Arts, culture générale

Dictionnaire instructif où l’on trouve les principaux termes des sciences et des arts

dont l'explication peut être utile ou agréable aux personnes qui n'ont pas fait des études approfondies

Auteur(s) : FORMEY Johann Heinrich Samuel

 à Halle, chez Jean Justin GEBAUER
 édition originale
  1767
 1 vol (639 p.)
 In-octavo
 cuir beige, dos à cinq nerfs décoré de motifs floraux dorés
 portrait du prince HENRI, frère du roi de Prusse, lettrines ornées, bandeau décoratif


Plus d'informations sur cet ouvrage :

Fils de huguenots français réfugiés dans le Brandebourg, Samuel FORMEY devient pasteur. Réputé pour sa grande érudition, il enseigne l’éloquence et la philosophie au collège français de Berlin. Auteur et journaliste prolifique, il se montre sensible aux raisonnements philosophiques et aux débats d’idées qui agitent l’Europe “éclairée”, tout en demeurant soucieux dans ses écrits de ne jamais franchir certaines limites, particulièrement dans le domaine religieux. Il est connu pour avoir contribué à faire découvrir la pensée de Christian WOLFF en France. Futur secrétaire perpétuel de l’Académie de Prusse, il murit le projet de composer son propre dictionnaire universel et, dans ce but, il entreprend de réunir une riche documentation.

Alors qu’il progresse dans sa collecte, il apprend que des libraires parisiens envisagent de publier une encyclopédie basée sur celle de CHAMBERS. À sa propre initiative, il leur vend la plus grande partie des matériaux réunis pour projet d’ouvrage, soit 1 800 pages manuscrites, contre un dédommagement de 300 livres qui lui est versé par le libraire BRIASSON. Les notes de FORMEY seront par la suite publiées in extenso dans l’Encyclopédie de DIDEROT et D’ALEMBERT, et utilisées comme documentation par les encyclopédistes. Bien que non officiellement intégré à l’équipe éditoriale, FORMEY devient de facto un  collaborateur notable de cette grande aventure éditoriale.

En dépit de son adhésion spontanée, il ne se départit jamais d’un esprit critique qui va l’éloigner de plus en plus nettement des encyclopédistes. Il juge que l’œuvre est devenue exagérément monumentale, mais il est également rapidement indisposé par les prises de position de plusieurs de ses contributeurs sur la religion, la libre pensée et la remise en cause de l’ordre social au nom du primat de la raison. Il multiplie les “passes d’armes”, par écrits interposés, avec VOLTAIRE, ROUSSEAU et même DIDEROT.  Ses réticences finiront par le décider de rédiger lui-même une version corrigée de l’Encyclopédie, projet qu’il désigne comme une “Encyclopédie réduite“, soit un ouvrage non susceptible de porter offense “à la religion, au gouvernement et aux bonnes mœurs”.

Dans ses écrits préparatoires, il s’attarde sur les nombreuses erreurs relevées dans les cinq tomes de l’Encyclopédie déjà publiés, et pointe le fait que l’œuvre, devenue beaucoup trop volumineuse et “verbeuse” à son goût, est d’un coût élevé. Il ajoute perfidement :  “C’est le prix considérable de ce livre qui permet à peu de personnes d’en faire l’acquisition, sans compter que la grosseur des volumes & l’immensité des détails ne conviennent pas à tout le monde.”  Il se fixe un objectif ambitieux : “J’atteindrai bientôt les encyclopédistes, & alors je donnerai régulièrement un volume, après que celui du grand ouvrage auquel il répondra aura paru. Même s’il prétend vouloir retranscrire “l’essence de l’original”, enrichi et corrigé par d’autres sources, il s’agit bel et bien d’un projet de réécriture proche du plagiat.

Début janvier 1756, il fait éditer un prospectus, dans lequel il expose son programme à MALESHERBES. Pressentant les résistances à venir, il écrit également à la Société royale de Londres pour obtenir un soutien, qu’il n’obtiendra pas. Le 13 février, D’ALEMBERT lui adresse un courrier qui, pour courtois qu’il soit, n’en est pas moins très direct : « Je doute qu’il [le projet] soit goûté ni par les libraires, ni par les auteurs de l’Encyclopédie. Il ne peut que faire tomber, s’il est mal exécuté, un ouvrage auquel vous avez travaillé. » Trois jours plus tard, D’ALEMBERT s’adresse directement à MALESHERBES, à la demande expresse des libraires, qui voient là un danger direct pour la rentabilité et la pérennité de leur entreprise : « Personnellement, il m’importe peu que l’Encyclopédie soit réduite, démembrée, déchirée, persécutée, supprimée ; mais le procédé de Monsieur FORMEY ne me paraît ni juste ni honnête, & la demande des libraires me paraît équitable. J’ajoute que Monsieur FORMEY désoblige tous nos auteurs. » Soucieux de laisser à ce dernier une chance de sauver les apparences, D’ALEMBERT lui écrit un mois plus tard : « Je n’ai jamais douté que l’entreprise de l’Encyclopédie réduite ne vous ait été suggérée… si vous me demandez conseil, je crois que vous ferez sagement & honnêtement de renoncer.”

