Livre des proverbes français (Le)
précédé de recherches historiques sur les proverbes français et leur emploi dans la littérature du Moyen-âge et de la Renaissance
Auteur(s) : LE ROUX de LINCY Antoine
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Né à Paris en 1806, Antoine-Jean-Victor LE ROUX de LINCY devient, en janvier 1831, pensionnaire de l’École nationale des chartes dans laquelle, l’année suivante, il obtient un diplôme d’archiviste-paléographe. Il témoigne rapidement d’un vif intérêt pour l’ancien français, en particulier la littérature médiévale. En 1836, il publie une version commentée et augmentée d’un glossaire du Roman de Brut, alors qu’en parallèle il travaille à une synthèse quasi encyclopédique sur le merveilleux médiéval : Le Livre des légendes. Il en publiera l’introduction mais renoncera à aller au bout de ce projet, qui lui tenait pourtant à cœur. Alors qu’il vient d’achever la publication d’un imposant Recueil de chants historiques français depuis le XIIe jusqu’au XVIIIe siècle, il fait éditer en 1842 Le Livre des proverbes français, précédé d’un texte de Ferdinand DENIS (alors conservateur de la bibliothèque Sainte-Geneviève) intitulé Essai sur la philosophie de Sancho Pança.
Après avoir accumulé de nouveaux matériaux, il rédige une seconde version revue, corrigée et augmentée, qui sera publiée en 1859 dans la collection Bibliothèque gauloise de l’éditeur Adolphe DELAHAYS ; il s’agit de l’ouvrage présenté ici. L’introduction de DENIS a été remplacée par un long texte de l’auteur : Recherches historiques sur les proverbes français et leur emploi dans la littérature du Moyen Âge et de la Renaissance. L’ouvrage se présente comme une vaste compilation de proverbes et d’expressions recueillies dans divers ouvrages tels que Curiosités françaises d’Antoine OUDIN ; Trésor des sentences dorées, dicts, proverbes & dictons communs de Gabriel MEURIER ; les romans de RABELAIS ; Le Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française de Pierre-marie QUITARD ; le Proverbium vulgarium libri tres de Charles de BOVELLES ; les recueils de Jean GRUTER, ou encore des almanachs.
LE ROUX de LINCY organise son classement en quatorze séries, dont certaines sont pour le moins éclectiques : les proverbes sacrés se rapportant à Dieu et à la religion ; ce qui est relatif à la nature physique, comme les minéraux ou les plantes ; ce qui se rapporte à la météo, aux astres, aux saisons et au cours du temps ; le monde animal ; l’homme ; les pays et les peuples ; la France et ses provinces ; les blasons et les devises ; les noms propres en général ; les titres, la guerre, la chasse, les divertissements ; la politique, les lois, les sciences, les arts et les lettres, le commerce et les métiers ; les coutumes ; la nourriture ; et enfin les proverbes moraux. Jugeant que ses prédécesseurs s’étaient cantonnés aux XVIe et XVIIe siècles, il met un point d’honneur à inclure dans son ouvrage des exemples tirés des manuscrits antérieurs, du XIIe au XVe siècle, comme Les Proverbes au vilain et les distiques de Dionysius CATO.
LE ROUX de LINCY retranscrit les phrases dans leur version d’origine, ce qui les rend parfois absconses pour qui n’est pas familiarisé avec l’ancien français. Il les traduit et les explicite la plupart du temps mais pas systématiquement. Certains proverbes nous paraissent mystérieux, faute de contextualisation : Es chiens tuer congnoit l’on les fous, Les nonnains de Genova retournent du bain, et puis demandent congé à l’abbesse, etc. Nous retrouvons dans son dictionnaire beaucoup de sentences passées dans le langage courant : L’habit ne fait pas le moine, Se tirer une épine du pied, Il ne sait à quel saint se vouer, Il faut battre le fer tandis qu’il est chaud, Chercher une aiguille dans une botte de foin, etc.
Après la parution de ce dictionnaire, et jusqu’à son décès en mai 1869, LE ROUX de LINCY continuera à écrire sur la littérature médiévale, la bibliophilie, mais aussi sur l’histoire de France et l’histoire de Paris.
Quelques exemples de proverbes
– Le fruict ensuit la belle fleur,
Et la bonne vie grand honneur.
– Mieux vaut gigot voisin et prochain
Qu’un gros mouton lointain.
– Un grand seigneur, un grand clocher, et
une grande rivière, sont trois mauvais voisins.
– Arbre trop souvent transplanté
Rarement fait fruict à planter (en abondance).
– Assez trouverez amis de bouche,
Mais bien peu sont amis de bourse.
– L’an passé est tousjours le meilleur.
– Quand le soleil se joint au vent
On voit en l’air plouvoir souvent.
– On voit plus de vieux ivrognes que de vieux médecins.
– II y a des Anglais dans cette rue, je n’y
veux pas aller (C’est-à-dire j’ai là des créanciers).
– Si tu veux cognoistre quel soit l’homme
Donne luy office, charge ou somme.
– Un bon père de famille doit être partout,
Dernier couché premier debout.





