Espéranto (langue)

Dictionnaire complet Français-Espéranto

Ouvrages d'enseignement despéranto, publiés sous le patronage de La Revuo.

Auteur(s) : GROSJEAN-MAUPIN Émile

 Paris, librairie Hachette et Cie, 79, boulevard Saint-Germain
 édition originale
  1913
 1 vol (XVI-656 p.)
 In-seize
 reliure cartonnée recouverte de tissu rouge, dos lisse avec étiquette


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Longtemps théorisé par les scientifiques et les philosophes, le projet consistant à élaborer une langue construite à vocation universaliste est réactivé au cours du XIXe siècle. Il se concrétise par certaines réalisations, comme l’Universal Glot, le Solrésol, la Stœchiophonie ou la Communicationssprache. Mais ces tentatives, le plus souvent confidentielles, ne parviennent à mobiliser qu’un nombre limité d’initiés.

Le volapük est la première langue à susciter un réel engouement à l’échelle mondiale, en séduisant un nombre conséquent d’apprentis locuteurs. Créé en 1879 par le prêtre catholique Johann Martin SCHLEYER, ce nouveau langage se diffuse d’abord en Allemagne, avant d’essaimer dans toute l’Europe, en Amérique, en Australie et dans certaines grandes villes d’Afrique et d’Asie.

Le succès du volapük semblait être acquis puisque, à son apogée, cette langue comptait près d’un million de locuteurs. Mais les premières tensions ne tardent pas à se manifester au sein de la communauté des volapükistes. En effet, le vocabulaire et la grammaire de cette langue agglutinante, très marquée par l’anglais et l’allemand, permettent difficilement d’entretenir une conversation « spontanée », et des voix se font entendre pour en simplifier le fonctionnement. Malheureusement, cette volonté réformatrice se heurte à l’intransigeance de SCHLEYER, qui entend garder la mainmise sur sa création.

C’est dans ce contexte qu’en 1887 apparaît une nouvelle langue construite, baptisée espéranto, fabriquée par un médecin juif polonais, Ludwik Lejzer ZAMENHOF. Né dans la ville cosmopolite de Bialystok, qui abrite une très importante population yiddish ainsi que des communautés russes, polonaises et allemandes, ce fils d’un professeur de français et d’allemand se passionne très précocement pour les langues. Il en vient à se rallier à l’idée d’une langue universelle qui permettrait de dépasser les clivages de nationalités, de races, de classes sociales et de religion.

À l’âge de 19 ans, le 15 décembre 1878, il présente la première ébauche d’une Lingwe universala. Son père, hostile à ses recherches linguistiques, l’envoie étudier la médecine à Moscou mais, loin de se décourager, ZAMENHOF continue à travailler sur son projet, qu’il rebaptise en 1881 du nom de Lingvo universala. D’abord installé comme médecin généraliste, il se spécialise dans l’ophtalmologie. Sensible à la misère du peuple, il choisit d’exercer dans des quartiers défavorisés et, sa journée finie, continue à peaufiner sa nouvelle langue en la dotant d’un alphabet de 28 lettres, dont 22 latines (le q, le w le x et le y sont absents) et 6 lettres accentuées (ĉ, ĝ, ĥ, ĵ, ŝ, ŭ).

Malgré la surveillance pesante de la censure et les difficultés financières qu’il parvient à surmonter avec l’aide de sa femme et de son beau-père, ZAMENHOF publie, le 26 juillet 1887 à Varsovie, son ouvrage intitulé Langue internationale sous le pseudonyme de « Doktoro Esperanto » (« le docteur qui espère », dans ce nouvel idiome). Cette nouvelle langue utilise les racines indo-européennes les plus répandues, des morphèmes invariables, une écriture phonétique, une conjugaison uniforme en six temps (infinitif, présent, passé, conditionnel, impératif, futur) et une grammaire régulière dépourvue de cas particuliers. Son inventeur entend donner naissance à une langue simple à apprendre et à utiliser car il faut, dit-il, “que la langue soit extrêmement facile, de manière qu’on puisse l’apprendre, comme qui dirait, en passant”.

Bien vite rebaptisé espéranto, ce langage se diffuse dans le monde entier en l’espace de quelques décennies, profitant au passage du ralliement de personnalités comme Léon TOLSTOÏ et Max MÜLLER, mais aussi d’une grande partie des déçus du volapük, dont les effectifs connaissent alors un déclin spectaculaire. À partir de 1905, des congrès internationaux d’espérantistes se tiennent en Europe et à Washington. En 1914, ce sont près de 50 pays qui auraient dû être représentés au congrès prévu à Paris mais qui sera annulé par le déclenchement de la guerre. Même si ZAMENHOF fixe les règles de cette nouvelle langue et en propose un premier lexique dans son Fundamento de Espéranto, il ne se comporte pas, contrairement à SCHLEYER, comme le propriétaire de son invention. Il accepte sans réticence la constitution d’un comité linguistique et d’une Académie d’espéranto, où des projets de réformes peuvent être proposés et débattus.

