Personnages historiques, Biographies, Histoire

Biographie universelle ou Dictionnaire historique

contenant la nécrologie des hommes célèbres de tous les pays, des articles consacrés à l'histoire générale des peuples, aux batailles mémorables, aux grands évènements politiques, aux diverses sectes religieuses, etc. depuis le commencement du monde jusquà nos jours

Auteur(s) : WEISS Charles

 

BEAUVAIS de PREAU Charles-Théodore

 Paris, FURNE et Cie, libraires-éditeurs, 55 rue Saint-André-des-arts
 édition originale
  1841
 6 vol : Tome 1. A-CHA (768 p.), Tome 2. CHAMFORT-GERMAN (768 p.), Tome 3. GERMANICUS-MALEVILLE (640 p.), Tome 4. MALEZIEU-PLUT (640 p.), Tome 5. PLUV-SZY (696 p.), Tome 6. TAB-ZYR (640 P.)
 In-quarto
 demi-cuir fauve, dos lisse orné de motifs dorés
 60 portraits gravés sur cuivre


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Passionné de littérature et de poésie, Charles WEISS accède, en 1812, à la fonction de conservateur-administrateur de la bibliothèque de Besançon. Très attaché à sa ville natale, il conservera cette fonction jusqu’à sa mort. Dynamique, il enrichit considérablement le fonds de son établissement, qui, comprenant 50 000 volumes à sa prise de fonctions, comptera, à sa mort, plus de 130 000 ouvrages. Il appartient à l’académie locale et entretient une abondante correspondance avec Charles NODIER, son ami d’enfance.

Il acquiert rapidement une réputation d’érudit, et l’Europe entière lui écrit pour solliciter des renseignements biographiques et bibliographiques. C’est donc en toute logique que Joseph-François et Louis-Gabriel MICHAUD le sollicitent pour contribuer à leur célèbre Biographie universelle ancienne et moderne qui constitue un monument d’érudition couramment appelée “le Michaud” par tous les libraires et les bibliophiles. Publié à partir de 1811, ce monumental dictionnaire comprend au final, en 1828, cinquante-deux volumes. Difficile à estimer avec précision, la participation de WEISS semble avoir été importante, et il sera souvent identifié par la suite comme l’un des plus importants contributeurs, certains avançant le chiffre de 5 000 notices à son actif.

Devant le succès public et commercial de l’ouvrage, le libraire parisien GOSSELIN met en chantier une version concurrente plus condensée, sous la direction du général BEAUVAIS assisté de BARBIER. Publiée entre 1826 et 1829, la Biographie universelle classique ne rencontre guère le succès espéré, jugée par la critique comme un compilation bâclée. En 1833, GOSSELIN s’associe avec l’imprimeur FOURNIER et son collègue FURNE. La même année, ce dernier décide de reprendre le projet d’un dictionnaire biographique grand public et publie à nouveau, sous le titre de Biographie universelle ou Dictionnaire historique, le dictionnaire élaboré sous la direction de BEAUVAIS. Cet ouvrage ne reçoit pas un meilleur accueil que la première édition, et l’éditeur entreprend de le faire compléter et remanier par une personnalité reconnue qui apporterait une caution prestigieuse au livre.

Dès 1837, FURNE prend contact avec WEISS pour qu’il assure la direction intellectuelle et scientifique de l’entreprise. Séduit par la personnalité de l’éditeur, celui-ci lui donne son accord de principe, mais sollicite un délai avant de se lancer. Consultant la Biographie universelle classique, son jugement à l’égard du livre s’avère sans appel et lui permet de mesurer l’étendue du travail à accomplir : « Il n’y a pas un seul article qui ne soit à rédiger de nouveau, et chaque page offre, indépendamment des fautes grammaticales grossières, une accumulation de non-sens et de bévues, dont une seule jadis aurait suffi à faire tomber l’ouvrage. »

Malgré de solides réticences et un agenda chargé, WEISS accepte pourtant de relever le défi. Mais ; comme l’atteste son journal, il est amené à regretter assez vite son engagement : « Je suis malheureusement le réviseur de la biographie FURNE et, qui ne le sait pas, grâce à l’indiscrétion de M. FURNE. » Il a du mal à travailler sereinement en partant d’un livre qu’il juge être « l’une des plus étonnantes mystifications de ce siècle de charlatanerie et de friponnerie ». Secondé par une petite équipe, dont ses amis VIANCIN et PÉRENNÈS, il s’attelle courageusement à la tâche, et les six tomes finissent par paraître au cours de l’année 1841. Afin de rendre l’ouvrage plus attractif, FURNE y fait insérer des gravures représentant des grands personnages comme CAMOENS, CHARLES QUINT ou CORNEILLE.

En introduction l’éditeur fait l’éloge de cette nouvelle version et de l’équipe qui en a dirigé la conception. Il évoque même le fait que l’ancienne édition de la Bibliographie universelle ne se trouve plus dans le commerce et qu’une nouvelle édition était donc nécessaire. Loin d’être due au succès de librairie, cette “pénurie” résulte du fait qu’une grande partie des livres avait disparu dans un incendie.

L’accueil public et critique est loin d’être enthousiaste, et ce d’autant plus qu’une nouvelle édition corrigée et augmentée du dictionnaire des frères MICHAUD est déjà en cours de rédaction. Sans doute imputables au manque d’enthousiasme de WEISS, aux pressions de FURNE, désireux de voir achever l’ouvrage au plus vite, et à la qualité inégale de son équipe, de nombreuses erreurs ont été conservées pendant qu’apparaissaient de nouvelles.

Le critique LALANNE parle d’un « chef-d’œuvre de désordre et de négligence » et de « détestable compilation ». La Revue indépendante livre de son côté une analyse impitoyable : « Nous ne comprenons pas comment un érudit aussi estimable que M. WEISS ait pu donner son nom à un ouvrage aussi mal fait que celui dont il est question… Comme ce travail s’est fait à la hâte, et avec précipitation, il a dû nécessairement donner lieu à de nombreuses erreurs… Ainsi, il n’est pas rare de voir des hommes qui meurent avant de naître, des enfants plus âgés que leurs pères, des femmes changées en hommes, des individus dont la longévité ferait envie aux patriarches hébreux. »

Bien que son nom soit mis en avant sur la page de titre, la réputation de WEISS ne semble pas sortir écornée de ces polémiques. Ce dernier n’est souvent représenté que comme un simple exécutant peu motivé mais lié par ses engagements, contraint de travailler à partir d’un matériau déjà défectueux et poussé par un éditeur qui apparaît comme le véritable maître d’œuvre du livre et le véritable responsable du naufrage. Pour qualifier cette Biographie universelle, les bibliographes, lexicographes et historiens parlent d’ailleurs plus volontiers de la Biographie Furne. Certains avancent même l’hypothèse que WEISS n’aurait pas réellement pris part aux travaux et qu’il n’aurait accepté la tâche que pour pouvoir procurer du travail à des amis proches.

Dédouané par ses pairs, sa carrière ne souffrira pas de cet épisode. Quelques années plus tard, il dirigera avec BUISSON une nouvelle édition du Dictionnaire historique de FELLER, publiée entre 1847 et 1850. Cette même année il sera fait officier de la Légion d’honneur. De son côté, FURNE continuera son activité de libraire-éditeur et connaîtra la renommée en publiant les dix-sept tomes de la Comédie humaine de BALZAC.

À la fin du tome six prend place un supplément (à partir de la page 573) contenant les notices biographiques des « personnages morts pendant l’impression des premiers volumes et les notices omises ».



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