Géologie, Minéralogie, Chronologie

Dictionnaire de géologie | Dictionnaire de chronologie universelle

suivi d'Esquisses géologiques et géographiques

Auteur(s) : CHESNEL Adolphe de, CHAMPAGNAC Jean-Baptiste-Joseph

 s'imprime et se vend chez J.-P. MIGNE, éditeurs aux Ateliers catholiques, rue d'Amboise, au Petit-Montrouge, barrière d'Enfer de Paris
 édition originale
  1849
 1 vol (1436 colonnes), pagination en colonnes à raison de deux par pages
 In-quarto
 demi-basane noir, dos lisse avec filets dorés, titre en lettres dorées


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Jeune retraité de l’armée, Louis-Pierre-François de CHESNEL de la CHARBONELAIS (ou de la CHARBOUCLAIS) se lance à plein temps en 1820 dans l’écriture, exercice auquel il s’était déjà essayé au cours de sa carrière militaire. Il devient alors ce qu’on appelle un polygraphe, c’est-à-dire un écrivain qui s’essaie à tous les genres, du journalisme à la poésie, et n’hésite pas à traiter des sujets les plus divers comme les récits de voyages, la botanique, la zoologie, la morale ou l’ethnologie. Il adopte plusieurs noms de plume, le plus connu étant celui d’Adolphe de CHESNEL.

Il rejoint l’aventure éditoriale initiée par l’abbé MIGNE, créateur de la gigantesque imprimerie des Ateliers catholiques au Petit-Montrouge. À son apogée, cette institution emploiera un effectif de près de six cents ouvriers, composé de fondeurs, typographes, imprimeurs, lecteurs d’épreuves, relieurs, comptables et coursiers. Son but consiste à éditer une immense encyclopédie thématique conforme à la morale chrétienne et à la “science religieuse” : l’Encyclopédie théologique, elle-même intégrée dans un projet plus vaste baptisé (c’est le cas de le dire…) la Bibliothèque universelle du clergé.

C’est dans ce contexte que CHESNEL entreprend la rédaction d’un Dictionnaire de géologie, qui paraît en 1849, constituant le cinquantième tome de la première série. Dans le même ouvrage, il joint la nouvelle édition d’un livre publié dix ans plus tôt sous le titre de Manuel des dates, en forme de dictionnaire. Son auteur, Jean-Baptiste Joseph CHAMPAGNAC, qui l’avait autrefois signé du pseudonyme de Jean-Baptiste Joseph de CHANTAL, a revu et corrigé son ouvrage, qui prend ici le nom de Dictionnaire de chronologie universelle.

Après une série de controverses entre la stricte interprétation des écritures et les découvertes de la science, certains catholiques, désormais sur la défensive, cherchent, depuis le XVIIIe siècle, à concilier ces deux éléments au sein d’une “science” chrétienne. Outil nécessaire pour combattre le scepticisme et contrer les arguments avancés par le monde savant, celle-ci ne se baserait plus sur une lecture littérale mais sur une exégèse critique de la Bible. En opposant au scientisme et au rationalisme des preuves démontrables ces catholiques cherchent à rendre incontestables les fondements du dogme et de l’histoire sainte.

Or, la géologie fait partie de ces sciences naturelles dont les progrès et les conclusions ont remis en cause le récit biblique de la création de la Terre et de l’Univers, laquelle, décrite dans la Genèse, était censée s’être déroulée en six jours et six nuits. Nombreux étaient ceux qui, au cours des siècles, avaient tenté de calculer l’âge de la Terre en se fiant aux données chronologiques présentes dans la Bible. Par ce mode de calcul, l’estimation la plus souvent retenue pour la création de la Terre par Dieu aboutissait à environ 4000 ans avant J.C, date qui s’avère à l’évidence incompatible avec le temps long des âges géologiques, des glaciations, de la formation des reliefs, etc.

Dès lors, les points de vue semblent inconciliables et le conflit devient inévitable entre théologie et géologie : “Jusqu’au commencement du présent siècle environ, les théologiens et les géologues se trouvèrent en désaccord complet sur la cosmogonie. Les premiers, pleins de foi et de respect pour les Saintes Écritures, considéraient en quelque sorte comme autant d’hérésies les doctrines que répandaient les seconds sur les longues périodes qu’ils assignaient entre le dépôt de chaque terrain, et ceux-ci, n’examinant que les faits, se refusaient à admettre que la formation des différentes couches géologiques eût pu s’accomplir dans les six jours annoncés par la Genèse. Une telle désunion était déplorable à plus d’un titre.”