La France, où un premier club d’espérantistes est fondé à Louhans en 1897, compte en 1911 plus de 9 000 membres, 170 groupes et 6 fédérations régionales. La progression rapide du nombre des locuteurs entraîne une demande croissante de dictionnaires d’espéranto. Un tout premier dictionnaire bilingue voit le jour en 1902, grâce à Louis de BEAUFRONT ; mais ce personnage, qui entend réformer la langue en profondeur, ne fait guère l’unanimité chez les espérantistes. Cet ouvrage est suivi en 1903 par un Vocabulaire français-espéranto plus “orthodoxe”, rédigé sous la direction de Théophile CART, auquel il sera reproché de proposer un lexique trop restreint.

Professeur de français formé à l’espéranto en 1906, Émile GROSJEAN-MAUPIN, un des membres du comité linguistique, fait partie des rédacteurs du journal Franca esperantisto. Convaincu de la nécessité de fournir des outils lexicographiques fiables aux futurs espérantistes, il entreprend de réaliser des dictionnaires bilingues plus complets, ce qui lui vaut d’emblée l’hostilité d’un CART particulièrement conservateur. Assuré du soutien de la Revuo, le journal officiel du mouvement, il publie le premier Dictionnaire complet espéranto-français en 1910. Cette même année paraît l’Enciklopedia Vortareto Esperanta de Charles VERAX, soit la première encyclopédie rédigée en espéranto. En 1913, GROSJEAN-MAUPIN publie son Dictionnaire complet français-espéranto, l’ouvrage présenté ici.

L’un des grands avantages de l’espéranto réside dans un système de formation des mots très pratique et modulable à l’infini. Les noms se terminent en O (comme Kuleko : Cuillère ; Foto : Photo ; Bovo : Boeuf), les verbes en I (Registri : Écrire ; Foti : prendre en photo), les adjectifs en A (Fota : Photographique ; Konvinkoplena : Convaincu), les adverbes en E (Fote : Photographiquement). Il permet également de combiner les racines entre elles ou de les compléter par des préfixes ou suffixes. Par exemple, à partir de Maro (Mer), il est possible de former les mots Mara (Marin, comme adjectif), Maristo (Marin, comme profession), Marakvo (Eau de mer), ou encore Submariĝi (Plonger). 

A priori les possibilités lexicales offertes par l’espéranto sont donc infinies, du moment qu’on dispose des radicaux nécessaires. GROSJEAN-MAUPIN tient à préciser d’emblée qu’il sera beaucoup plus restrictif dans ce dictionnaire que dans le précédent : “Je serai… beaucoup moins tolérant aux néologismes et aux goûts individuels.” C’est ainsi qu’il rejette un grand nombre de radicaux et de mots présents dans des dictionnaires étrangers. Il justifie ce parti pris en prenant appui sur une déclaration faite par ZAMENHOF en 1910 : “Dans les dictionnaires nationaux-espéranto, on doit donner peu de mots, afin de ne pas enseigner aux débutants des mots inutiles ; mais dans les dictionnaires espéranto-nationaux, on doit donner tous les mots qu’on trouve dans les textes espéranto, afin de permettre de lire les œuvres écrites en espéranto.”

Dans ce lexique, notre linguiste apporte un soin particulier à donner la bonne traduction pour les différents sens possibles d’un même mot français. Il insiste pour que les expressions et les proverbes ne soient pas traduits littéralement en espéranto, au risque de générer des contresens absurdes. Par exemple, si le mot âne, pris pour désigner un animal, se dit azeno, le même mot choisi pour qualifier un ignorant se traduit malklerulaco. L’argent, pris comme métal, se dit argento, tandis que mono désigne l’argent synonyme de monnaie. Si épée se dit spada en espéranto, l’expression “donner des coups d’épée dans l’eau” se traduit vane klopodi, soit littéralement “essayer en vain“.

La Première Guerre mondiale marquera un coup d’arrêt à l’expansion de l’espéranto, d’autant que ZAMENHOF décède en 1917. Le mouvement connaîtra pourtant un nouvel élan après la fin des hostilités, les pacifistes proposant, en 1922, que l’espéranto soit retenu comme une des langues officielles de la Société des Nations. GROSJEAN-MAUPIN continuera à être un membre très actif du Comité linguistique puis de l’Académie d’espéranto. Il dirigera la rédaction du grand dictionnaire unilingue de référence, qui sera publié en 1930 sous le titre de Plena Vortaro. Il participera également à l’Enciklopedio, qui paraîtra à Budapest en 1934, soit un an après la mort de GROSJEAN-MAUPIN.

Quelques mots et expressions, tirés de son dictionnaire :

*Antaŭ mortigo de urso ne vendu ĝian felon : Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué

* Hoko : Crochet

*Dankon : Merci

* Malsincereco : Mauvaise foi

*Vivi senlabore : Se la couler douce

* Piedo : Pied, Piedobati : Donner un coup de pied, Piediri : Aller à pied, Piedfrapidi : Taper du pied (impatience)

* Kristnako : Noël

* Li vidas nur gis la pinta de sia nazo : Il ne voit pas plus loin que le bout de son nez



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