Italie, Histoire de l'Italie

Description historique de l’Italie, en forme de dictionnaire

Contenant 1°La géographie tant ancienne que moderne, l'état des royaumes, républiques, principautés, états & villes qui composent cette contrée. 2°L'esprit de leur gouvernement tant civil que politique. 3°Le génie des habitans, leurs mœurs, leurs usages & leur commerce. 4°Un détail circonstancié des monumens antiques.5° La description des églises, palais & édifices publics, les bibliothèques et les précieuses collections qu'elles renferment. 6° Un détail des peintures en mosaïques & tableaux répandus dans les églises & galeries des princes; l'historique de leurs sujets & le nom des artistes qui les ont produit.

Auteur(s) : LA MARRE Marie-Jeanne de

 à Avignon, chez CHAMBEAU, impr. libr. près le collège
 nouvelle édition (la première date de 1776)
  1790
 2 vol: tome 1. A-L (VII-384 p.), tome 2.M-Z (404 p.)
 In-octavo
 veau fauve, dos lisse avec motifs dorés
 1 gravure en frontispice, ouvrage enrichi d'une carte de l'Italie et de 40 planches en taille-douce, bandeaux illustrés, culs-de-lampe


Plus d'informations sur cet ouvrage :

À partir du XVe siècle, l’Europe entre dans une nouvelle ère culturelle, philosophique, artistique et esthétique qui prendra par la suite le nom de Renaissance. En rupture avec les valeurs et les traditions de l’époque médiévale, l’Occident adopte désormais comme référence l’Antiquité gréco-romaine, dont les arts, la littérature et la pensée alimentent un courant intellectuel : l‘humanisme qui, à long terme, va modifier en profondeur l’ensemble de la société. L’Italie, terre d’élection de la civilisation de la Rome antique, dont elle a conservé un très grand nombre de vestiges, a aussi connu un renouveau artistique et culturel inspiré de l’Antiquité. Les prémices de ce mouvement artistique se sont manifestées dès le XIVe siècle (Trecento), avant de s’épanouir dans plusieurs pôles majeurs comme Florence, Milan et Rome, à partir du XVe (Quattrocento). Pendant des siècles, la péninsule italienne devient le phare d’une nouvelle civilisation, dont l’influence s’étend à l’ensemble du continent en s’amplifiant sous l’effet du développement de l’imprimerie et des grandes découvertes qui bouleversent les perspectives et l’univers mental de l’Europe.

Au  cours du XVIe siècle, la Renaissance s’est propagée de l’Italie à l’Europe entière, mais la péninsule demeure la patrie par excellence des arts, des lettres et des sciences. Ses monuments et ses œuvres, érigés au fil du temps en véritables “canons” artistiques, sont tout naturellement destinés à servir de modèles aux créateurs à venir. Dès lors, le voyage d’études en Italie devient un passage quasi obligé pour les artistes et les gens de lettres, dont certains bénéficient d’un parrainage officiel. Dès 1666, la France crée une académie à Rome pour y héberger des pensionnaires sélectionnés par concours et invités à venir se former sur place. Autre filière, d’autres étrangers gagnent également l’Italie pour compléter leur formation dans le domaine des langues, du commerce, de l’industrie ou de l’artisanat. Enfin, s’apparentant à un véritable “tourisme” culturel, des aristocrates, des étudiants, des écrivains ou de jeunes diplômés prennent l’habitude d’effectuer des voyages de découverte dans des pays et des villes européens. Le séjour en Italie devient le point fort de cette pérégrination initiatique, dénommée « le grand tour », qui connaîtra un engouement croissant à partir du XVIIIe siècle et génèrera toute une littérature spécialisée.

Certes les récits de voyages, les itinéraires et les descriptions, ont déjà fait l’objet de nombreux livres, mais ils s’avèrent être souvent très volumineux. Il existe donc une véritable demande potentielle pour des ouvrages portatifs conçus comme des guides qui détailleraient les merveilles à découvrir en Toscane, en Lombardie, en Vénétie, à Rome, à Naples ou en Sicile. C’est ainsi qu’en 1776 est édité un Guide pour le voyage d’Italie en poste, suivi par un autre ouvrage en deux volumes se voulant à la fois pratique, synthétique et encyclopédique, publié sous le titre de Description historique de l’Italie, en forme de dictionnaire. Il s’agit de l’ouvrage présenté ici. L’auteur est anonyme, la page de titre ne donnant comme seul indice que la mention suivante : « par M. de L. M. de l’Académie de S. Luc à Rome ». Par recoupements, les exégètes ont supposé qu’il s’agissait des initiales de Marie-Jeanne de LA MARRE, dont la présence à l’Accademia di San Luca est attestée à partir de 1773. D’autres auteurs émettent l’hypothèse que ce livre serait plutôt l’œuvre de Jacques LACOMBE, en raison de sa ressemblance avec son Dictionnaire historique et géographique portatif de l’Italie, publié l’année précédente. La Description historique sera rééditée à Avignon en 1790, dans une version enrichie d’un avant-propos.

