Humour

Baleinié, dictionnaire des tracas (Le)

Auteur(s) : MURILLO Christine, LEGUAY Jean-Claude, OESTERMANN Grégoire

 

PUDLES Daniel (dessins)

 Paris, Seuil
 édition originale
  2003
 1 vol (169 p.)
 In-douze
 reliure carton et tissus vert
 dessins en noir et blanc par Daniel PUDLES


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Si nous nous fions aux dictionnaires les plus complets, la langue française compte au moins 100 000 mots. Ce chiffre reste bien sûr à relativiser, car le français usuel plafonne à 30 000 mots ; tandis que, dans son utilisation quotidienne, la plupart des locuteurs utilisent essentiellement 5 000 mots, la “fourchette basse” se situant autour de 600 mots, supposés suffire pour comprendre des textes de base. Pourtant, malgré cet impressionnant arsenal mis à notre disposition, notre vocabulaire se montre bien souvent impuissant à retranscrire en un seul terme des sentiments, des affects, des sensations ou encore les petits tracas qui émaillent inévitablement notre vie ordinaire. C’est pour répondre à cette dernière lacune que trois auteurs ont imaginé de composer un lexique de néologismes humoristiques, savoureux et inventifs. Ces trois bienfaiteurs de la lexicographie sont les comédiens Christine MURILLO, Jean-Claude LEGUAY et Grégoire OESTERMANN.  Animés par l’amour de la langue et l’esprit de dérision, ils présentent leur travail en ces termes : “Certains tracas, on se croyait seul à les subir alors qu’on était nombreux à les partager. Dès lors, les répertorier et leur donner un nom nous apparut de nécessité publique.” En 2003, ils publient le fruit de leur créativité langagière dans un ouvrage intitulé Le Baleinié, Dictionnaire des tracas. Ce titre est inspiré par le nom du restaurant dans lequel les trois compères avaient leurs habitudes : Le dos de la baleine.

Pour construire ces nouveaux mots, les auteurs n’ont pas opté pour l’élaboration de mots-valises. Ils ont plutôt joué sur les sonorités farfelues ou poétiques, l’euphonie, ainsi que sur l’art des onomatopées. À travers un répertoire de 144 termes, que n’auraient pas reniés les membres de l’Oulipo, Jarry ou les surréalistes, le Baleinié pose ainsi un mot sur les nombreuses “petites misères” auxquelles nous avons quasiment tous été confrontés : Abrataphier désigne le fait de  se prendre la manche dans la poignée de la porte, un bol de café dans la main ; le Zoupard est la distance qui reste entre le ticket de péage et le bout des doigts tendus essayant en vain de l’attraper ; Tacoubanasser est tomber pile sur la fève en découpant la galette des rois ; une Valvarope est une chemise encore humide qu’il nous faut enfiler malgré tout ; Vertiglier veut dire jeter quelque chose qui n’a jamais servi à rien et en avoir justement besoin le lendemain ; Xu est un objet que l’on a soigneusement rangé mais on ne sait désespérément plus où ; la Puace est le fond de verre de vin insuffisant pour en faire une vraie gorgée ; Jubjoter signifie émerger d’un rêve sans savoir la fin et chercher à y retourner pour en connaître la conclusion, etc.

À noter que, dans ce drôle de vocabulaire, la locution “Ousse” est ajoutée devant un mot pour l’accentuer et l’aggraver. Par exemple, Stralisquer signifie s’asseoir sur ses lunettes, mais Ousse-stralisquer, c’est s’asseoir sur les lunettes de son voisin.

 Le Baleinié a connu un incontestable succès critique et public. Trois autres tomes seront édités entre 2005 et 2013, enrichissant le vocabulaire de termes incongrus mais évocateurs, comme Damextan, qui désigne le “couteau rangé de telle sorte qu’on ne peut plus ouvrir le tiroir des couverts” ; Zwycky, qui signifie être battu au scrabble par un enfant à qui vous avez appris à lire ; ou encore Méluter, qui veut dire “se demander soudain si on n’avait pas plutôt rendez-vous ailleurs ou demain, ou ailleurs et demain”.

Pour ceux qui s’intéressent aux curiosités et aux friandises langagières, nous vous renvoyons également au billet que nous avions consacré à Tingo, un ouvrage recensant une multitude de termes sans équivalents, et n’existant que dans une seule langue. En France, un ouvrage traitant du même sujet a également été publié en 2016 sous le titre :  Les mots qui nous manquent.

Morceaux choisis du Baleinié

Boulbos, n.m., camion qui vous masque systématiquement le panneau sur l’autoroute.

Plute, n.f., prix oublié sur un cadeau – Ousse-plute… et c’était en solde !

Dadu, bruit malpoli que le fauteuil en cuir a fait quand vous vous êtes assis dedans – Ousse-dadu, silence du même fauteuil quand vous vous rasseyez pour prouver que ce n’est pas vous.

Esquériner, se garer en heurtant le pare-chocs de la voiture de derrière alors que son conducteur est à l’intérieur.

Davernude, personne qui vous embrasse comme du bon pain et dont vous êtes incapable de vous souvenir du nom.

Belgoyer, se pencher pour ramasser ses clefs et faire tomber stylo, lunettes, monnaie et téléphone portable.

Duguelonette, jupe coincée dans votre collant au sortir des toilettes.

Bibouplelouler, mettre un jeton dans l’auto-tamponneuse, et s’apercevoir qu’on est seul sur la piste.

Double-riquesta, tentative d’aplatissement extrême pour se glisser entre deux tables de restaurant.

Igourie, don inné pour chercher d’abord dans la mauvaise poche.



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