Paris (Ville), Histoire de France

Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments

Auteur(s) : LAZARE Félix, LAZARE Louis Clément

 Paris, se trouve chez Félix LAZARE, boulevart Saint-Martin, 17
 édition originale
  1844
 1 vol (VIII-702-24 p.)
 In-quarto
 demi-veau beige, dos à cinq nerfs, titre doré
 quelques gravures dans le texte représentant des blasons


Plus d'informations sur cet ouvrage :

La biographie de Louis et de Félix LAZARE, auteurs de leur seul ouvrage, est peu fournie. Ils sont tous deux employés à la préfecture de la Seine, alors dirigée par RAMBUTEAU, dédicataire de ce dictionnaire. Louis est employé aux archives tandis que Félix assure une fonction de sous-chef, tous deux étant rattachés au bureau chargé des alignements et des percements des rues de Paris. Ces fonctions témoignent de leur grande expertise du tissu urbain parisien, des règles juridiques et techniques de l’urbanisme, des régimes de propriété et des règlements de voirie. Leur travail les conduit à consulter en permanence des archives variées qui constituent une documentation de premier ordre dont une grande partie disparaîtra malheureusement lors de la Commune.

C’est de leur propre initiative qu’ils élaborent un dictionnaire qui résulte de plusieurs années de pratique professionnelle et présente l’ensemble du tissu urbain et des voies de communication de la capitale. Édité à compte d’auteur, le Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments est publié en 1844. Sa sortie répond à une vraie demande des pouvoirs publics à un moment où ils se trouvent en pleine phase de remodelage de l’urbanisme parisien.

Enserrée dans un étroit périmètre dessiné en grande partie par ses fortifications successives, la ville de Paris s’est développée de manière souvent anarchique, malgré le souci constant du pouvoir central d’en contrôler la croissance. À cette époque elle garde de manière très visible les stigmates d’un développement urbain incontrôlé et demeure en grande partie “fossilisée” dans une voirie chaotique héritée du Moyen Âge. La population de Paris atteint presque le million d’habitants en 1841, en augmentation de plus d’un tiers en un demi-siècle et, en raison de sa forte densité, elle souffre d’une très grande insalubrité. Achevée l’année même de la parution de ce livre, l’enceinte de THIERS délimite une superficie urbaine n’excédant pas 80 km2.

Dénoncée dès la fin du Moyen Âge, l’absence d’un réseau de communication adapté et cohérent, associée à un bâti très dense souvent mal construit, freine toute velléité de planifier l’organisation urbaine. La ville de Paris est alors composée d’un lacis de rues, de venelles et de chemins. Souvent trop étroites, “squattées”, dotées d’un tracé tortueux, ces voies, constamment encombrées, se révèlent d’une hygiène douteuse car sombres, sales et mal aérées. La situation s’est pourtant améliorée grâce à l’action de l’État qui a entrepris des travaux d’aménagement destinés à “rationaliser”, assainir et aérer le tissu urbain. On peut citer à cet égard le déménagement des cimetières, la création de places et de nouveaux quartiers, le percement de nouvelles avenues larges et rectilignes (rue de Rivoli, rue de la Paix, etc.). Cette politique d’aménagement et de grands travaux, lancée par NAPOLÉON Ier,r s’est poursuivie sous la Restauration (percement de la rue Rambuteau, aménagement des Champs-Élysées, premières gares parisiennes, nouveau palais de justice, etc.).

Davantage guidés par un esprit pratique que par un souci d’érudition historique, les frères LAZARE ambitionnent d’établir un « état-civil des rues de Paris ». Il s’agit pour eux de reconstituer avec précision la généalogie administrative de chaque rue en remontant depuis les actes les plus anciens jusqu’aux règlements les plus récents. La question juridique demeure en permanence au centre de cette démarche, mais conduit les auteurs à prendre en compte les changements de régime et les modifications administratives successifs : « Qu’une voie publique ait été ouverte en vertu de lettres-patentes, d’un décret de l’empire ou d’une ordonnance royale, l’autorisation n’a pu être accordée au propriétaire des terrains sur lesquels la nouvelle rue devait passer, qu’en lui prescrivant certaines obligations. Ces conditions imposées au propriétaire primitif, engagent ceux qui lui ont succédé et lieront également les personnes qui voudront acheter des terrains ou bâtir des maisons dans le parcours de cette voie publique. »