Une solution à ce dilemme, basée sur l’interprétation du texte, est pourtant avancée : les jours cités dans la Bible correspondent-ils vraiment à une journée “terrestre”, soit à une rotation complète de la Terre sur elle-même, ou à une autre unité de temps susceptible d’embrasser des milliers et des milliers d’années ? C’est ce point de vue, qui, de manière habile, permet de mettre de côté la querelle sur la chronologie, tout en étant compatible avec la théorie catastrophiste qui, prônée par CUVIER, est adoptée par CHESNEL : “Nous nous sommes rangés, après un examen consciencieux, du côté de cette opinion qui ne voit dans les jours de la Genèse que des époques… Nous le répétons, si les six jours indiqués par la Genèse peuvent être effectivement regardés, ainsi que nous le croyons, comme six états par lesquels le globe a passé, sans qu’il soit possible de déterminer la durée de chacun des intervalles qui les a séparés, rien ne devient plus aisé que l’alliance de la cosmogonie du prophète Moïse et de la géologie moderne. Elles s’expliquent alors naturellement l’une par l’autre et ne peuvent même se comprendre parfaitement chacune qu’en se prêtant un mutuel appui.”

Pour rédiger son dictionnaire et faire preuve de pédagogie, l’auteur a élargi son champ d’investigation en y intégrant des éléments de zoologie, de botanique, de climatologie, de géographie, de chimie et de physique élémentaire. La géologie est une science encore jeune et son vocabulaire n’est toujours pas unifié. C’est pourquoi une grande partie de l’ouvrage de CHESNEL est consacrée aux synonymes existant en anglais et en allemand, langues utilisées par plusieurs grands précurseurs de la discipline, comme James HUTTON, Abraham Gottlob WERNER et Charles LYELL.

Nombre d’articles sont consacrés à l’étude des fossiles, dont la présence est souvent utilisée pour attester l’existence d’un cataclysme, qui aurait culminé avec le Déluge. En revanche, CHESNEL marque clairement ses distances avec la paléontologie, à laquelle il reproche de “surinterpréter” ses trouvailles : “Nous concevons très bien qu’en présence de diverses parties du squelette d’un animal perdu, on puisse, comme l’a fait CUVIER dans quelques cas, reconstituer cet animal tel qu’il devait être à l’époque de son existence, et se rendre à peu près compte de ses instincts, de ses habitudes, décider enfin si c’était un reptile, un cétacé, un pachyderme, un carnassier, etc. Mais nous contestons que, sur l’examen d’une seule dent, par exemple, dent dont maintes circonstances ont pu même altérer ou dénaturer les caractères primitifs, on ait la prétention, par une suite d’analogies poussées jusqu’à l’incompréhensible, de proclamer que l’individu, à qui cette dent appartenait, offrait des membres de telle ou telle forme, de telle ou telle dimension, et avait telle ou telle inclination.

Les réserves de CHESNEL semblent annoncer le futur point d’achoppement entre foi chrétienne et science, qui va se manifester une dizaine d’années plus tard avec la sortie de l’Origine des espèces de Charles DARWIN. Si la théorie de l’évolution des espèces avait déjà été prudemment évoquée dès le siècle précédent, entre autres par BUFFON, LAMARCK et MAUPERTUIS, la thèse de DARWIN, qui se base en outre sur le principe de sélection naturelle, remet en cause le dogme selon lequel Dieu est au centre de la Création et de l’organisation de la vie sur Terre. Dès lors, le conflit entre Église et progrès se durcit avec, en réaction, l’apparition d’un courant créationniste.

Après la parution de ce livre, CHESNEL signera encore d’autres dictionnaires pour la maison d’édition de l’abbé MIGNE, et s’attaquera à des sujets aussi variés que les superstitions, les “merveilles et curiosités de la nature et l’art”, ou encore les expressions et proverbes. Par la suite, il se consacrera à un sujet qu’il maîtrisera beaucoup mieux, du fait de son expérience militaire. C’est ainsi que son Encyclopédie militaire et maritime, dictionnaire des armées de terre et de mer sera publiée entre 1862 et 1864. Mais l’auteur n’en verra pas l’aboutissement, puisqu’il décèdera en octobre 1862. Ce livre connaîtra le succès et sera régulièrement réédité dans des versions remaniées et augmentées.



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