Dictionnaire des merveilles de la nature
Auteur(s) : SIGAUD de LAFOND Joseph-Aignan
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Fils d’un horloger de Bourges, Joseph SIGAUD de LAFOND – parfois orthographié SIGAUD-LAFOND – fait ses études au collège jésuite, avant de renoncer à la prêtrise pour se tourner vers la médecine. Il part poursuivre sa formation à Paris où, en plus de l’obstétrique, il se passionne pour la physique expérimentale en suivant assidûment les cours de l’abbé NOLLET. À l’image de ce dernier, il réalise des expériences sur l’électricité et la synthèse de l’eau, tout en ne cessant de perfectionner les appareils utilisés. En 1760, il succède à son mentor, adjoignant aux enseignements de ce dernier des cours d’anatomie et de physiologie.
Auteur très prolifique, il se lance dans la rédaction d’un Dictionnaire des merveilles de la nature, qui est publié pour la première fois en 1781 à Paris. Devant le succès rencontré, il sera réédité deux ans plus tard dans la version ici exposée, puis à nouveau en 1790. Sous ce titre, le mot merveilles doit s’entendre dans le sens de faits remarquables et insolites, comme le suggère son étymologie latine qui signifie choses étonnantes. L’auteur le définit lui-même en ces termes : “Tout est merveille dans la Nature. La reproduction de l’être le moins organisé, les phénomènes qui l’accompagnent & qui la suivent, seraient autant de merveilles si nous n’étions habitués à les observer. On ne regarde donc comme merveilleux que ce qui contrarie les lois connues de la Nature, ou que ce qui s’en éloigne, au point qu’il ne paraît pas possible de l’y ramener. On range cependant encore assez communément, dans cette classe, ces faits extraordinaires qui ne se montrent que rarement, & qui par cela seul sont merveilleux aux yeux du vulgaire. Les uns & les autres sont l’objet de cet ouvrage.”
Se posant d’emblée en scientifique rigoureux, il récuse tout sensationnalisme et s’appuie sur des sources vérifiables pour proposer au lecteur des énigmes et des anomalies qui défient les règles communes. C’est ainsi qu’il précise : “Nous n’avons cependant rien avancé que d’après les autorités les plus respectables, d’après les mémoires des plus célèbres académies, d’après les journaux les mieux accrédités ; rarement, & en deux endroits seulement, d’après notre propre témoignage, & encore réuni à celui de plusieurs personnes éclairées & bien faites pour ne pas se laisser surprendre. Aussi sommes-nous persuadés que le public éclairé, qui ne doute nullement que nos connaissances sont très bornées, & que nos facultés ne peuvent atteindre à toute l’étendue de la puissance de la nature, nous saura gré du soin que nous avons pris de recueillir cette multitude étonnante de faits, plus merveilleux les uns que les autres, épars dans une quantité innombrable de volumes.”
Pourtant, c’est bel et bien le côté “cabinet de curiosités” de ce recueil qui lui vaut les faveurs du public. Les anecdotes “incroyables mais vraies” sont innombrables. À côté de phénomènes naturels spectaculaires, nous y trouvons des records en tous genres, des expérimentations scientifiques ou magnétiques – il relate des expériences de MESMER auxquelles il a assisté -, des anomalies anatomiques ou physiologiques. Mais ces phénomènes voisinent aussi avec des événements incongrus qui laissent subodorer une supercherie, un tour de foire ou une légende. Quelques exemples de ces merveilles de la nature improbables : une grossesse de vingt-trois mois, un crapaud vivant retrouvé au milieu d’un bloc de pierre, un cadavre transmuté en fer, une femme accouchant d’un lapin, des globes lumineux mobiles qui seraient qualifiés aujourd’hui d’ovnis, ou encore des personnes mortes revenues à la vie. Ce livre connaîtra une nouvelle édition corrigée et augmentée en 1802, qui sera réimprimée en 1806.
Rentré à Bourges dès 1779, SIGAUD de LAFOND y poursuit ses expériences et son enseignement, tout en continuant à écrire à un rythme soutenu. La fermeture de son établissement durant la Révolution le prive un temps de ressources mais, à la création d’une école centrale en 1795, il obtient le poste de professeur de physique et de chimie expérimentales. Sous le Consulat, il devient proviseur du lycée de Bourges. Il meurt en janvier 1810, laissant le souvenir d’un excellent pédagogue et d’un scientifique respecté, dont les travaux sur l’électricité feront date.
Extraits
– Hommes marins : M. Desponde fait mention d’un homme & d’une femme qui furent pris en même temps. La femme survécut deux ans, & apprit à filer ; mais il ne dit rien de particulier sur cette sirène. En 1660, il parut un homme marin sur les côtes de Bretagne, près de Belle-Isle. On lit, dans l’Histoire générale des voyages, qu’en 1560 des pêcheurs de l’isle de Ceylan prirent d’un coup de filet sept hommes marins & neuf femmes marines.
– Électricité : M. Cazajus, curé de Canens, près S. Ibars, diocèse de Rieux, a, dit-on, un talent bien singulier. Le voici. Il prend un couteau, en applique la pointe à la partie intérieure de l’une de ses dents, & le retire brusquement, en le frottant contre la partie inférieure de cette même dent, qui jette aussitôt des étincelles, d’abord sulfureuses, puis argentines, & si considérables qu’il en allume une bougie, dont la mèche est préparée avec de l’amadou & de la poudre à tirer. Mais il ne peut obtenir de ces étincelles que d’une seule de ses dents, & c’est une des dents plates de sa mâchoire supérieure. C’est la seule qui soit aussi électrique, quoique toutes les autres le soient cependant un peu. Ce fait, assure-t-on, est tout à fait notoire à Canens, à S. Ibars, à Rieux & dans tous les environs. Nous ne pouvons nous permettre aucune réflexion sur un fait de cette nature. Ce serait un escamotage fort singulier & fort adroit, si ce fait n’était point réel.
– Mangeurs extraordinaires : On vit dans le dernier siècle, en Saxe, un homme qui faisait profession de manger pour de l’argent, tout ce qu’on lui présentait ; il mangeait un mouton ou un cochon entier ; quelquefois deux boisseaux de cerises avec leurs noyaux. II brisait avec ses dents, broyait & avalait des vases de verre ou de terre, & même des pierres assez dures. Il dévorait des animaux vivants, comme oiseaux, souris, chenilles, &c. Un jour, on lui présenta une écritoire couverte de plaques de fer ; il vint à bout de la déchirer & de l’avaler tout entière avec les plumes, le canif, l’encre & le sable. Sept témoins irréprochables ont attesté ce fait devant le sénat de Wurtemberg. Cet effroyable mangeur avait joui, jusqu’à soixante ans, de la santé la plus vigoureuse.