Ce dictionnaire se veut être un ouvrage pratique destiné aussi bien à l’administration qu’aux architectes, avocats, notaires, acheteurs et propriétaires. Ces derniers se doivent d’être particulièrement vigilants depuis la loi de mai 1841 encadrant les expropriations pour utilité publique, devenues désormais monnaie courante, et définissant des règles strictes pour l’indemnisation des expropriés.

Les articles décrivent toutes les voies de passage connues de la capitale, les monuments, sans oublier les grands équipements publics (hôpitaux et hospices, abattoirs, ministères, etc.). Leur description se fait de manière chronologique en s’appuyant sur les documents officiels consultés. Pour les frères Lazare, il ne s’agit pas de revenir aux origines lointaines, mais de reconstituer, sources écrites à l’appui, l’histoire “administrative” et juridique du tissu urbain parisien. On y trouve souvent la mention de la largeur “officielle” de la rue. On apprend par exemple que la largeur de la rue du Canivet, fixée à sept mètres en 1798 par une décision ministérielle, est portée à dix mètres par une ordonnance de 1843, soumettant ainsi, en vertu d’une servitude dite d’alignement, les maisons riveraines à un retranchement supplémentaire de deux mètres.

Ce dictionnaire qui se veut avant tout technique n’est pas dépourvu de développements et d’anecdotes. Il n’hésite pas à replacer la trame historique dans un contexte plus général, à expliquer l’évolution urbaine du quartier, à retrouver l’emplacement des monuments disparus, à expliciter l’origine des noms des voies et des quartiers ou à relater leurs modifications au cours du temps. On peut lire que les rues de l’Épée-de-Bois et de l’Arbre-Sec tiennent leur nom d’anciennes enseignes, que celle de Courtalon a hérité du patronyme d’un ancien propriétaire, que celle du PetitMusc doit son nom (une déformation de Pute-y-Musse) à sa forte concentration de prostituées, ou encore que la rue Bizet s’est auparavant appelée rue du Tourniquet puis rue des Blanchisseuses. À l’occasion de l’évocation de certains lieux, les auteurs se sont amusés à faire des digressions, comme c’est par exemple la cas pour la fameuse tour de Nesle autrefois située sur le quai de Conti ou pour le Palais-Royal qui donne prétexte au récit des turpitudes du régent et de DUBOIS.

L’intérêt historique de ce dictionnaire est indéniable, car il est publié à un moment charnière, c’est-à-dire à la veille de la grande métamorphose de Paris. En effet, sous le Second Empire la capitale changera complètement de visage grâce à l’action du baron HAUSSMANN, le nouveau préfet de la Seine. En moins de vingt ans, la capitale s’agrandissant et passant, en 1860, de douze à vingt arrondissements, se verra complètement transformée. La loi de 1852 ayant facilité les expropriations, des quartiers entiers seront rasés, reconstruits selon des normes strictes et dotés d’équipements publics modernes permettant le raccordement à l’égout, à l’eau et au gaz. Des grands espaces seront dégagés, tandis que de grandes percées, avenues et boulevards mailleront le réseau parisien. La construction de grands monuments, de gares, de parcs et de ponts parachèvera l’embellissement et la modernisation de la ville. Il est possible de retrouver dans ce dictionnaire le nom de beaucoup de rues anciennes disparues dans les travaux haussmanniens : rue Pierre-à-Poisson, rue de la Pelleterie, rue du Petit-Crucifix, rue de la Calandre, rue de la Barillerie, etc.

À la fin de l’ouvrage se trouve un supplément qui prend en compte les changements apportés entre avril 1844 et septembre 1849, assorti d’une nomenclature recensant les rues ayant récemment changé de nom.



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