Marine

Dictionnaire de marine

Auteur(s) : WILLAUMEZ Jean-Baptiste-Philibert

 se vend à Paris et dans tous les grands ports, chez les principaux libraires
 troisième édition, corrigée et considérablement augmentée
  1831
 1 vol (579 p.)
 In-quarto
 reliure cartonnée, dos lisse
 8 planches dépliantes dont une en couleurs


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Au début du XIXe siècle, la France a acquis un statut de grande puissance navale, tant pour sa marine marchande que pour sa marine de guerre. Ce résultat est l’aboutissement d’une politique ambitieuse et volontariste, engagée par la royauté depuis le XVIIe siècle.

Des dictionnaires paraissent en nombre sur le sujet, témoignant de l’intérêt croissant des Français pour la navigation, la construction navale, la pêche et la marine de guerre. Parmi ces ouvrages, les plus marquants sont ceux de ROMME,  de BOURDÉ de La VILLEHUET, d’AUBIN , de VIAL du CLAIRBOIS et de SAVÉRIEN. Ces dictionnaires permettent de présenter des synthèses sur l’état des connaissances et des techniques dans le domaine maritime, tout en vulgarisant le lexique spécifique propre aux gens de mer et à l’ingénierie navale. Le Dictionnaire de marine, publié pour la première fois en 1820, n’est donc pas le premier du genre, mais il doit une part de son succès à l’expérience et à la notoriété de son auteur : Jean-Baptiste Philibert WILLAUMEZ.

Fils d’un officier d’artillerie, ce Bellilois embarque comme mousse à l’âge de quatorze ans. Rapidement remarqué pour ses qualités par ses chefs, il progresse rapidement dans la hiérarchie et prend part aux opérations navales en Amérique du Nord, participant à plusieurs combats. À la suite de son brillant comportement lors de la bataille des Saintes, à dix-neuf ans seulement il se voit nommer premier pilote.

Après un passage dans la marine marchande, il renoue en 1791 avec le service militaire en profitant de l’abolition, par la Révolution, du privilège nobiliaire sur les hauts grades. Nommé enseigne de vaisseau sur la frégate La Recherche, un des vaisseaux conduits par le chevalier d’ENTRECASTEAUX, il participe sous son commandement à l’expédition entreprise pour rechercher les navires de l’expédition LA PÉROUSE.

L’escadre, qui quitte Brest en septembre 1791, ne retrouvera pas les bateaux disparus, bien qu’au cours de son périple elle aura l’occasion de croiser au large de Vanikoro, une des îles Santa Cruz, sans savoir qu’il s’agit de l’endroit où les frégates de LA PÉROUSE ont fait naufrage et où, probablement, survivent encore quelques membres des équipages.

Après cet échec, l’expédition se transforme en un long et difficile voyage d’exploration du Pacifique sud, qui s’achève dans la confusion. En effet, sur le chemin du retour, après la mort du chevalier, les survivants apprennent en Indonésie l’exécution de LOUIS XVI et l’instauration d’un nouveau régime. Puis en décembre 1793, à Surabaya sur l’île de Java, les officiers sont arrêtés et les vaisseaux saisis par les Hollandais, en guerre avec la République française. Finalement relâché, WILLAUMEZ regagne l’Île-de-France, pour participer avec succès à la défense de la colonie. Échappant aux patrouilles ennemies, il parvient à rentrer en France en 1795, emportant dans ses bagages les livres de bord d’ENTRECASTEAUX.

Nommé capitaine de vaisseau par la République, il participe à diverses expéditions militaires en Asie puis, poursuivant sa carrière sous le Consulat et l’Empire, il intègre la flotte engagée dans la campagne de Saint-Domingue. En 1805, sur ordre de NAPOLÉON, il prend la tête d’une flottille chargée d’attaquer les convois et les bases britanniques dans l’Atlantique et aux Caraïbes. Au retour de cette expédition au bilan mitigé, il est chargé de conduire plusieurs navires dans la rade de l’île d’Aix, pour y rejoindre une flotte en partance pour les Antilles. Mais cantonnés par le blocus anglais, les bateaux français sont anéantis, victimes d’une désastreuse attaque de brûlots ennemis. Pour avoir été un des acteurs de cette défaite, WILLAUMEZ, tombé en disgrâce, cessera dès lors de participer à toute action d’envergure.

