Français (langue)

Dictionnaire de l’Académie françoise 1694 1ère édition

Dédié au Roy

Auteur(s) : Académie française

 à Paris, chez la veuve de Jean-Baptiste COIGNARD, imprimeur ordinaire du Roy, & de l'Académie françoise, rue S. Jacques, à la Bible d'or, et chez Jean-Baptiste COIGNARD, imprimeur & libraire ordinaire du Roy, rue S. Jacques, près S. Séverin, au Livre d'or
 édition originale
  1694
 2 vol : tome 1. A-L (676 p.), tome 2. M-Z (671 p.)
 In-folio
 cuir fauve moucheté, dos à six nerfs, caissons ornés
 gravure en frontispice et bandeaux historiés représentant le couronnement du buste de LOUIS XIV de Gérard EDELINCK, LOUIS XIV à l'Académie et une allégorie non identifiée d'après Jean-Baptiste CORNEILLE et gravés par Jean MARIETTE, gravure allégorique non signée représentant l'ancienne loi remplacée par la nouvelle , lettrines ornées, culs-de-lampe


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Fondée en 1635  à l’initiative du pouvoir royal, l’Académie française a pour mission prioritaire pour doter le pays d’une langue commune unifiée dans sa grammaire comme dans son orthographe. La mission prioritaire qui lui est assignée consiste à doter la langue française d’ouvrages de référence : une grammaire, une rhétorique, une poétique et surtout un dictionnaire, seule entreprise qui sera finalement menée à terme. Les statuts de cette institution, très clairs sur le sujet, précisent dans leur article 24 : « La principale fonction de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. »

C’est l’académicien CHAPELAIN à qui revient la charge d’établir le plan de l’ouvrage. La rédaction proprement dite progresse surtout grâce au travail et au dévouement de VAUGELAS qui rédige la plus grande partie du texte allant de la lettre A à la lettre I. À sa mort en 1650, les travaux du dictionnaire, déjà perturbés par la Fronde, connaissent un temps d’arrêt, d’autant que l’Académie doit batailler pour récupérer les cahiers et notes de VAUGELAS saisis par des créanciers. Tant bien que mal, les travaux reprennent sous la direction de MÉZERAY, mais n’avancent plus que par à-coups, régulièrement ralentis par des querelles intestines, des pinailleries sur les définitions et des conflits entre personnes.

Les Académiciens s’affrontent sur le plan et la méthode à adopter. Certains veulent illustrer les articles de citations d’auteurs, alors que la position officielle de l’Académie consiste à ne pouvoir utiliser que des proverbes et des exemples forgés, c’est-à-dire des phrases “fabriquées” par le lexicographe. Dans le même temps, les Académiciens se focalisent sur le “bon usage” des mots, et le vocabulaire des arts et des sciences se voit provisoirement écarté des travaux d’élaboration, ainsi que les mots jugés désuets et les régionalismes. Le champ lexicographique est ainsi clairement délimité : “L’Académie a jugé qu’elle ne devoit pas y mettre les vieux mots qui sont entierement hors d’usage, ni les termes des Arts & des Sciences qui entrent rarement dans le Discours; Elle s’est retranchée à la Langue commune, telle qu’elle est dans le commerce ordinaire des honnestes gens, & telle que les Orateurs & les Poëtes l’employent; Ce qui comprend tout ce qui peut servir à la Noblesse & à l’Elegance du discours”. Malgré un nouvel élan dû à l’initiative de RÉGNIER-DESMARAIS, assisté de PERRAULT et de CHARPENTIER, rédacteur de la préface, la lenteur de l’entreprise exaspère certains membres de l’Académie comme PATRU et FURETIÈRE qui envisagent d’entreprendre des projets personnels.

