Occitan (langue)

Dictionnaire de la langue toulousaine | Dicciounari moundi

contenant principalement les mots les plus éloignez du françois, avec leur explication | de la oun soun enginats principalomen les mouts les pus escarriés, an l'esplicaciu francezo

Auteur(s) : DOUJAT Jean

 A Toulouso, de l'imprimario de Ian BOUDO, imprimur ordinari del rey, à l'ensegno de S. Jan, prép del Couletge de Foüis
 édition originale
  1638
 1 vol (non paginé, environ 70 pages), placé à la suite du Ramelet moundi
 In-octavo
 demi-basane beige, plats en carton, dos à conq nerfs ornés de fleurs dorées
 bandeaux décoratifs, lettrines


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Descendant d’une famille toulousaine de juristes influents, Jean DOUJAT entame une carrière brillante au barreau, et en 1637 devient avocat au Parlement de Toulouse. Connaissant sept langues en dehors du français, anciennes comme étrangères, il se consacre, parallèlement à son métier, à des études linguistiques et à des traductions. Ne dédaignant pas la poésie, il concourt à plusieurs reprises aux jeux floraux.

Sa correspondance atteste qu’il compte parmi ses relations le poète Pierre GOUDELIN (ou Peire GODOLIN) à qui il adresse des textes à l’occasion de la parution des premières éditions du Ramelet moundi, recueil de poésies rédigées en occitan (présent sur Dicopathe). En 1637, Goudelin assiste impuissant à la parution, sans son accord et sa caution “scientifique”, d’une nouvelle édition de son livre, par le libraire COLOMIEZ , éditeur des deux moutures précédentes. GOUDELIN porte le cas devant la justice et met en chantier sa propre version d’une nouvelle édition du Ramelet moundi revue et augmentée qui paraît quelques mois plus tard.

Cette édition de 1638, ici présentée, en plus d’être profondément remaniée, est enrichie de nouvelles pièces et d’épigrammes, mais surtout d’un dictionnaire de la langue toulousaine. Celui-ci, intitulé Dicciounari moundi, est placé à dessein en fin d’ouvrage afin de faciliter la compréhension des textes présentés. Il n’est pas signé, mais la paternité de ce lexique, rapidement attribuée à DOUJAT, n’a jamais été contestée. La genèse de ce livre ne nous est pas connue, et nous ne savons s’il s’agit d’une commande de GOUDELIN ou si l’auteur a établi une synthèse de ses travaux antérieurs.

L’occitan a une histoire littéraire déjà ancienne et connaît depuis plusieurs décennies un regain d’intérêt certain. Mais cet ouvrage constitue le premier dictionnaire recensé de la langue occitane. Si son importance linguistique et historique est remarquable, il faut malgré tout en relativiser la portée réelle. En premier lieu, il se focalise sur les termes les plus “éloignés” du français, limitant ainsi la portée du champ lexical : on n’y compte que 2 800 entrées. Plus proche d’un glossaire, le Dicciounari moundi est avant tout pensé et conçu pour venir en aide au lecteur “francophone” et lui servir de guide de lecture du Ramelet moundi. En second lieu, ce travail lexicographique est consacré à une forme dialectale du languedocien, mâtinée de gascon et de français, géographiquement circonscrite au seul pays toulousain. Il faudra attendre plusieurs dizaines d’années les ouvrages de PELLAS et BOISSIER de SAUVAGES (présent sur Dicopathe), pour voir apparaître des dictionnaires plus ambitieux issus d’une réflexion approfondie sur la langue occitane dans son ensemble.

À l’instar du Ramelet moundi, le Dicciounari moundi porte indirectement témoignage du parler populaire et de la vie quotidienne de la population toulousaine de son temps. Il ne se contente pas de fournir l’équivalent français d’un mot ou d’une expression, mais en détaille divers sens, usages ou nuances possibles, allant même parfois jusqu’à en retracer l’origine. Devant son succès, le Dicciounari sera édité seul en 1642, mais pendant deux siècles il accompagnera systématiquement le Ramelet moundi. Célébré comme un ouvrage précurseur du renouveau de l’occitan, il sera redécouvert au XIXe siècle dans le sillage du mouvement du Félibrige.

Installé à Paris à partir de 1639, DOUJAT y poursuivra une brillante carrière juridique, tout en publiant des ouvrages consacrés au droit, à la Bible et aux langues. En 1650, sa grande érudition lui vaudra d’être élu académicien. Les années suivantes, il deviendra professeur au Collège de France, docteur régent à la faculté de droit et historiographe de France. En qualité de sous-précepteur, il contribuera également à l’éducation du dauphin.

Quelques mots et expressions tirées du Dicciounari moundi

*Gourgourial : Excellent, gentil, exquis ; mais on ne se sert de ce mot qu’à contresens, pour signifier quelque chose mal faite.

*Accauma : Échauffer avec excès, étouffer, accabler ; c’est proprement quand se soustenant sur quelqu’un, ou bien le couvrant, ou le chargeant de quelque chose pesante, on luy cause une chaleur excessive.

*Toustou, Toustounèt : Mignon, petit mignon, fanfan, poupon.

*Cailhol : Pie, bœuf ou autre animal de deux couleurs blanche & noire, ou rouge (NB : par la suite ce terme désignera une personne ambiguë, fourbe, peu digne de confiance).

*Bladâdo : Rente de blé, qu’on retire d’un laboureur annuellement pour l’usage d’une ou de plusieurs bestes de labourage, que quelques uns appellent moissons, en France on l’appelleroit chastel.

*Trumaud, Trumaudas : un homme noir, dangereux, ou de mauvaise humeur.

*Cambo-Bira : Tordre les jambes à quelqu’un, le renverser, lui fayre prendre la culbute.



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