Finalement, le projet n’aboutira pas car FORMEY n’obtiendra jamais l’autorisation escomptée. Mais, malgré cette déconvenue, FORMEY, qui se rebelle et persévère dans son idée, entame la rédaction de son livre dès 1764 à une échelle plus réduite que celle de son très ambitieux projet initial. Prétendant exécuter la commande du prince HENRI, frère du roi de Prusse, il publie à Halle, en 1767, un Dictionnaire instructif où l’on trouve les principaux termes des sciences et des arts ; c’est l’ouvrage présenté ici. Dans sa préface, il revient sur son encyclopédie avortée, déclarant qu’il y avait renoncé face aux inquiétudes des libraires et des auteurs qui, selon lui, “me firent connaître qu’ils craignaient que mon Abrégé ne portât préjudice à leur débit ; et, quoique cette crainte ne me parut pas fondée, je me désistai aussitôt et pour toujours de mon dessein. Je l’aurais fait par les seuls principes de l’équité et des égards qu’on se doit dans la société”.

Pour son nouvel ouvrage, il revendique sans ambages l’Encyclopédie comme une source d’inspiration au service d’une œuvre nouvelle à visée essentiellement “pédagogique“. Il présente son travail en ces termes : “Je me suis borné à la considérer comme une simple table de mots dont je pouvais suivre le fil.” Il ne ménage pas ses critiques, sans pour autant se départir de sa réelle admiration pour le projet initial : “En les lisant, comme j’y ai été appelé, je ne dissimulerai pas que j’y ai trouvé un grand nombre d’inexactitudes, dont il y en a même d’impardonnables, puisqu’il ne s’agissait presque que d’ouvrir les yeux pour les apercevoir et les faire disparaître. Il y a, par exemple, une foule d’articles doubles ; et cela uniquement à cause de la différente orthographe des mêmes mots : différence, puisqu’il faut tout dire, qui vient pour l’ordinaire de l’ignorance de la langue grecque, source principale de toutes les étymologies. Que de noms estropiés ! Que de dates falsifiées ! Que de faits altérés ! Que de raisonnements vagues et confus ! Que de hardiesses déplacées ! Mais cela n’empêche pas qu’il n’y ait des trésors dans l’Encyclopédie, et que ces trésors n’en fassent le fond. Quoiqu’il en soit, sans m’ingérer dans aucune critique, j’ai tâché d’éviter ces écueils ; et je puis assurer que, dans un très grand nombre d’articles dont l’Encyclopédie m’a fourni le mot, j’ai considérablement rectifié la chose.” Enfin, pour conclure, il résume le fond de sa pensée par cette formule : “De quelque étendue que soit un Dictionnaire, il ne s’agit point d’y mettre des dissertations, d’y enchâsser des volumes, comme on l’a fait dans l’Encyclopédie : l’essentiel est de conduire aux sources et à de bonnes sources.”

Cent des cent-dix-neuf articles attribués à FORMEY dans l’Encyclopédie figurent dans son Dictionnaire instructif, même si ce n’est parfois que sous forme partielle. Il reprend également, en les modifiant, les articles de certains autres encyclopédistes, en corrigeant tout ce qui peut prêter à polémique. Il sera raillé par les encyclopédistes, qui le décriront comme un aventurier âpre au gain qui essaie de profiter du succès de l’Encyclopédie pour se faire un nom et en tirer bénéfice. Mais, malgré tous ses efforts, FORMEY peut constater que le Dictionnaire instructif ne porte pas ombrage à l’entreprise de DIDEROT et D’ALEMBERT, et ne suscite guère que de l’indifférence de la part du “camp adverse“. L’ouvrage, très classique dans le fond comme dans la forme, sacrifie les techniques et l’histoire au profit de la théologie, des arts et des sciences, et passe sous silence les sujets délicats comme les schismes ou le principe de tolérance. Au final, le dictionnaire est bien loin de connaître le succès de son modèle, au point même de n’avoir été réellement redécouvert que récemment. Continuant à écrire et à publier abondamment jusqu’à sa mort, qui surviendra en mars 1797, FORMEY participera par la suite à l’Encyclopédie d’Yverdon, un ouvrage nettement plus en accord avec ses idées.



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