Alors que l’Académie bénéficie d’un monopole royal pour la France paraît à Genève, en 1680, un Dictionnaire françois rédigé par RICHELET avec l’aide de l’académicien PATRU et de plusieurs grammairiens. S’imposant d’emblée comme l’un des premiers dictionnaires de français “moderne”, cet ouvrage “concurrent” rencontre un beau succès, et sa parution constitue une humiliation pour le projet académique ainsi devancé. La situation s’aggrave encore lorsque FURETIÈRE expose publiquement son projet de publier lui aussi son propre dictionnaire et de consacrer cet ouvrage au vocabulaire des arts et techniques, mais également à tous les mots usuels. L’Académie s’estime flouée par un de ses membres qui est officiellement exclu de l’assemblée en 1685. Il s’ensuit une guerre de libelles et de procédures juridiques qui n’empêchera pas la parution posthume en 1690 du Dictionnaire universel de FURETIÈRE *.

Face à cette “mise en concurrence”, l’Académie, piquée au vif, tente de réagir. Le rythme des corrections et des révisions s’accélère, et des extraits sont publiés au cours de l’année 1687. Pour répondre au dictionnaire de FURETIÈRE, l’Académie confie la rédaction d’un Dictionnaire des termes des arts et des sciences *à un de ses membres, Thomas CORNEILLE, frère de Pierre, dont l’ouvrage sortira en 1694.

Après cette très longue et houleuse gestation, la relecture seule prend près de six années, les deux tomes de la première édition du Dictionnaire de l’Académie française, renfermant environ 18 000 mots, sont publiés à l’automne 1694. Une des caractéristiques les plus originales de cet ouvrage est la disposition des articles classés non dans un ordre alphabétique, mais par “racines”, afin de faire ressortir les liens étymologiques entre les termes. Les Académiciens distinguent des mots “primitifs” ou encore “chefs de famille”, pour reprendre les termes utilisés, d’où découlent des mots dérivés et des mots composés.

Suivant une nomenclature analytique, ces derniers sont donc regroupés après le mot défini comme primitif. C’est ainsi que le verbe “faire” est suivi de quatre-vingt-sept dérivés recensés. Cette organisation a pour but de chercher à rendre « cette lecture plus agréable que celle des autres Dictionnaires », mais également de mettre en valeur la richesse de la langue française. Cependant cette originalité suscite de graves critiques, la consultation de cette première édition s’avérant très peu pratique à l’usage : pour trouver le mot “quintessence”, par exemple, il est nécessaire de chercher le mot “être”. Pour la seconde édition officielle de l’ouvrage, en 1718, l’Académie renoncera à cette présentation et reviendra à un classement alphabétique traditionnel.

Malgré la publicité donnée à l’évènement et à un certain retentissement international, ce dictionnaire ne rencontrera qu’un succès relativement mitigé en France, éclipsé par celui des ouvrages de RICHELET et de FURETIÈRE dont le style est moins austère et le contenu plus développé. De surcroît, il suscite de nombreuses critiques sur le fond comme sur la forme. Outre les points controversés déjà cités, l’absence de contenu étymologique et d’indications de prononciation semble constituer une faute majeure pour beaucoup d’intellectuels. Pensant pallier cette lacune, les Académiciens ont d’emblée opté pour l’« ancienne orthographe receüe parmi les gens de lettres… parce qu’elle ayde à faire connoistre l’Origine des mots ».

Au moment même où un mouvement de réforme de l’orthographe est engagé par de nombreux auteurs et lexicographes, l’Académie entérine des formes anciennes voire archaïques. C’est ainsi que tête est orthographié teste, que connaître s’écrit toujours connoître, et écrire escrire. En dépit de ces réserves, le premier Dictionnaire de l’Académie demeure un jalon important dans l’histoire de la lexicographie française. Dès sa première parution, elle s’impose une référence indispensable pour tout ce qui touche à la norme du français, et servira  de corpus lexical à d’autres entreprises lexicographiques comme le Trévoux, le Littré et le Bescherelle . Depuis 1694, l’ouvrage ne cessera d’être régulièrement renouvelé jusqu’à la neuvième édition qui est actuellement en cours d’élaboration et qui s’affiche d’emblée dans la continuité des éditions précédentes : ” Le Dictionnaire, il faut le rappeler et bien le souligner, n’est ni encyclopédique, ni historique, ni analogique, ni même étymologique”. Outre cette première édition, la deuxième, la quatrième, la cinquième et la sixième sont présentes dans Dicopathe.

À la fin de chaque tome sont insérées des additions, des corrections et des tables alphabétiques.



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