (pas de date pour la première édition, la troisième date de 1885)
  1900 (environ)
 1 vol (768 p.)
 In-octavo
 percaline rouge, dos lisse, motifs décoratifs sur les plats et le dos


Plus d'informations sur cet ouvrage :

La loi du 17 avril 1798 a réorganisé en profondeur la gendarmerie, héritière de la maréchaussée de l’époque médiévale, et défini clairement ses attributions : « Le corps de la gendarmerie nationale est une force instituée pour assurer dans l’intérieur de la République le maintien de l’ordre et l’exécution des lois. » Contrairement à la police, la gendarmerie était un corps militaire composé d’infanterie et de cavalerie et, à ce titre, elle pouvait être appelée à participer ponctuellement à des opérations extérieures. Pendant le Consulat, NAPOLÉON réformera à son tour la gendarmerie par l’arrêté du 31 juillet 1801 en la dotant d’un état-major spécifique.

Les effectifs atteindront à cette époque le chiffre de 24 000 hommes répartis en vingt-cinq légions mises au service des départements, sans compter des corps spéciaux comme la garde de Paris. Les emplois de gendarmes seront attribués à des militaires actifs ou réservistes ainsi qu’à ceux qui se trouveront libérés du service. Certaines conditions seront requises pour être candidat : avoir entre 35 et 40 ans, mesurer au minimum 1,60 mètre, avoir servi sous les drapeaux pendant au moins trois ans, ne pas avoir quitté l’armée ou la gendarmerie depuis plus de trois ans, justifier par des attestations légales d’une bonne conduite, et enfin savoir correctement lire et écrire.

Pierre-Claude-Melchior COCHET de SAVIGNY, chef d’escadron de gendarmerie, est le premier à réaliser un important travail de collecte et de synthèse des lois et des règlements relatifs à son corps militaire. Riche de cette documentation, il publie le Journal de la gendarmerie, puis en 1836 un Dictionnaire de la gendarmerie qui sert de guide pratique aux gendarmes en leur évitant d’avoir à se plonger dans le détail des textes de loi. Actualisé et remanié par la suite, cet ouvrage sera constamment édité jusqu’à la veille de Grande Guerre.

Quelques décennies plus tard, ce livre de référence est concurrencé par un autre dictionnaire pratique : le Dictionnaire des connaissances utiles à la gendarmerie. Il s’agit de l’ouvrage ici présenté. Nous n’avons pas connaissance de la date de sa première édition, et nous ne trouvons la trace de l’ouvrage qu’à partir de la troisième édition datée de 1885. Il est l’œuvre du travail collégial de deux personnalités de la gendarmerie : le général de brigade Jacques-Marie-Léopold AMADE, ancien inspecteur général, et Émile CORSIN, chef d’escadron, qui prend en charge la rédaction de la partie administrative. La genèse de ce livre nous est inconnue ; constatons simplement qu’il a été suffisamment apprécié pour faire l’objet d’une vingtaine d’éditions jusqu’en 1915. Celle présentée ici, la treizième, est non datée mais semble avoir été publiée autour de 1900. La préface précise que ce dictionnaire « est suffisamment connu par les articles élogieux dont il a été l’objet de la part de la presse militaire, et par le témoignage officiel de satisfaction adressé par le ministre de la guerre aux deux officiers dont les efforts réunis ont produit cette œuvre d’un mérite incontestable ».

La finalité du livre est révélée dans le préambule : « Le but du dictionnaire est d’élever et de rehausser le prestige de la gendarmerie en élevant le niveau intellectuel des sous-officiers, brigadiers et gendarmes qui composent cette unité d’élite, et nous sommes convaincus que ce but si louable sera bientôt atteint. » Il est vrai que les gendarmes de base n’ont parfois suivi qu’une formation sommaire et que, se consacrant à des tâches souvent ingrates et impopulaires, ils ne bénéficient guère d’une image flatteuse auprès de la population, en particulier dans les zones rurales et dans le monde ouvrier. Leur hiérarchie juge donc nécessaire de combler leurs lacunes en leur fournissant un vade-mecum facile à transporter et à utiliser.

Classiquement le dictionnaire propose la synthèse des lois, règlements, décrets et circulaires en vigueur, mais également « la définition de tous les faits qualifiés crimes, délits et contraventions », assortis des peines applicables. La liste des délits mineurs et des amendes permet d’expliquer l’impopularité des gendarmes, pour peu qu’ils soient tatillons et zélés, mais elle permet aussi de dresser un portrait en creux de la société française sous la Troisième République. Bien que de plus en plus encadré, le travail des enfants en manufacture, autorisé dès 12 ans, est autorisé jusqu’à 12 heures par jour. L’avortement est sévèrement sanctionné, et la procédure d’enquête est particulièrement pointilleuse : « Que la femme doit décédée ou non, les gendarmes devront immédiatement… rechercher le fœtus et saisir les linges ensanglantés, et toutes les drogues qu’ils pourront trouver dans la maison… Ils commenceront ensuite une enquête discrète en interrogeant les voisins, les connaissances et les amis de la femme. » Notons également que la chasse aux déserteurs et aux insoumis est l’une des missions prioritaires qui leur est assignée.

Ces articles liés à la fonction sont complétés par la description des départements, par des notions géographiques et militaires sur « les cinq parties du monde et les États de l’Europe » et par un lexique de vocabulaire de culture générale fournissant « l’explication des mots employés journellement et ayant trait aux connaissances vulgaires ». À la rubrique Hygiène se trouvent détaillées les notions de premiers secours. Les gendarmes étant des militaires, les termes techniques spécifiques utilisés dans la marine et l’armée de terre sont explicités. Enfin la présence d’un vocabulaire d’hippologie et d’équitation se justifie par le fait qu’une partie de la gendarmerie exerce ses missions à cheval.

Le Dictionnaire des connaissances utiles à la gendarmerie survivra à la disparition de ses créateurs, et nous trouvons trace de nouvelles éditions révisées en 1921, 1930 et 1935. Les dictionnaires n’étant pas les seuls outils à disposition des gendarmes, un Carnet aide-mémoire du gendarme, publié pour la première fois en 1865 par Charles BERNÈDE, sera également largement utilisé par eux au quotidien.



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