À la Restauration, ce vétéran chevronné est sollicité pour intégrer diverses commissions chargées du perfectionnement de la Marine. En 1819, il est nommé vice-amiral. Toujours passionné par son sujet de prédilection et connu pour sa collection de modèles de bateaux de guerre, il entreprend d’élaborer son fameux dictionnaire. Cet ouvrage, très bien accueilli, connaîtra une nouvelle édition en 1825. Enfin, en 1831, sort une troisième version augmentée, celle présentée ici. Selon l’auteur lui-même, une commission, composée d’officiers de marine de tous les grades recommandables par leurs talens et leur expérience, et présidée par le vice-amiral de SERCEY, a revu tout l’ouvrage”.

Les articles de WILLAUMEZ, précis et brefs, s’adressent clairement à un public déjà averti et familiarisé avec le langage des gens de mer, de sorte qu’à la lecture du dictionnaire les novices et les non-initiés peuvent se trouver décontenancés par des termes spécifiques, rapportés par un auteur qui s’efforce de rester fidèle à la langue parlée sur les bateaux et dans les ports. Son dictionnaire, remarquablement exhaustif, aborde des sujets aussi divers que les différentes essences de bois utilisées dans la construction des navires, les punitions, les chants, les ordres pour commander les manœuvres, les types de navires du monde entier, le matelotage ou les noms de divers filets de pêche.

Mais ce dictionnaire, qui reflète bien le monde de la marine à voile de son époque, deviendra bientôt obsolète dans sa partie militaire, avec l’apparition des navires de guerre à vapeur, puis d’une artillerie navale nettement plus destructrice que sa devancière, et enfin celle des navires cuirassés. Mais le travail de WILLAUMEZ, réalisé à une période charnière, sera célébré par ses successeurs qui, dans les ouvrages suivants, réserveront une place croissante aux nouvelles technologies de propulsion. Ainsi, le dictionnaire publié en 1847 et 1848 par les capitaines Joseph de BONNEFOUX et François-Edmond PÂRIS sera déjà composé de deux tomes, l’un consacré à la marine à voile, l’autre à la marine à vapeur.

Si, dans les deux premières éditions, WILLAUMEZ a inséré un hommage à LOUIS XVI, “restaurateur de la Marine”, dans cette troisième version il réserve une dédicace particulièrement élogieuse au nouveau souverain, LOUIS-PHILIPPE. Proche du nouveau régime comme instructeur du Prince de JOINVILLE, futur militaire et grand navigateur, il est nommé pair de France en 1837. WILLAUMEZ, sans descendance, veillera dès lors à favoriser la carrière de son neveu Édouard BOUËT-WILLAUMEZ, avant de l’adopter un an avant sa mort et lui léguer son titre de comte. Ce dernier, qui sera nommé amiral en 1865, aura un parcours aussi riche et varié que celui de son père adoptif.

Ex-libris au nom d’A. ARGILAS.

Quelques exemples d’articles

*Boulina-Ha-Ha ! Arrache ! Boulina-Ha-Ha ! Délaringue ! etc. : Ancien chant des matelots français tandis qu’ils halent sur les quatre principales boulines, notamment celles du grand et du petit hunier. Ce chant est si ridicule que les capitaines militaires le défendent.

*Mal de terre : Beaucoup de marins désignent ainsi le scorbut, qui se manifeste cependant à la mer, avec plus ou moins de progrès, mal qui n’a de meilleur remède qu’une relâche, un séjour à terre ; mais lorsqu’un individu en est attaqué au plus fort degré, il court les plus grands dangers de mourir à l’approche d’une terre.

*Adieu-Va ! : (se prononce Adieu-Vate !). Commandement de mettre la barre de gouvernail sous le vent et de filer, peu après, les écoutes de focs, lorsqu’étant au plus près on veut faire virer un bâtimens de bord vent devant ; c’est le moment d’envoyer vent devant.

*Parfumer : À bord des bâtimens (le branle-bas ! fait), on brûle, entre les ponts, de la poudre mouillée avec du vinaigre, de l’encens, du benjoin, etc. pour détruire les miasmes. Ces parfums se font ordinairement dans les entreponts ; les sabords et les écoutilles supérieures sont clos, bien fermés pendant la durée de cette opération, et un peu après. Aujourd’hui, le parfum le plus en usage, à bord des bâtimens de l’État, se fait avec l’oxyde de manganèse mélangé de sel marin, sur lequel on verse de l’acide sulfurique.

*Breton (En) : adv. Arrimer en breton, Être en breton. C’est-à-dire qu’un objet d’arrimage quelconque est placé en travers au lieu d’être en long par rapport à la figure de la cale. Futaille en breton, Pièce en breton ; qui n’est point arrimée dans le sens de sa longueur et de celle du bâtimens.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

EffacerSoumettre