Le but recherché par l’auteur consiste avant tout à fournir un ouvrage pratique peu encombrant pour un voyageur qui “ne peut se charger d’une bibliothèque entière”. Ce livre résulte d’une compilation “des meilleures relations des voyageurs françois & anglois, & ensuite rectifiées sur les lieux par des amateurs & des artistes qui en ont fait le voyage par goût & en vrais connoisseurs”. Son auteur a abondamment puisé dans la référence française du genre, le Voyage d’un François en Italie, publié en 1769 par l’astronome Jean-Jérôme LEFRANÇOIS de  LALANDE. Les notices du livre, qui s’attardent longuement sur les monuments remarquables, les palais, les monastères, les églises, les “antiquités”, les bibliothèques publiques et privées, ne manquent jamais de proposer des rappels historiques et de multiples anecdotes.

Mais l’ouvrage, qui n’est pas uniquement tourné vers les vestiges du passé, prend également en compte l’organisation politique des différents États italiens, ainsi que “le génie des habitans, leurs mœurs, leurs usages & leur commerce”. Il s’intéresse aussi aux institutions (académies, l’Inquisition, administrations diverses, etc.), aux corporations, aux ordres honorifiques et aux fêtes locales, comme le carnaval ou la cérémonie du Bucentaure qui se déroulent à Venise. Le contenu n’est pas sans rappeler les actuels Guides Michelin ou Guides bleus, mais l’organisation alphabétique de l’ensemble suppose que le lecteur dispose d’une bonne connaissance préalable de la géographie de l’Italie, même si une carte générale de la péninsule est intégrée au livre. Il est à noter qu’à l’époque la Savoie et la région de Nice faisaient partie de l’aire politique italienne et que, par conséquent, Annecy, Chambéry, Menton ou la vallée de la Maurienne trouvent place dans l’ouvrage.

Un des points forts de ce livre est de proposer une iconographie fournie et de qualité, rarement présente dans un ouvrage de ce genre pour une question de coût. Les gravures sont extraites d’un ouvrage plus ancien, Nouveau Voyage d’Italie de Maximilien MISSON, publié pour la première fois en 1691, qui a connu un succès durable. Parmi les lieux présentés, nous pouvons découvrir Pompéi, Herculanum et Stabies, villes ravagées par la fameuse éruption du Vésuve en l’an 79. Ensevelies sous les cendres et les débris volcaniques, ces cités romaines, retrouvées grâce à des campagnes de fouilles entreprises au XVIIIe siècle, sont en cours de déblayage. Leurs vestiges, bien conservés par des siècles passés sous terre, sont alors en cours d’inventaire, celui-ci étant alors plus avancé à Herculanum, qui dans le dictionnaire mérite un assez long chapitre, qu’à Pompéi.

Si les guerres révolutionnaires et napoléoniennes vont fortement perturber le “grand tour”, celui-ci reprendra de plus belle, l’Italie devenant le passage obligé des écrivains, des intellectuels, des peintres, des architectes et des sculpteurs, mais aussi des amateurs d’art et des collectionneurs. Au cours du XIXe siècle, les guides vont évoluer avant d’adopter la forme que nous leur connaissons aujourd’hui, privilégiant de plus en plus le côté pratique au détriment du contenu culturel.

Quelques extraits

*Procaccio : On nomme ainsi en Italie un entrepreneur de voitures qui part une fois la semaine & qui met six jours pour aller de Rome à Naples. C’est la voiture la plus sûre ordinairement. Il en coûte trois sequins pour la route.

*Pesti : Village situé à dix-huit lieues de Naples dans le golfe de Salerne ; c’est le reste de la ville de Paestum ou Poseidonia qui donnoit son nom au golfe qui la mouille, & dont il n’y a plus que de magnifiques ruines longtemps inconnues par ce que Pesti ne se trouve pas fur une route fréquentée par les antiquaires & les curieux. L’ancienne ville de Paestum, selon les uns, fut fondée par les Sybarites &, selon les autres, par les anciens Doriens. On admire ses ruines comme des restes de ce que l’architecture grecque a produit de plus parfait.

*Mathei (Villa) : Sur la hauteur du Mont-Cœlius on y respire le meilleur air de Rome. La manière dont les jardins sont distribués les fait paroître beaucoup plus étendus ; ils font presque abandonnés et une partie est en forme de théâtre antique. On voit au fond un buste colossal qui a huit pieds de haut, la statue devoit en avoir soixante-quatorze. Il y a surtout quantité de petits tombeaux de marbre & d’urnes sépulcrales. On y voit un obélifsue antique, formé de deux pièces de granit, couvert dans le haut d’hiéroglyphes, un Apollon prêt à écorcher Marsyas, par Olivieri, un cheval de bronze antique de demi-grandeur écorché ayant les veines, les nerfs & les muscles découverts.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée Champs requis marqués avec *

EffacerSoumettre